Conflit au Moyen-Orient

Un député libéral remet en question le soutien de Mark Carney aux frappes en Iran

«Nous préférons une solution diplomatique.»

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Iran: «Nous préférons une solution diplomatique», affirme la ministre Anita Anand La ministre des Affaires étrangères Anita Anand a fait le point sur la situation en Iran le 2 mars 2026. La ministre a indiqué que le Canada n’était impliqué dans aucune opération et n’avait reçu aucune notification préalable et a ajouté que le pays privilégiait une solution diplomatique.

Un député libéral a remis en question le soutien du premier ministre Mark Carney aux frappes américaines en Iran, alors que le gouvernement élude les questions visant à déterminer si cette campagne viole le droit international.

Le député de Victoria, Will Greaves, a fait part samedi de ses préoccupations concernant la position du Canada dans une publication sur les médias sociaux, qui a reçu les «J’aime» d’une poignée de députés libéraux, dont un ancien ministre.

«Le Canada ne peut approuver l’utilisation unilatérale et illégale de la force militaire, le meurtre de civils ou l’enlèvement et l’assassinat de chefs de gouvernement étrangers, tout en insistant pour que notre souveraineté, nos droits et notre indépendance soient respectés», a-t-il avancé.

«Tous les États ont l’obligation de protéger la vie des civils, et aucun État n’a le droit de mener une guerre d’agression», a-t-il ajouté.

M. Carney se trouvait en Inde pour une visite diplomatique et commerciale de quatre jours lorsque les États-Unis et Israël ont lancé l’attaque samedi. Lors d’un événement à Mumbai, M. Carney a déclaré que le Canada appuyait l’action des États-Unis, mais qu’il ne s’impliquerait pas.

Il a annulé une conférence de presse prévue lundi, invoquant le dépassement de l’horaire prévu pour ses rencontres avec le premier ministre Narendra Modi.

La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, qui accompagnait M. Carney en Inde, a répondu aux questions des journalistes à sa place, réaffirmant la volonté du Canada de ne pas s’impliquer dans le conflit.

Elle a expliqué que le Canada privilégiait une solution diplomatique et qu’elle avait passé les deux derniers jours à discuter de cette question avec ses homologues du Moyen-Orient.

«Certains pays estiment qu’une solution diplomatique n’est pas possible pour le moment. D’autres veulent travailler le plus rapidement possible pour que la diplomatie devienne la prochaine étape de cette situation horrible», a-t-elle précisé.

M. Greaves, ancien professeur de relations internationales à l’Université de Victoria, a indiqué que le discours historique de M. Carney au Forum économique mondial de Davos allait à l’encontre du soutien à la campagne américaine en Iran.

«Cela implique l’indépendance, la cohérence et un pragmatisme fondé sur des principes dans notre politique étrangère, même lorsque cela est inconfortable», a souligné M. Greaves dans une vidéo Instagram.

«La déclaration faite aujourd’hui par le Canada au sujet des frappes américaines et israéliennes en Iran semble différente», a-t-il précisé.

Il a appelé à «la franchise envers les Canadiens» quant à «nos limites».

M. Greaves a appelé à «une norme canadienne cohérente, qui applique les lois de la guerre et le principe de protection des civils, que les acteurs soient des alliés ou des adversaires».

La publication a reçu un «J’aime» de la part de plusieurs députés libéraux sur Instagram, dont l’ancien ministre de l’Environnement Steven Guilbeault, Braedon Clark, Ginette Lavack, Patrick Weiler et Sameer Zuberi. Aucun d’eux n’a répondu à la demande de commentaires de La Presse Canadienne concernant leur appui à la publication.

Le compte de la ministre de la Santé, Marjorie Michel, figurait parmi ceux qui avaient aimé la publication sur Instagram, bien qu’un porte-parole a déclaré que cela avait été fait par erreur.

Les tensions s’intensifient au Moyen-Orient, du Liban au Golfe Frappes d’Israël au Liban en riposte de tirs du Hezbollah, salves de missiles iraniens tous azimuts, raffinerie et pétrolier touchés dans le Golfe: le Moyen-Orient s’embrase deux jours après le lancement d’une attaque israélo-américaine sans précédent contre l’Iran.

«La ministre Michel soutient la position du premier ministre et de la ministre Anand. Le “J’aime” a été fait par erreur par un membre du personnel de la ministre. Il a maintenant été supprimé», a écrit Guillaume Bertrand.

