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La RDC interdit les veillées funéraires et d'autres rassemblements face à l'Ebola

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Djakisa Christian, 18 ans, gérant d'une entreprise de services funéraires, est assis devant des cercueils destinés à la vente dans son magasin de Bunia, au Congo, le 22 mai 2026. Photo AP/Moses Sawasawa Djakisa Christian, 18 ans, gérant d'une entreprise de services funéraires, est assis devant des cercueils destinés à la vente dans son magasin de Bunia, au Congo, le 22 mai 2026. Photo AP/Moses Sawasawa (Moses Sawasawa)

Les autorités du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) ont interdit vendredi les veillées funéraires et les rassemblements de plus de 50 personnes afin d’endiguer l’épidémie d’Ebola, qui se propage rapidement dans une région où le personnel médical est confronté à un manque de ressources et à l’hostilité de la population.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que l’épidémie d’Ebola posait désormais un risque «très élevé» en RDC. Il était auparavant jugé «élevé». Le risque demeure élevé en ce qui a trait à la propagation régionale et faible à l’échelle mondiale, a-t-elle précisé.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué que 82 cas avaient été confirmés en RDC, avec sept décès, «mais nous savons que l’épidémie en RDC est bien plus importante».

Il n’existe aucun vaccin contre le variant Bundibugyo, qui s’est propagé sans être détecté pendant des semaines dans la province congolaise de l’Ituri après le premier décès connu. Les autorités effectuaient alors des tests pour un variant plus courant du virus Ebola et obtenaient des résultats négatifs.

Il y a désormais près de 750 cas et 177 décès suspects, mais ce chiffre devrait augmenter à mesure que la surveillance s’étend.

«Nous essayons de rattraper notre retard», a déclaré à l’Associated Press (AP) la ministre des Affaires étrangères de RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner. «C’est une course contre la montre.»

Intensification des efforts en Ituri

Des fournitures ont été acheminées en urgence vers l’Ituri, dans le nord-est du pays, où près d’un million de personnes ont été déplacées par des conflits armés liés aux ressources minières. L’intensification de la recherche des contacts est une priorité, a indiqué Mme Kayikwamba Wagner.

À Bunia, la capitale de la province, des journalistes de l’AP ont constaté que des centres de soins d’urgence étaient vides et que, dans la ville voisine de Bambu, des médecins utilisaient des masques médicaux périmés pour soigner des patients suspectés d’être atteints du virus.

Le gouvernement provincial a annoncé vendredi qu’il interdisait temporairement les veillées funéraires et les rassemblements de plus de 50 personnes. Il a précisé que les funérailles devaient se dérouler dans le strict respect des protocoles sanitaires. Les autorités ont également exigé que les journalistes obtiennent un permis pour couvrir l’épidémie, ce qui entrave leur travail.

La maladie se propage en zone rebelle

Des cas d’Ebola ont également été signalés dans deux provinces congolaises situées au sud de l’Ituri — le Nord-Kivu et le Sud-Kivu — où le groupe rebelle M23 contrôle de nombreuses villes clés, notamment Goma et Bukavu, où les rebelles ont signalé deux cas.

Le groupe soutenu par le Rwanda a déclaré vendredi qu’il mettait en place une cellule de crise pour lutter contre l’épidémie.

Mme Kayikwamba Wagner a affirmé que la présence de la maladie dans les zones contrôlées par les rebelles était alarmante, car «le M23, quelles que soient ses ambitions, est totalement mal équipé» pour lutter contre la maladie.

Elle a ajouté que le gouvernement congolais et les rebelles ne communiquaient pas entre eux au sujet de l’épidémie.

Une réponse qui se heurte aux coutumes locales

Les efforts des responsables de la santé et des organisations humanitaires se sont heurtés à une résistance de la part de communautés, en raison de la désinformation ou de situations où les directives médicales se sont opposées aux coutumes locales, telles que les rites funéraires.

