La Turquie, exaspérée par les frappes en mer Noire, a soumis un protocole d’accord à Kyiv et Moscou pour mettre fin aux attaques contre les navires de commerce, a affirmé jeudi à l’AFP une source diplomatique turque.
Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, en 2022, la Turquie paye un lourd tribut: quelque 25 navires appartenant à des armateurs turcs ont été la cible d’attaques au cours de l’été, selon la Chambre turque de commerce maritime Imeak.
Ankara avait réclamé début août aux belligérants la mise en place d’un «moratoire» face à la recrudescence des frappes contre les navires de commerce, dans un espace maritime saturé de bâtiments de guerre, drones, mines et autres avions de chasse.
Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov avait cependant estimé que l’application d’une telle mesure serait «impossible à surveiller».
Projet de protocole
Plusieurs bateaux ont été la cible d’attaques de drones attribuées à l’Ukraine, qui entend entraver le transport de céréales et d’hydrocarbures au bénéfice de la Russie.
Fin août, la Turquie avait ainsi convoqué l’ambassadeur d’Ukraine à Ankara après l’attaque d’un navire turc, le Lider Bordo Mavi, puis d’un second bâtiment qui était allé le remorquer, le Lider Kocatepe.
Ancré dans le port de Trabzon, dans le nord-est de la Turquie, le Lider Bordo Mavi semble avoir subi des dommages importants à sa passerelle et aux deux ponts inférieurs, présentant des stigmates d’un incendie, selon des journalistes de l’AFP.
Récemment, mais à une date qui n’a pas été précisée, la Turquie «a partagé un protocole d’accord — un brouillon — avec les Russes et les Ukrainiens afin de trouver une solution aux frappes en mer Noire», a déclaré la source diplomatique à l’AFP.
Selon elle, le texte aujourd’hui à l’étude s’inspire notamment de l’accord sur les céréales conclu en juillet 2022 entre Moscou et Kyiv sous l’égide de la Turquie et des Nations unies, mais qui n’a duré qu’un an.
La Russie s’en était retirée, dénonçant les entraves au commerce de ses produits agricoles. Quelque 33 millions de tonnes de céréales avaient pu être exportées en un an.
«Partie dangereuse» en haute mer
Depuis, l’Ukraine exporte via un itinéraire de navigation qui longe les pays européens de la mer Noire, un trajet plus long mais loin des bâtiments de guerre russes.
En vertu de ce mécanisme, les bateaux ukrainiens demeurent dans les eaux territoriales de la Roumanie et de la Bulgarie avant de décharger les produits et de les acheminer vers l’Europe, a rappelé le diplomate turc.
«Il y a peut‑être un intervalle de quatre ou cinq milles où le navire ukrainien doit quitter les eaux territoriales nationales et naviguer en haute mer. C’est la partie dangereuse», a-t-il expliqué.
«Notre proposition s’inspire de ce dispositif. Nous voulons utiliser les eaux territoriales des États voisins, y compris de la Turquie, ainsi que de la Géorgie si elle est disposée à y participer».
Sans préciser si Ankara avait déjà reçu des réponses, il a assuré que les protagonistes étudiaient le dossier.
Jeudi, le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga a assuré que son pays souhaitait ardemment un cessez-le-feu et préparait une rencontre entre le président Volodymyr Zelensky et son homologue Donald Trump, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU la semaine prochaine.
Objectif: «Obtenir un cessez-le-feu. Cela pourrait être en même temps un cessez-le-feu (dans le secteur) énergétique et un cessez-le-feu en mer Noire», a-t-il souligné.
Les marchés des céréales en Europe et aux États-Unis oscillent au gré des espoirs — et des désillusions — sur un début de déblocage des exportations de céréales russes et ukrainiennes dans la zone.
Mais la versatilité des négociations russo-ukrainiennes ne présage pas d’une issue rapide.
«Un tel corridor sécurisé serait dans l’intérêt des autres pays de la mer Noire qui exploitent des navires marchands», relève Serhat Güvenç, professeur de relations internationales à l’université Kadir Has d’Istanbul.
«Mais hormis eux, la Russie et l’Ukraine sont engagés dans une guerre totale et font tout leur possible pour contraindre l’autre camp à capituler. Dans cette perspective, (…) je ne pense pas qu’ils accepteront».