Samedi, les États-Unis et Israël ont lancé une attaque majeure contre l’Iran, qui a coûté la vie au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. La Société du Croissant-Rouge iranien a indiqué que l’opération américano-israélienne avait tué au moins 555 personnes. Les autorités iraniennes ont déclaré que plus de 100 enfants avaient été tués lors d’une attaque contre une école.

L’agence des Nations unies pour l’éducation, l’UNESCO, a qualifié le bombardement de l’école de «grave violation du droit humanitaire».

En Israël, où plusieurs endroits ont été touchés par des missiles iraniens, 11 personnes ont été tuées.

L’Iran a également pris pour cible des bases militaires et des missions diplomatiques américaines au Moyen-Orient, notamment au Koweït, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Il a également étendu ses attaques aux infrastructures pétrolières régionales.

Interrogées lundi sur le nombre de soldats déployés dans la région, les Forces armées canadiennes n’ont pas pu fournir de bilan immédiat.

En juin dernier, elles avaient indiqué que «jusqu’à cinq membres des Forces armées canadiennes opèrent depuis la base aérienne d’Al Udeid au Qatar», base que l’Iran avait attaquée ce même mois en représailles à des frappes aériennes américaines.

Le Canada dispose également d’une base de soutien opérationnel au Koweït, qui fournit du personnel, du matériel et de l’équipement dans la région.

Lundi, le président américain Donald Trump a déclaré que la guerre durerait probablement plusieurs semaines, insistant sur la détermination des États-Unis à détruire les capacités balistiques de l’Iran, à anéantir sa force navale et à empêcher l’Iran de continuer à soutenir des groupes alliés, comme le Hezbollah libanais, qui a tiré des missiles sur Israël.

Pas de Canadiens blessés ou tués

Affaires mondiales Canada a déclaré lundi qu’il y avait 85 000 Canadiens et résidents permanents enregistrés dans 15 pays du Moyen-Orient, dont plus de 23 000 aux Émirats arabes unis et au Liban, et près de 11 000 en Arabie saoudite. Près de 3000 se trouvent en Iran.

Ces chiffres ne sont que des estimations, car l’enregistrement est volontaire.

Affaires mondiales Canada a confirmé n’avoir reçu aucun rapport faisant état de Canadiens blessés ou tués à la suite du déclenchement de la guerre.

Le Canada déconseille tout voyage à Bahreïn, en Iran, en Irak, en Israël, au Koweït, au Liban, au Qatar et aux Émirats arabes unis, et recommande d’éviter tout voyage non essentiel en Jordanie, à Oman et en Arabie saoudite.

L’ambassade du Canada à Abou Dhabi avertit également que «publier ou diffuser des rumeurs ou des informations sur les médias sociaux constitue un crime punissable par la loi aux Émirats arabes unis».

Dans une publication sur les médias sociaux samedi, le chef conservateur Pierre Poilievre a écrit qu’il appuyait les actions visant à renverser le régime iranien, soulignant de nombreux actes de répression et des violations des droits de la personne.

«Les conservateurs appuient les États-Unis, Israël et nos alliés du Golfe dans leurs efforts pour défendre leur souveraineté et démanteler la dictature militaire cléricale de l’Iran», a écrit M. Poilievre sur les médias sociaux.

Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, a exprimé «une inquiétude certaine» par le recours à la force par les États-Unis sans l’appui du Congrès américain ni de leurs alliés, ajoutant qu’une caution de ces frappes lui semblait «prématurée».

Le chef du NPD, Don Davies, a soulevé des points similaires à ceux de M. Greaves, laissant entendre que Carney se contredisait dans son discours de Davos.

«Approuver l’illégalité, la violence et la destruction plutôt que le dialogue et une résolution pacifique n’est pas ce qui a été promis aux Canadiens ni ce qu’ils soutiennent», a écrit M. Davies.

Le Canada et l’Iran n’entretiennent pas de relations diplomatiques officielles depuis 2012 et le Canada a inscrit le gouvernement iranien sur sa liste des États soutenant le terrorisme.

Mme Anand a déclaré que le Canada continuerait d’appuyer le peuple iranien, soulignant que le gouvernement avait imposé environ 500 sanctions liées au régime iranien.

— Avec des informations d’Anja Karadeglija à New Delhi, de Sarah Ritchie à Ottawa et de l’Associated Press

Anja Karadeglija

Anja Karadeglija

Journaliste