Le nouveau gouvernement colombien a déclaré lundi devant les Nations unies que plus de 132 000 personnes avaient été tuées et que les effectifs des groupes armés étaient passés de 6000 à près de 30 000 au cours de la décennie qui a suivi la signature par le pays d’un accord de paix très médiatisé avec son principal groupe rebelle.
S’adressant pour la première fois au Conseil de sécurité, le ministre des Affaires étrangères, Omar Bula, a déclaré que «la promotion idéologique et internationale de l’accord de paix comme un événement exemplaire digne d’être imité n’est pas corroborée par les chiffres» — et a ajouté qu’une paix durable restait un objectif difficile à atteindre et un défi pour le président conservateur Abelardo de la Espriella, à l’occasion de son investiture en août.
Les chiffres avancés par le gouvernement n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante.
L’accord de paix entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a mis fin à plus de 50 ans de guerre au cours desquels plus de 220 000 personnes ont trouvé la mort et près de 6 millions ont été déplacées. À la suite de cet accord, environ 14 000 combattants ont déposé les armes.
Mais M. Bula a déclaré qu’outre les 132 930 personnes «assassinées en Colombie» entre la signature de l’accord en juillet 2016 et août 2026, près de 100 000 cas d’extorsion et plus de 2 750 enlèvements ont été recensés dans tout le pays.
Aujourd’hui, a-t-il affirmé, la Colombie est confrontée non seulement à son plus grand groupe rebelle encore actif, l’Armée de libération nationale, mais aussi au cartel du Clan del Golfo, à des dizaines de factions issues des anciennes FARC et à des réseaux criminels régionaux et transnationaux.
Ces groupes ont également étendu leurs luttes pour le contrôle territorial, «asservissant des communautés et contrôlant des couloirs stratégiques par la violence, l’extorsion et les économies illicites», a selon M. Bula. Le trafic de drogue, moteur essentiel de l’activité criminelle, a également atteint «des niveaux sans précédent à l’échelle mondiale», et en 2023, la production de coca en Colombie a bondi de plus de 50%.
De la Espriella, un citoyen colombo-américain qui se surnomme «Le Tigre» et soutient le président américain Donald Trump, s’est engagé à lutter contre la violence persistante en Colombie en rompant avec la politique de l’ancien président de gauche Gustavo Petro consistant à négocier avec les groupes armés. Il a argué que le processus de paix avait échoué.
Au cours des 60 jours qui ont suivi son accession à la présidence, les forces de sécurité ont fait état de 32 029 arrestations, de la saisie de plus de 135 tonnes de stupéfiants et du retrait de la circulation de 3 414 armes à feu, a indiqué M. Bula.
Le président a également signé 119 mandats d’extradition visant à démanteler les réseaux internationaux de trafic de drogue et le crime organisé transnational en Colombie. Il a par ailleurs dû faire face à un séisme de magnitude 7,4 qui a frappé le pays le 13 août, cinq jours après son investiture.
«L’objectif de ces actions est de reprendre le contrôle du territoire, d’affaiblir les groupes armés et leurs sources de financement, et de rétablir la présence et l’autorité de l’État dans les zones où les organisations criminelles ont cherché à s’y substituer», a-t-il déclaré.
Le chef de la diplomatie colombienne a souligné que ces efforts témoignaient de l’engagement du gouvernement à rétablir le contrôle de l’État, une politique essentielle qui — au même titre que la garantie de la sécurité et de la justice — constitue une condition préalable à l’instauration d’une paix durable.
Le Conseil de sécurité assure le suivi de l’accord de paix de 2016 à la demande du gouvernement et M. Bula a déclaré que sa mise en œuvre restait un engagement. Le mandat de la mission de surveillance des Nations unies expire le 31 octobre.
