Les conflits et la sécheresse aggravent l’insécurité alimentaire dans certaines parties des régions soudanaises du Darfour et du Kordofan, a averti lundi un organisme international de surveillance de la crise alimentaire.
Le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) affirme que la «situation humanitaire se détériore» dans l’ensemble du Darfour et du Kordofan, y compris dans les zones identifiées comme menacées de famine, ainsi que dans d’autres localités.
Une grave sécheresse liée au phénomène El Niño touche plus de la moitié du Soudan, provoquant des mauvaises récoltes localisées et privant les ménages de nourriture et de revenus, a-t-il indiqué.
En mai, près de 19,5 millions de personnes — soit plus de 40 % de la population — étaient confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, selon une évaluation de l’IPC. Parmi elles, 135 000 se trouvaient en phase 5, la classification la plus grave, caractérisée par des pénuries alimentaires extrêmes, la famine, des niveaux très élevés de malnutrition et des décès dus à la maladie ou à la malnutrition aiguë.
La guerre au Soudan a éclaté en avril 2023 lorsque les tensions entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, ont dégénéré en combats ouverts dans la capitale, Khartoum, avant de s’étendre à l’ensemble du pays. Le conflit a fait au moins 150 000 morts, selon l’observatoire des conflits ACLED, bien que des organisations humanitaires estiment que le bilan réel est probablement plus élevé.
La guerre a également provoqué le déplacement d’environ 13 millions de personnes et plongé certaines régions du pays dans la famine.
Les moyens de subsistance des agriculteurs ont été affectés, et ceux-ci dépendent désormais davantage de l’aide humanitaire, a indiqué l’IPC. Sans une augmentation rapide et significative de l’aide apportée au Soudan, «l’insécurité alimentaire, la malnutrition aiguë et la surmortalité risquent de s’aggraver», a prévenu l’organisation.
De faibles taux de croissance ont affecté 64 % des terres cultivées au Darfour du Nord et environ la moitié de celles du Darfour du Sud, du Kordofan occidental et du Kordofan du Sud.
L’IPC a signalé une aggravation de la malnutrition aiguë dans d’autres régions, notamment à Nyala, où la proportion d’enfants admis pour malnutrition aiguë sévère parmi ceux ayant accès aux services nutritionnels a doublé, passant d’environ 5 % en janvier à 11 % en août.
Deux camps de déplacés du Darfour du Sud ont également enregistré des taux de malnutrition aiguë supérieurs aux seuils de famine.
Dans le Darfour du Nord, le retard des pluies, qui a affecté les cultures, et des stocks alimentaires «extrêmement bas» ont aggravé l’insécurité alimentaire. Parallèlement, le Kordofan occidental connaît l’une de ses pires sécheresses depuis 2004, a indiqué l’IPC en se référant au niveau de précipitations.
Des organisations humanitaires ont répété à maintes reprises que mettre fin au conflit et garantir un accès humanitaire sûr et durable étaient essentiels pour améliorer la situation dans tout le Soudan. Mais les efforts répétés pour parvenir à la paix n’ont pas encore permis de mettre un terme à la guerre.
Lors de la dernière vague de violence, une frappe aérienne a tué au moins 72 mineurs civils dans une zone frontalière entre le Soudan et l’Égypte où l’exploitation à petite échelle de l’or est très répandue, a déclaré dimanche l’organisation locale de défense des droits de la personne Emergency Lawyers.
L’organisation, qui recense les violences à travers le Soudan, a affirmé sans fournir de preuves que des avions de combat égyptiens avaient pris pour cible les mineurs dans la région du Wadi du Nord, au Soudan.
Les forces armées égyptiennes ont publié lundi soir un communiqué indiquant qu’elles avaient lancé la dernière vague d’une «campagne à grande échelle visant à lutter contre l’exploitation minière illégale dans le désert oriental» en larguant des «tracts d’avertissement» sur la population. Elles n’ont fourni aucun autre détail ni aucune explication.
En juin, les forces de sécurité égyptiennes avaient arrêté des centaines de personnes à la frontière avec le Soudan, les accusant d’exploitation aurifère illégale et de contrebande.
Par ailleurs, le ministère égyptien des Affaires étrangères a également annoncé la mort de deux chauffeurs routiers égyptiens à Khartoum, la capitale soudanaise, après qu’un homme armé a ouvert le feu. Le communiqué précise que le tireur a été appréhendé par les autorités.
