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La réélection de Lula ravive les tensions entre les États-Unis et le Brésil

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Le président Donald Trump rencontre le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva en marge du sommet de l'ASEAN à Kuala Lumpur, en Malaisie, le dimanche 26 octobre 2025. (Photo AP/Mark Schiefelbein) Le président Donald Trump rencontre le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva en marge du sommet de l'ASEAN à Kuala Lumpur, en Malaisie, le dimanche 26 octobre 2025. (Photo AP/Mark Schiefelbein)

En qualifiant de «truquées» l’élection remportée par Luiz Inacio Lula da Silva, Donald Trump risque d’envenimer une relation déjà tendue avec le Brésil, malgré les intérêts stratégiques communs des deux puissances.

«J’ai regardé l’élection. C’était tellement corrompu, tellement lamentable», a déclaré lundi le président américain, proche allié de la famille Bolsonaro.

«Franchement, ça ressemblait à une autre élection truquée», a lancé celui qui n’a jamais vraiment accepté sa propre défaite contre Joe Biden en 2020.

«Si les choses continuent dans cette direction et que les États-Unis insistent sur le fait que l’élection est illégitime, je pense que cela ne fera qu’accroître l’hostilité entre Trump et Lula», estime Evan Ellis, expert au Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington.

Avec une circonstance aggravante, souligne-t-il auprès de l’AFP : Lula est «désormais libéré de toute échéance électorale future», tout comme Donald Trump.

Tous deux sont des vétérans aguerris des affrontements politiques, capables de négocier mais peu enclins à faire des concessions.

Lula et Trump n’ont aucun mal à échanger par téléphone et se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises. À chaque fois, ils se couvrent d’éloges en public avant de retrouver leurs divergences de fond.

Les relations entre le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio et le président brésilien sont d’ailleurs notoirement mauvaises.

Les États-Unis n’ont toujours pas d’ambassadeur en poste à Brasilia, et, conséquence directe de cet imbroglio diplomatique, l’ambassadrice du Brésil à Washington est officiellement dépourvue de visa.

Un Lula délégitimé par Trump pourrait être tenté de «durcir sa position face à l’administration Trump sur tous les fronts, de la lutte contre les cartels à la question de Cuba, en passant par l’Iran, Israël ou encore les droits de douane», énumère Evan Ellis.

Partenaires, mais rivaux

Mais le Brésil est la principale puissance commerciale d’Amérique du Sud. Il fournit aux États-Unis des matières premières, du café et de la viande, des produits clés pour les Américains au moment où Donald Trump lutte difficilement contre l’inflation.

Washington cherche également à obtenir de Brasilia qu’elle prenne davantage ses distances avec la Chine et souhaite conclure des accords sur des sujets comme les terres rares, cruciales pour le secteur technologique.

Mais Lula reste une figure de premier plan sur la scène internationale, fort de quatre victoires présidentielles.

Face à la politique agressive de Donald Trump, «le Brésil a été encouragé à diversifier ses relations», analyse Larissa Wachholz, experte au Centre brésilien des relations internationales.

Le gouvernement Lula apparaît en outre comme le principal porte-étendard de la gauche latino-américaine face au «Bouclier des Amériques», coalition initiée par Trump avec les nombreux gouvernements de droite en Amérique latine pour lutter contre le trafic de drogue.

En matière de sécurité régionale et de lutte contre le crime organisé, les intérêts de Washington et de Brasilia pourraient néanmoins converger.

«Je pense qu’il existe des opportunités en matière de partage de renseignements et d’informations financières et bancaires, dans la mesure du possible», estime James Story, ancien diplomate et fondateur du cabinet de conseil Global Frontier Advisors.

Mais si le «Bouclier des Amériques» devait se traduire par des opérations militaires conjointes dans la région, le Brésil resterait à l’écart, anticipe-t-il.

«Le Brésil suit sa propre voie sur nombre de ces questions. Je ne m’attends donc pas à ce qu’il joue un rôle particulièrement significatif sur ces dossiers, et je ne pense pas non plus que le gouvernement américain sollicitera le Brésil à cet effet», ajoute l’expert.