La défaite cinglante de Donald Trump aux élections de mi-mandat américaines amenuise encore, selon les analystes, les chances d’une éventuelle rencontre avec son homologue nord-coréen Kim Jong-un, à l’approche d’un sommet international à Shenzhen, en Chine.
Le président américain a multiplié ces derniers mois les appels du pied pour une rencontre avec le dirigeant nord-coréen, avec lequel il se vante d’avoir de bonnes relations. Avant de tempérer son discours dernièrement, déclarant qu’il n’était «pas sûr que quelqu’un demande une rencontre».
Kim Yo Jong, la puissante sœur du dirigeant nord-coréen a douché ses espoirs mercredi.
«Nous n’avons aucune raison de nous asseoir face à des personnes aussi peu fiables et hostiles, qui refusent d’abandonner leur politique de confrontation tout en parlant de dialogue», a-t-elle tempêté, en faisant référence à Washington.
Le dialogue «n’est certainement pas synonyme d’intérêt national» pour Pyongyang, selon elle.
La veille, elle avait fustigé les accusations du FBI, attribuant à la Corée du Nord le piratage record de 6,3 milliards de dollars sur la plateforme de cryptomonnaies Binance.
Cette affaire est utilisée comme «une occasion de condamner l’ensemble de la politique américaine de pression contre la Corée du Nord, marquant ainsi un passage de la défense à l’offensive», indique Lim Eul-chul, professeur à l’Institut d’études sur l’Extrême-Orient de l’université sud-coréenne de Kyungnam à l’AFP.
Pyongyang a effectué mercredi un tir d’essai d’un système de missiles de défense aérienne, dans la lignée d’autres tests d’ogives à sous-munitions, de drones d’attaque, de torpilles de précision ou encore d’un missile hypersonique ces dernières semaines — des manœuvres courantes en temps d’élections américaines.
La défaite électorale des républicains de Donald Trump aux élections de mi-mandat mardi apparaît comme un nouveau frein.
Fin de mandat
Ces résultats «vont réduire l’intérêt de Pyongyang pour des pourparlers avec Trump», avance Michael Bosack, fondateur et directeur du Parley Policy Institute et ancien responsable du Commandement des Nations unies en Corée du Sud.
«Ce que recherche le régime de Kim, ce sont des changements substantiels et durables dans la politique américaine à l’égard de la Corée du Nord. À l’heure actuelle, rien de ce que propose Trump n’est assorti d’une garantie que cela durera au-delà de janvier 2029», expose-t-il à l’AFP.
L’attention qu’accorde Donald Trump à la Corée du Nord et sa récente décision de revoir à la baisse les exercices militaires annuels conjoints des armées américaine et sud-coréenne inquiètent les alliés asiatiques de Washington.
Donald Trump continuera probablement à chercher un dialogue avec la Corée du Nord, car cela ne nécessite pas l’approbation du Congrès, désormais à majorité démocrate, et que cela lui offrirait «l’occasion de se démarquer de ses prédécesseurs», estime Yang Moo-jin, ancien président de l’Université sud-coréenne d’études nord-coréennes, interrogé par l’AFP.
Le dirigeant américain pourrait aussi chercher à obtenir une victoire en matière de politique étrangère au moment où il s’enlise dans son conflit entamé contre l’Iran.
Toutefois, «la division du gouvernement américain et le statut de président en fin de mandat de Trump constitueront des variables importantes pour la Corée du Nord», selon l’universitaire.
Souvenir de Joe Biden
Pendant son premier mandat, Donald Trump a rencontré Kim Jong-un à Singapour en 2018, puis à Hanoï, et dans la zone démilitarisée de Corée du Nord (DMZ) en 2019, mais n’a obtenu aucun progrès sur la dénucléarisation du petit reclus.
Depuis, Pyongyang n’a cessé de renforcer son arsenal. Et a clairement indiqué ne plus vouloir discuter de dénucléarisation.
Le retour des démocrates, fermes sur ce point, pourrait constituer un obstacle lors d’une hypothétique rencontre.
«Pyongyang garde un mauvais souvenir de l’absence de progrès dans les négociations sous l’administration (de Joe) Biden, en raison de sa position selon laquelle il n’y aurait ni levée des sanctions ni dialogue sans mesures préalables de dénucléarisation», retrace Lim Eul-chul.
Ce résultat électoral risque de «renforcer» la «conviction de la Corée du Nord selon laquelle le développement autonome de son arsenal nucléaire (…) était la bonne décision», poursuit-il.
D’autant que le resserrement des liens de la Corée du Nord avec la Russie et la Chine renforce sa position et diminue les incitations à dialoguer avec Washington.
«Pour Kim Jong-un, le maintien du statu quo est la meilleure option à l’heure actuelle», comprend Lim Eul-chul.
