International

La Somalie est confrontée à une nouvelle crise alimentaire

Publié le 

Des femmes somaliennes déplacées par la sécheresse sont assises au centre nutritionnel de Feynuus, situé à la périphérie de la capitale, Mogadiscio, en Somalie, le mercredi 19 août 2026. Photo AP/Farah Abdi Warsameh Des femmes somaliennes déplacées par la sécheresse sont assises au centre nutritionnel de Feynuus, situé à la périphérie de la capitale, Mogadiscio, en Somalie, le mercredi 19 août 2026. Photo AP (Farah Abdi Warsameh)

Six millions de personnes en Somalie font face à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que le Programme alimentaire mondial (PAM) ne dispose plus que d’un dixième des ressources dont il disposait en 2022. Cette année-là, il avait contribué à éviter la famine dans ce pays d’Afrique de l’Est ravagé par la sécheresse et les conflits, selon le directeur de cette agence des Nations unies.

«Nous ne pouvons faire que le strict minimum», a déclaré mercredi à l’Associated Press Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM, lors d’une visite dans un centre de nutrition situé à la périphérie de la capitale, Mogadiscio.

«Nous ne fournissons ces aides nutritionnelles qu’aux enfants qui sont vraiment les plus touchés», a-t-il précisé.

La réduction des fonds, due à la diminution de l’aide internationale des donateurs et à la réaffectation des ressources vers d’autres crises humanitaires, empêche le PAM d’étendre son aide en Somalie, a expliqué M. Skau.

Le PAM prévoit que 1,9 million d’enfants de moins de 5 ans dans le pays souffriront de malnutrition aiguë cette année, dont près de 500 000 auront besoin d’un traitement d’urgence contre la malnutrition aiguë sévère.

Au total, environ 30 % de la population est confrontée à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire, selon l’ONU.

«Nous disposions de dix fois plus de ressources qu’aujourd’hui», a indiqué M. Skau à propos de la crise alimentaire de 2022, provoquée par une sécheresse prolongée. «Nous avons pu intervenir et nous avons évité une famine ici, en Somalie.»

«Nous savons ce qui se passe, nous en avons les moyens, nous avons l’expérience nécessaire pour y faire face. Il ne nous manque plus que les ressources pour y parvenir», a-t-il fait savoir.

Les conséquences de la pénurie alimentaire actuelle, qui résulte également de la sécheresse, des conflits et des déplacements de population, sont visibles au centre de santé de Feynuus, dans le district de Kahda à Mogadiscio.

Des dizaines de femmes portant des bébés attendaient sous un grand arbre ou se pressaient le long de la véranda de ce bâtiment en tôle ondulée, à la recherche d’aide.

À l’intérieur, les agents de santé plaçaient les enfants dans une écharpe de pesée bleue, vérifiaient s’ils souffraient de malnutrition et distribuaient des aliments thérapeutiques.

Une mère désespérée

Halima Mohamed Hassan, mère de six enfants, avait marché près de trois kilomètres en portant son enfant de quatre ans souffrant de malnutrition.

Elle est enceinte, mais a raconté ne pas avoir mangé depuis deux jours. Son dernier repas se composait uniquement de riz.

Les agents de santé ont donné à l’enfant qu’elle avait amené une nourriture spéciale riche en nutriments, tandis que Mme Hassan expliquait que ses autres enfants souffraient également de malnutrition, mais qu’elle n’avait pas pu les amener au centre.

«Je ne pouvais pas tous les porter», a-t-elle mentionné.

Mme Hassan a fui la région du Bas-Shabelle il y a quatre mois après le décès de son mari des suites de la malnutrition, a-t-elle expliqué. La nourriture et l’eau se faisaient rares, et les conflits rendaient le séjour de la famille de plus en plus dangereux.

Elle et ses enfants ont marché pendant quatre nuits avant d’atteindre un camp de déplacés internes situé à la périphérie de Mogadiscio.

Mme Hassan partage désormais un abri de fortune avec sa mère veuve et les quatre autres enfants de celle-ci. Les deux femmes cherchent du travail occasionnel en faisant la lessive dans les quartiers voisins pour nourrir leur foyer de 12 personnes.

Le centre de Feynuus accueille chaque jour entre 250 et 350 patients, principalement des femmes et des enfants déplacés provenant de régions situées en dehors de Mogadiscio, a déclaré Abdirahman Barkhad, directeur de programme de Youth Link Somalia, l’organisation qui gère le centre.

M. Barkhad a indiqué qu’une dizaine de centres de santé et de nutrition situés à proximité avaient fermé leurs portes en raison d’une réduction des financements humanitaires, ce qui accentue la pression sur ceux qui restent ouverts.

«Nous avons vu des enfants s’effondrer, car leurs familles n’ont pas assez à manger», a-t-il témoigné.

Une situation alarmante

Mohamud Moallim Abdulle, commissaire de l’Agence somalienne de gestion des catastrophes, a qualifié la situation alimentaire du pays d’«extrêmement alarmante».

Il a indiqué qu’environ 1,85 million d’enfants souffraient de malnutrition, tandis qu’environ 6 millions de personnes étaient touchées par la sécheresse et que 2 millions avaient besoin d’une aide d’urgence.

M. Skau a indiqué que les mères qu’il a rencontrées cette semaine dans la ville de Burhakaba ont décrit la sécheresse, l’insécurité et la hausse des prix des denrées alimentaires comme les principaux facteurs à l’origine de la crise.

Certaines avaient perdu leurs récoltes et avaient fui leur domicile. D’autres ont marché pendant trois ou quatre heures pour rejoindre des centres de soins, car les travailleurs humanitaires ne pouvaient pas les atteindre.

L’insécurité, alors que la Somalie est aux prises avec une insurrection menée depuis 20 ans par le groupe militant al-Shabab, rend également les opérations humanitaires plus coûteuses.

Le PAM doit recourir à des avions dans les zones où le personnel et les fournitures ne peuvent pas circuler en toute sécurité par la route, et certaines communautés sont inaccessibles, a expliqué M. Skau.

Il a ajouté que le conflit au Moyen-Orient aggravait la situation en faisant grimper les prix du carburant et des denrées alimentaires, en limitant les approvisionnements agricoles et en détournant les financements vers d’autres situations d’urgence.

Après que son enfant eut reçu un peu de nourriture au centre, Mme Hassan a entamé le chemin du retour vers le camp où ils vivent. Ses cinq autres enfants attendaient toujours et avaient faim, a-t-elle expliqué, et elle allait devoir revenir les chercher un par un.