Jeudi, un centre de traitement d’Ebola à Rwampara a été incendié par des jeunes furieux de s’être vu refuser l’accès au corps d’un ami qui serait mort de la maladie, selon des témoins et la police.

La tâche dangereuse de l’enterrement des victimes présumées d’Ebola est gérée dans la mesure du possible par les autorités, car les corps peuvent être très contagieux et entraîner une propagation supplémentaire lors de l’embaumement ou lorsque les gens se rassemblent pour les funérailles.

Julienne Lusenge, présidente de Solidarité féminine pour la paix et le développement intégral, une association locale d’aide humanitaire, a affirmé que la colère de la population était principalement due à la désinformation: «Nous avons traversé des années et des années de conflit et de difficultés, les rumeurs se propagent donc facilement.»

Elle a ajouté que certaines églises avaient dit à leurs fidèles que l’épidémie était une imposture et que la protection divine rendait les soins médicaux inutiles.

Le deuil et l’impossibilité de dire adieu

À Mongbwalu, ville minière de la province d’Ituri où l’épidémie aurait pris naissance, Lokana Moro Faustin a perdu sa fille de 16 ans face à la maladie. Il a déploré le fait de ne pas avoir pu lui faire ses adieux comme il se doit en raison des restrictions liées à Ebola.

«Au début, nous pensions que c’était le paludisme. Mais ensuite sont apparus les vomissements, une forte fièvre, des saignements de nez et une diarrhée sanglante», a-t-il raconté, accablé de chagrin.

L’adolescente est décédée le 15 mai et son corps a été emmené de l’hôpital par des équipes spécialisées avant d’être conduit directement au cimetière pour y être enterré en toute sécurité. M. Faustin n’a pas pu lui dire adieu, car il était en isolement, et il a souffert de voir sa fille enterrée par des personnes qui n’étaient pas de la famille.

À Bunia, Christian Djakisa, responsable d’un atelier de fabrication de cercueils, a déclaré que la demande avait explosé depuis le début de l’épidémie. «Nous sommes ici sans relâche à fabriquer des cercueils», a-t-il affirmé.

Manque de ressources en première ligne

Plus tôt vendredi, les Nations unies ont libéré 60 millions $ de leur Fonds central d’intervention d’urgence afin d’accélérer la riposte en RDC et dans la région. Les États-Unis se sont engagés à verser 23 millions $ pour renforcer la gestion de la crise en République démocratique du Congo et en Ouganda, et ont déclaré qu’ils financeraient également la mise en place de jusqu’à 50 cliniques de traitement d’Ebola dans les régions touchées des deux pays.

Mme Lusenge a indiqué que le petit hôpital de son organisation, situé près de Bunia, manquait d’équipements de protection de base, exposant ainsi les infirmières et les médecins à un risque d’infection. «Nous n’avons que du gel hydroalcoolique et quelques masques pour les infirmières, mais nous avons besoin de bien plus que cela», a-t-elle ajouté.

La vraie ampleur de l’épidémie

L’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies estiment que l’épidémie est plus importante que ne le laissent supposer les cas signalés jusqu’à présent.

Selon des experts, les infrastructures sanitaires et les capacités de surveillance déjà fragiles de la région ont été encore affaiblies par les coupes dans l’aide internationale. L’International Rescue Committee a affirmé avoir dû interrompre ses activités de surveillance dans trois des cinq zones de l’Ituri au cours de l’année dernière en raison de réductions de financement.

Le conflit armé dans la région complique encore davantage les efforts visant à gérer la crise. Pour se rendre de Bunia à Mongbwalu, les organisations humanitaires doivent se préparer à d’éventuelles attaques de groupes armés.

«L’épidémie peut encore être maîtrisée, mais la marge de manœuvre est étroite», a déclaré vendredi Gabriela Arenas, de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Les journalistes de l’Associated Press Jamey Keaten, Constant Same Bagalwa, Jean Yves Kamale, Mark Banchereau et Wilson McMakin ont contribué à cet article.