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La lauréate du prix Nobel fustige les sanctions «illégales» de Trump contre la Cour pénale internationale

Navi Pillay a également déclaré que l’annonce des sanctions américaines contre la CPI quasiment dans la foulée de l’attribution de son prix Nobel n’était pas un hasard.

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L'ancienne juge de la CPI Navi Pillay, lauréate du prix Nobel de la paix 2026, pose pour une photo à La Haye, aux Pays-Bas, le 12 octobre 2026. L'ancienne juge de la CPI Navi Pillay, lauréate du prix Nobel de la paix 2026, pose pour une photo à La Haye, aux Pays-Bas, le 12 octobre 2026. (Patrick Post/AP Photo/Patrick Post)

La lauréate du prix Nobel de la paix, Navi Pillay, a vivement critiqué mercredi les sanctions «illégales» prises par Donald Trump à l’encontre de la Cour pénale internationale (CPI), affirmant que le président américain avait besoin d’une leçon de droit international.

Dans un entretien accordé à l’AFP, Mme Pillay a également déclaré que l’annonce des sanctions américaines contre la CPI quasiment dans la foulée de l’attribution de son prix Nobel n’était pas un hasard, y voyant une «réaction au fait que le prix n’ait pas été décerné au président Trump».

Interrogée sur le message qu’elle souhaitait adresser au président américain, la juge âgée de 85 ans a répondu : «Faites appel à vos conseillers juridiques pour qu’ils vous expliquent ce qu’est le droit international (…) et pourquoi il est illégal de s’ingérer dans les affaires d’une cour internationale indépendante».

Les États-Unis ont annoncé vendredi des sanctions contre la CPI visant à paralyser le fonctionnement quotidien de la Cour, qui juge des individus pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

L’administration Trump s’est engagée à démanteler la Cour «brique par brique», furieuse que les juges aient lancé un mandat d’arrêt à l’encontre du premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour des crimes présumés commis à Gaza.

La Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, aux Pays-Bas, , le 9 décembre 2025. Photo AO/Peter Dejong, Pool photo, archive La Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, aux Pays-Bas, , le 9 décembre 2025. Photo AO/Peter Dejong, Pool photo, archive (Peter Dejong)

Mme Pillay a fait remarquer que les administrations américaines précédentes avaient salué le mandat d’arrêt délivré par la CPI à l’encontre du président russe Vladimir Poutine, affirmant : «C’est de la sélectivité, c’est faire deux poids deux mesures, et c’est inacceptable.»

«Blessant et insultant»

Ces sanctions, qui porteront atteinte aux infrastructures technologiques et aux opérations bancaires de la Cour, entreront en vigueur dans six mois.

Mme Pillay a également riposté aux responsables israéliens qui ont réagi avec indignation à l’attribution de son prix Nobel, en rapport avec sa présidence de la Commission d’enquête internationale indépendante (COI) des Nations unies, qui avait conclu l’année dernière qu’un génocide était en cours à Gaza.

M. Netanyahou l’a qualifiée de «fanatique», tandis que le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que le propagandiste nazi Joseph Goebbels devait «applaudir depuis l’enfer» à l’annonce de sa récompense.

«Je trouve cela très blessant et insultant», a réagi Mme Pillay.

«Goebbels avait du sang sur les mains. Il est responsable de la mort de milliers de personnes. Pas seulement des Juifs, mais aussi des personnes de couleur comme moi», a-t-elle ajouté.

Pour la lauréate, il y a actuellement peu de volonté politique d’arrêter M. Netanyahou pour qu’il réponde aux accusations de la CPI, et y comparaisse un jour.

«Mais toute ma vie, j’ai vu des gens surmonter des difficultés, je suis donc convaincue que cela finira par arriver», a-t-elle déclaré.

«Mon âge va me freiner»

Mme Pillay a déclaré qu’elle était encore en train de digérer la nouvelle de l’attribution du Nobel. Elle a eu du mal à y croire au début, «car ils décernent leurs prix à très peu de femmes — une inégalité flagrante dans la pratique jusqu’à présent».

À 85 ans, elle craint de ne plus pouvoir voyager partout dans le monde pour vanter les mérites de la justice internationale.

«Je pense que mon âge va quelque peu me freiner. Je ne peux plus être aussi active qu’avant», a-t-elle déclaré, rappelant qu’elle s’était rendue dans 79 pays lorsqu’elle était Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

La juriste d'origine sud-africaine et ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navanethem «Navi» Pillay, au centre, pose aux côtés de l'ancienne présidente de la Cour pénale internationale (CPI), Silvia Fernández de Gurmendi... La juriste d'origine sud-africaine et ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Navanethem «Navi» Pillay, au centre, pose aux côtés de l'ancienne présidente de la Cour pénale internationale (CPI), Silvia Fernández de Gurmendi, et du directeur de l’Académie internationale des principes de Nuremberg, Christoph Safferling, lors du Forum de Nuremberg, en Allemagne, le vendredi 9 octobre 2026. Daniel Karmann/dpa via AP (Daniel Karmann)

Elle a indiqué qu’elle consultait différentes personnes sur la meilleure façon d’utiliser le prix de 12 millions de couronnes suédoises (1,1 million d’euros), mais a laissé entendre qu’une partie de cette somme pourrait être investie dans son pays natal, l’Afrique du Sud.

«L’Afrique souffre. L’Afrique du Sud souffre. Il est très difficile d’y lever des fonds», a-t-elle expliqué.

«L’université du KwaZulu-Natal a créé une unité à mon nom, je vais donc entamer des discussions avec eux. Je crois en l’éducation des enfants et des jeunes.»