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La pression sur l’Ukraine s’accroit avec le conflit en Iran qui perdure

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ARCHIVES - Des soldats ukrainiens tirent sur des positions russes sur la ligne de front dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 18 février 2026. ARCHIVES - Des soldats ukrainiens tirent sur des positions russes sur la ligne de front dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 18 février 2026. (Andrii Marienko)

Les pourparlers de paix ukrainiens étant suspendus en raison du conflit au Moyen-Orient, le président russe, Vladimir Poutine, devrait tenter d’étendre ses gains militaires par de nouvelles offensives contre son voisin du sud, ce qui pourrait accentuer la pression sur Kyiv.

Les revenus exceptionnels générés par la flambée des prix mondiaux du pétrole alimentent les caisses de l’armée russe, et les capacités de défense aérienne américaines sont rapidement mises à rude épreuve par les attaques iraniennes dans le Golfe, faisant craindre que peu de ressources restent disponibles pour l’Ukraine, dans la cinquième année de l’invasion à grande échelle menée par la Russie.

Les alliés européens de l’Ukraine ont promis de maintenir leur soutien indéfectible, mais les désaccords concernant un important prêt de 90 milliards d’euros de l’Union européenne, destiné à couvrir les besoins militaires et économiques de Kyiv pendant deux ans, témoignent des difficultés croissantes.

Le refus des alliés de l’OTAN d’engager des moyens navals pour rétablir le trafic maritime des pétroliers dans le détroit d’Ormuz a suscité une vive réaction du président américain, Donald Trump, révélant une nouvelle ligne de fracture aux conséquences potentiellement désastreuses pour l’Ukraine.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a tenté de retenir l’attention de Washington en proposant son expertise en matière de défense contre les drones iraniens Shahed, en déployant plus de 200 experts militaires dans le Golfe. M. Trump, cependant, a balayé du revers de la main l’offre d’aide de M. Zelensky, affirmant que les États-Unis n’avaient pas besoin de l’assistance de Kyiv.

Alors que de nouveaux signes de dissension apparaissent au sein des alliances occidentales, le président Poutine et ses généraux réfléchissent aux plans de la campagne de printemps et d’été, qui s’étendra sur plus de 1200 kilomètres de front.

Possible nouvelle offensive russe

L’armée russe semble se préparer à une nouvelle offensive pour reprendre le contrôle de la partie orientale de la région de Donetsk encore sous contrôle ukrainien, ainsi qu’à d’éventuelles offensives dans plusieurs autres secteurs. Les analystes observent que Moscou renforce ses réserves et que ses opérations devraient s’intensifier avec l’arrivée du printemps et l’assèchement du terrain.

L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) de Washington a souligné que les troupes russes ont intensifié leurs tirs d’artillerie et leurs attaques de drones, cherchant à affaiblir les défenses ukrainiennes avant des offensives terrestres.

L’Ukraine a tenté de contrer les plans du Kremlin en lançant des contre-attaques dans les régions de Dnipropetrovsk et de Zaporijia, où les forces russes ont tenté d’établir des têtes de pont afin de progresser vers les capitales régionales, qui constituent des pôles industriels clés.

L’ISW a indiqué dans une récente évaluation de la situation sur le terrain que la riposte victorieuse de l’Ukraine dans la région de Dnipropetrovsk continuera probablement de contraindre la Russie à «choisir entre se défendre contre les contre-attaques ukrainiennes et allouer des effectifs et du matériel à des opérations offensives ailleurs» sur le front, ce qui pourrait compromettre l’offensive russe attendue. Il a également été souligné que les forces ukrainiennes ont intensifié leurs frappes à moyenne portée contre la logistique, l’équipement militaire et les effectifs russes afin de tenter de faire dérailler l’offensive attendue.

Des blogueurs russes spécialisés dans les questions de guerre avertissent que Moscou devrait renforcer considérablement ses forces pour mener une offensive majeure, ce qui représente un défi de taille pour le Kremlin.

Après la «mobilisation partielle» très impopulaire de 300 000 réservistes au début du conflit, qui a poussé des centaines de milliers de personnes à fuir le pays pour éviter la conscription, l’armée russe a changé de tactique, s’appuyant sur des volontaires et recrutant des combattants étrangers attirés par des salaires relativement élevés et d’autres avantages.

Vladimir Poutine a déclaré que la Russie comptait environ 700 000 soldats combattant en Ukraine, soit un nombre comparable à celui des soldats ukrainiens.

Des blindés lourds aux drones et missiles

Après des manœuvres rapides menées par un grand nombre de chars et d’infanterie mécanisée au début de l’invasion russe de 2022, les combats se sont transformés en une guerre d’usure où de petits groupes de soldats s’affrontent dans des combats acharnés, maison par maison, dans les villes et villages dévastés de l’est de l’Ukraine. L’omniprésence des drones a empêché la concentration des troupes et toute offensive d’envergure.

