Depuis l’invasion de l’Ukraine, Moscou figure parmi les acteurs les plus actifs de la répression transnationale, exportant ainsi son «règne de la peur», a dénoncé lundi la Rapporteure spéciale de l’ONU sur la Russie.
«Au cours des trois dernières années, j’ai décrit devant ce Conseil le règne de la peur en Russie. Aujourd’hui, je rends compte de la manière dont la Russie exporte ce règne de la peur», a déclaré cette experte, Mariana Katzarova, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève.
«La répression transnationale n’est pas une série d’incidents isolés, mais la poursuite au-delà des frontières russes du même système structurel de répression, soutenu par l’État, que j’ai documenté en Russie», a-t-elle ajouté.
Son rapport, présenté devant le Conseil, s’appuie sur près de 400 cas documentés et conclut que cette répression transnationale constitue «une stratégie d’État systématique et institutionnalisée, indissociable de la consolidation du régime autoritaire sur son territoire et de la guerre d’agression contre l’Ukraine».
La Russie n’a pas immédiatement réagi au rapport, sa chaise étant restée vide lors de la séance du Conseil des droits de l’homme.
La traque des émigrés politiques «fait partie des pratiques de l’État soviétique et russe depuis plus d’un siècle», mais la Russie est devenue, depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, «l’un des principaux auteurs de répression transnationale», a souligné Mme Katzarova.
«Cette pratique a pris de l’ampleur, s’est diversifiée dans ses méthodes et s’est étendue géographiquement, s’orientant vers des outils clandestins, administratifs et numériques ainsi que vers le recours à des intermédiaires, ce qui en rend l’attribution plus difficile à établir», a-t-elle relevé.

Selon l’experte, qui est mandatée par le Conseil des droits de l’homme, mais qui n’exprime pas au nom de l’organisation, la répression transnationale menée par la Russie passe notamment par la surveillance numérique, les menaces et intimidations, les pressions administratives ou judiciaires et le recours à des intermédiaires pour cibler les opposants à l’étranger.
Depuis février 2022, entre 650 000 et 900 000 personnes ont quitté la Russie, soit la plus importante vague d’émigration politique du pays depuis le XXe siècle, affirme Mme Katzarova.
«Les autorités russes nient toute implication et ont parfois promu ou honoré les auteurs présumés», a déploré l’experte, qui plaide pour l’adoption d’une convention internationale contraignante sur la répression transnationale, visant à prévenir cette pratique, établir les responsabilités et mieux protéger les personnes ciblées.
