Gloria Steinem, célèbre autrice et militante, qui est devenue l’un des symboles les plus emblématiques et l’une des voix les plus influentes du mouvement féministe américain, est décédée à l’âge de 92 ans.
Elle est décédée mercredi à son domicile de New York, selon ses comptes de réseaux sociaux et ceux de la fondation qu’elle avait créée.
«Le plus grand don de Gloria était sa capacité à écouter les autres, à faire en sorte qu’ils se sentent vus et entendus», peut-on lire dans un communiqué publié par son compte personnel. «Ses paroles, ses actions et son exemple ont permis aux gens d’être pleinement eux-mêmes. Gloria a vécu en restant fidèle à son esprit indépendant, toujours animée par la curiosité et un grand sens de l’humour.»
Avec ses mèches blondes et ses grandes lunettes d’aviateur, Gloria Steinem, cofondatrice du«Ms. Magazine, était une figure qui ne passait jamais inaperçue, peu importe où elle allait. Elle a passé une grande partie de sa vie de militante sur les routes, livrant discours et conférences dans des campus universitaires et des centres communautaires, lors de rassemblements et de manifestations.
Ces dernières années, Gloria Steinem aimait écrire et passer du temps au sein de la communauté, précise le communiqué. Elle animait également des cercles de discussion réunissant des centaines de personnes chez elle.
«On ne peut pas faire ça au téléphone ou sur Internet, avait-elle déclaré à l’Associated Press lors d’une entrevue en 2015. Il faut être présent avec ses cinq sens. Il devrait être évident que les gens ne peuvent pas faire preuve d’empathie les uns envers les autres à moins d’être dans la même pièce.»
Elle a débuté sa carrière en tant que journaliste, notamment en réalisant, en 1963, un reportage sur les conditions de travail dégradantes au sein de l’empire Playboy de Hugh Hefner, une mission d’infiltration qu’elle a par la suite regrettée.
Elle attribue à une réunion, six ans plus tard, au cours de laquelle des femmes se sont exprimées avec audace en faveur du droit à l’avortement, le changement de cap de sa carrière.
«Cette prise de parole a marqué pour moi le début de mon militantisme», avait raconté Steinem, qui avait elle-même subi un avortement illégal et secret à l’âge de 22 ans, dans un courriel adressé à l’AP en 2022, alors qu’elle commentait l’annulation de l’arrêt Roe c. Wade. «Soit nous disposons d’un contrôle égal sur nos propres corps, indépendamment du sexe ou de la race, soit nous ne vivons pas dans une démocratie», avait-elle ajouté.
Le courage de ses convictions
Bien qu’elle soit rapidement devenue une militante reconnue, ceux qui ont vu Steinem dénoncer la discrimination pendant tant d’années n’ont sans doute jamais soupçonné qu’elle avait dû surmonter une profonde peur de prendre la parole en public. Elle se serait contentée d’écrire, a-t-elle déclaré, si seulement les rédacteurs en chef de l’époque avaient accepté de la laisser écrire sur le mouvement féministe.
Mais cela ne les intéressait pas, a-t-elle mentionné à l’AP en 2015. «J’ai donc fini par monter sur scène et prendre la parole, ce qui était mon cauchemar», a-t-elle expliqué. «Je veux dire, j’étais terrifiée. Mais j’en suis reconnaissante, même si j’ai encore peur aujourd’hui», a-t-elle confié.
Le temps ne l’a pas ralentie; alors qu’elle avait déjà largement dépassé les 80 ans, elle parcourait le monde et s’exprimait sur des sujets qui lui tenaient à cœur. Ceux-ci allaient des mutilations génitales à la réconciliation coréenne, mais c’était l’égalité entre les genres qui primait. «Être féministe, c’est voir le monde dans son ensemble plutôt qu’à moitié, a-t-elle affirmé un jour. Cela ne devrait pas avoir besoin d’un nom, et un jour, ce ne sera plus le cas.»
Au fil des années, la présence de Steinem n’a pas faibli. À 83 ans, elle a pris place au premier rang de son premier défilé de mode, en tant qu’invitée du créateur Prabal Gurung. Quelques jours après son 85e anniversaire, elle animait un «cercle de discussion» lors d’une pièce de théâtre célébrant sa vie, où, l’une après l’autre, des femmes du public — dont beaucoup luttaient pour retenir leurs larmes — se sont levées pour la remercier et raconter leurs propres histoires de discrimination.
En 2020, sa vie a fait l’objet d’un long métrage, The Glorias, A Life on The Road, adapté de ses mémoires publiées en 2015 et mettant en vedette Julianne Moore.
Et à 91 ans, elle a collaboré à la rédaction d’un livre illustré avec la militante pour la paix libérienne et lauréate du prix Nobel Leymah Gbowee, destiné à inspirer les jeunes à changer le monde. Rise, Girl, Rise: Our Sister-Friend Journey. Together for All a été publié en février 2026.