La Russie a également eu recours à des missiles à longue portée et à des drones pour pilonner les installations énergétiques et autres infrastructures vitales de l’Ukraine.

Depuis un an, la Russie est capable d’infiltrer et de saper les positions défensives ukrainiennes en raison de la «létalité croissante» des attaques de Moscou et de l’affaiblissement des forces ukrainiennes, a expliqué Jack Watling, analyste au Royal United Services Institute.

Iran: Trump affirme maintenant qu’il n’a plus besoin de l’OTAN Détroit d’Ormuz: le président américain Donald Trump a fait volte-face mardi et affirme ne plus avoir besoin de l’assistance de l’OTAN.

«La Russie est probablement en mesure de maintenir son rythme de recrutement actuel, malgré le nombre élevé de pertes infligées par l’Ukraine», a-t-il ajouté.

Dans le cadre de la préparation de nouvelles offensives, la Russie cherche de plus en plus à enrôler des étudiants dans ses nouvelles Forces de drones, leur offrant une rémunération relativement élevée et un déploiement à distance du front.

Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national américain, a déclaré mercredi devant la commission du renseignement du Sénat que «la Russie a conservé l’avantage dans la guerre contre l’Ukraine».

Elle a ajouté que les pourparlers menés par les États-Unis entre l’Ukraine et la Russie «sont en cours».

«Tant qu’un tel accord n’aura pas été conclu, Moscou continuera probablement de mener une guerre d’usure lente jusqu’à ce qu’elle considère ses objectifs atteints», a-t-elle expliqué.

Les deux camps restent sur leurs positions

Plusieurs cycles de négociations n’ont abouti à aucune avancée notable, les parties restant profondément divisées sur les points clés.

M. Poutine exige que l’Ukraine retire ses forces des quatre régions que la Russie a annexées illégalement, mais jamais totalement conquises, renonce à son adhésion à l’OTAN, réduise de façon draconienne son armée et lève les restrictions imposées à la langue russe et à l’Église orthodoxe pro-russe – des demandes que M. Zelensky a rejetées.

Le président Zelensky a appelé à un cessez-le-feu, à des garanties de sécurité soutenues par les États-Unis pour empêcher une nouvelle invasion de Moscou et a rejeté les revendications territoriales.

Les alliés européens de Kyiv accusent Moscou de faire traîner les négociations dans l’espoir d’obtenir davantage de concessions et insistent sur la nécessité de la présence européenne aux pourparlers. La Russie a refusé leur participation.

Moscou affirme qu’elle n’autorisera aucune troupe européenne à surveiller un éventuel cessez-le-feu et les considérera comme des cibles légitimes.

«Les Européens ont laissé entendre qu’ils souhaiteraient participer aux négociations concernant le règlement du conflit ukrainien», a indiqué cette semaine le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avant d’ajouter: «Nous ne jugeons pas cela nécessaire ni opportun.»

Sam Greene, professeur au King’s College de Londres, a déclaré dans une analyse que la stratégie de Moscou était évidente: «S’engager auprès de Washington juste assez pour empêcher l’Ukraine d’obtenir ce dont elle a besoin pour modifier l’équilibre des forces sur le terrain, et juste assez pour tenir les Européens à distance, mais pas assez pour réaliser de véritables progrès.»

Trump s’en prend à Zelensky

Les États-Unis ont accordé à Moscou une dérogation temporaire aux sanctions pétrolières, autorisant la vente de pétrole brut russe déjà en mer – au grand dam de Kyiv et des Européens.

Par ailleurs, Donald Trump a présenté le président Zelensky comme un obstacle à la paix. «Il doit se ressaisir et conclure un accord», a lancé M. Trump à propos du dirigeant ukrainien en début de mois.

Dans une entrevue accordée à NBC News, il a affirmé que, si M. Poutine était prêt à négocier, «il est beaucoup plus difficile de parvenir à un accord avec Zelensky».

M. Trump a également rejeté la proposition de M. Zelensky d’aider à protéger les forces américaines et leurs alliés dans le Golfe contre les drones iraniens. «Non, nous n’avons pas besoin de leur aide en matière de défense antidrone», a rétorqué M. Trump à Fox News Radio.

Le président Zelensky, qui a adopté une position publique plus pragmatique vis-à-vis de M. Trump après leur rencontre houleuse à la Maison-Blanche en février 2025, s’inquiète de plus en plus des conséquences qu’une guerre contre l’Iran pourrait avoir sur l’Ukraine.

Il a déclaré cette semaine à la BBC avoir un «très mauvais pressentiment» quant à l’impact du conflit au Moyen-Orient sur la guerre en Ukraine, soulignant que les négociations de paix sont «constamment reportées», tandis que la Russie profite de la flambée des prix du pétrole et que l’Ukraine risque de se retrouver confrontée à une pénurie de missiles Patriot de fabrication américaine.