Le chancelier allemand Friedrich Merz souhaite que l’Union européenne (UE) envisage d’offrir le «statut d’adhésion associée» à l’Ukraine et qu’elle redonne un nouvel élan aux négociations visant à mettre fin à plus de quatre ans de guerre avec la Russie, selon une lettre consultée jeudi par l’Associated Press.
Sa lettre, adressée aux hauts responsables de l’UE, survient alors que les 27 pays membres de l’UE envisagent d’entamer leurs propres négociations avec le président russe Vladimir Poutine, les pourparlers menés par les États-Unis étant dans l’impasse tandis que leur attention est mobilisée par la guerre en Iran.
Comme proposé par M. Merz, l’Ukraine pourrait participer aux réunions de l’UE sans droit de vote et disposerait également de «membres associés», toujours sans droit de vote, au sein de la puissante branche exécutive de l’UE, de la Commission européenne et du Parlement européen.
Il a insisté sur le fait qu’il ne s’agirait pas d’une «adhésion légère» et que cela «irait bien au-delà» de l’accord d’association qui régit actuellement les relations entre l’UE et l’Ukraine. M. Merz a suggéré un «mécanisme de retour en arrière» au cas où des glissements seraient observés quant aux normes démocratiques en Ukraine.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont réitéré le mois dernier que des négociations officielles d’adhésion devaient être ouvertes «sans sursis» avec l’Ukraine, tout comme M. Merz, qui a lui aussi appelé à lancer le processus.
Retards et obstacles
Mercredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est réjoui des signes de progrès possibles dans les négociations d’intégration, déclarant dans un discours que c’était «très important pour nous. L’Ukraine a fait tout le nécessaire pour avancer».
Les pays candidats doivent réformer leur législation dans 35 domaines politiques, ou «chapitres de négociation», concernant les normes en matière de justice, tout comme les règles applicables à l’agriculture et à la pêche. Les 27 États membres de l’UE doivent tous donner leur accord avant que chaque chapitre soit ouvert, puis une deuxième fois pour qu’il soit clos.
La Hongrie, notamment, a bloqué l’ouverture de négociations, mais cette position pourrait changer avec la mise en place d’un nouveau gouvernement à Budapest ce mois-ci.
Il est toutefois peu probable que le plan de M. Merz plaise aux responsables européens qui estiment que l’adhésion à l’UE doit être un processus fondé sur le mérite, qui ne s’achève que lorsque tous les critères sont remplis.
Le dirigeant allemand a toutefois déclaré que son approche devrait être étendue aux autres pays en attente d’adhésion, notamment ceux des Balkans occidentaux, où les dirigeants de l’UE doivent se réunir pour un sommet le mois prochain.
Une voie de négociation européenne
Concernant la guerre, M. Merz a écrit que sa proposition «faciliterait les pourparlers comme partie prenante d’une solution de paix négociée. Cela est essentiel non seulement pour la sécurité de l’Ukraine, mais aussi pour celle de l’ensemble du continent.»
L’adhésion à l’UE est perçue par l’Ukraine comme un «gage de sécurité» pour un avenir stable, une fois la guerre terminée. Sa meilleure garantie serait l’adhésion à l’OTAN, mais l’administration Trump martèle que cela ne peut pas se produire, tandis que d’autres membres se montrent réticents à l’idée de son adhésion tant que les combats se poursuivent.
Les efforts de médiation menés par les États-Unis s’effondrant, les pays de l’UE ont commencé à débattre du lancement d’une voie de négociation parallèle et de qui pourrait être médiateur en leur nom dans l’éventualité peu probable où M. Poutine accepterait de leur parler.
Au début du mois, M. Costa a déclaré: «Nous devons, au moment opportun, engager des discussions avec la Russie pour aborder nos problèmes communs en matière de sécurité.» Il a ajouté que cela ne devait pas «perturber» les pourparlers menés par les États-Unis, mais qu’il était important pour l’Europe de traiter ses propres préoccupations en matière de sécurité.
Depuis lors, les hypothèses fusent dans les médias européens quant aux négociateurs potentiels de l’UE, notamment l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel, qui parle russe et connaît bien M. Poutine, ou l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.
M. Poutine a laissé entendre qu’il pourrait s’entretenir avec l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, mais les responsables ont douché cet espoir, même en Allemagne, où ses liens avec le secteur énergétique russe et ses relations amicales avec le président russe ont nui à sa position politique après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022.
La chef de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a déclaré qu’il ne serait «pas très judicieux» de laisser M. Poutine nommer un négociateur, et en particulier un «lobbyiste de haut niveau pour les entreprises russes détenues par l’État».
M. Zelensky a accueilli favorablement l’idée d’une présence européenne dans les pourparlers, déclarant dimanche que «l’Europe doit être impliquée dans les négociations. Il est important que le continent ait une voix et une présence forte dans ce processus, et il vaut le coup de déterminer qui représentera concrètement l’Europe.»
