La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a avancé que le traitement infligé par Israël aux Canadiens participant à une flottille qui tentait de se rendre dans la bande de Gaza constituait une violation de la Convention de Vienne.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Mme Anand a indiqué avoir abordé la question avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar, lundi matin.
«J’ai souligné que le fait d’avoir refusé à des citoyens canadiens l’accès à des services consulaires pendant leur détention constitue une violation de la Convention de Vienne et que cela ne doit plus jamais se reproduire», a-t-elle déclaré.
«Le Canada fournit aux autorités israéliennes des éléments de preuve concernant ces mauvais traitements. Nous avons demandé une enquête indépendante et nous nous attendons à ce que les responsables rendent des comptes», a-t-elle ajouté.
Douze Canadiens figuraient parmi les 420 personnes à bord de 41 bateaux interceptés par Israël les 18 et 19 mai alors qu’ils tentaient d’apporter une aide symbolique à Gaza malgré les restrictions imposées par Israël.
Les militants ont été placés en détention et Mme Anand a mentionné la semaine dernière avoir été informée par ses représentants en Turquie des «mauvais traitements» subis par les personnes à bord.
Dans son propre message sur les réseaux sociaux, M. Sa’ar a qualifié les participants à la flottille d’extrémistes anti-israéliens au service du Hamas.
«Israël continuera d’agir en totale conformité avec le droit international et ne tolérera aucune violation du blocus naval légal imposé à Gaza», a-t-il écrit.
Le premier ministre Mark Carney s’est également entretenu lundi avec le président israélien, Isaac Herzog.
Un communiqué du bureau du premier ministre a précisé que M. Carney a réaffirmé que le traitement «scandaleux» infligé aux civils à bord de la flottille était inacceptable, et qu’il a appelé à la tenue d’une enquête indépendante.
Il a également condamné les propos tenus par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et a souligné que la protection de tous les civils et le respect de la dignité humaine devaient être garantis.
M. Ben-Gvir a suscité l’indignation mondiale la semaine dernière après avoir diffusé une vidéo dans laquelle il se moquait des militants de la flottille détenus par ses forces de police.
Dans un extrait, on voyait M. Ben-Gvir agiter un grand drapeau israélien au-dessus de détenus courbés dont les mains semblaient liées.
Dans un autre, il se moquait d’un détenu à genoux dont les poignets étaient attachés avec des liens en plastique, en lui criant «Am Yisrael Chai» — ce qui signifie en hébreu «Le pays d’Israël vit».
Dans un autre, on pouvait voir les détenus — le front contre le sol d’un enclos extérieur — tandis que l’hymne national du pays retentissait et que des gardes armés les encerclaient.
Le Canada s’est joint à plusieurs autres pays, dont la France, l’Italie et les Pays-Bas, pour condamner les agissements de M. Ben-Gvir et convoquer les ambassadeurs.
Mme Anand a mentionné aux journalistes la semaine dernière que ses responsables avaient convoqué Iddo Moed, l’ambassadeur d’Israël au Canada.
Affaires mondiales Canada a confirmé samedi que l’ambassadeur avait rencontré des responsables, qui ont condamné les mauvais traitements infligés aux civils et exigé que les responsables de ces abus flagrants soient tenus pour responsables.
Un porte-parole de l’ambassade d’Israël a déclaré la semaine dernière que M. Moed ne ferait aucun commentaire sur cette affaire.
M. Sa’ar a évoqué la recrudescence des incidents antisémites, y compris les crimes violents, au Canada, une question qu’Israël soulève auprès du gouvernement Carney depuis des mois.
Mme Anand a reconnu ce qu’elle a qualifié de «hausse inquiétante de l’antisémitisme» au Canada, ainsi que les mesures prises par le Canada pour le combattre.
Le premier ministre Carney et M. Herzog ont également discuté du soutien du Canada à la sécurité d’Israël et à son droit à la légitime défense conformément au droit international.
«Dans ce contexte, il a souligné qu’il était impératif de protéger les civils ainsi que les infrastructures civiles et énergétiques», est-il indiqué dans le communiqué de presse.
Il précise que les dirigeants ont également évoqué le conflit au Moyen-Orient et que M. Carney a souligné la nécessité d’une désescalade dans la région et de préserver la stabilité dans les couloirs maritimes critiques, notamment le détroit d’Ormuz.
«Il a évoqué la crise à Gaza, affirmant que la situation humanitaire restait catastrophique, et a appelé à rétablir immédiatement un accès sans entrave à l’aide humanitaire», est-il souligné dans le communiqué.
«Le premier ministre a réitéré le soutien indéfectible du Canada en faveur d’une solution négociée à deux États, à savoir un État palestinien indépendant, viable et souverain, vivant côte à côte avec l’État d’Israël dans la paix et la sécurité», est-il ajouté.
Conflit sur l’aide humanitaire
Les organisations humanitaires affirment qu’Israël a empêché l’aide d’atteindre Gaza, où une crise humanitaire a éclaté à la suite de la guerre prolongée lancée par Israël après l’attaque du Hamas en octobre 2023.
Les Forces de défense israéliennes nient bloquer l’aide, insistant sur le fait qu’elles n’ont bloqué que l’aide provenant d’organisations qui refusaient de fournir des informations de sécurité concernant leurs employés et leurs partenariats.
Dans un communiqué publié sur son site web, l’armée israélienne a affirmé que l’aide entrait à Gaza à un rythme jamais vu depuis le début de la dernière guerre, et a accusé le Hamas d’avoir infiltré certaines organisations humanitaires.
— Avec des informations d’Alessia Passafiume, Sharif Hassan à Toronto, Nono Shen à Vancouver et l’Associated Press

