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La Cour suprême russe interdit au seul parti antiguerre de participer aux élections

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Russia Victory Day Parade Rehearsal (Alexander Zemlianichenko/AP)

La Cour suprême russe a interdit lundi au seul parti antiguerre, Iabloko, de participer aux législatives de septembre en Russie, privant les électeurs opposés au conflit en Ukraine qui dure depuis quatre ans et demi de la possibilité de demander à y mettre fin via leur bulletin de vote.

Cette juridiction a ainsi fait droit à la requête d’une formation nationaliste favorable au Kremlin qui avait déposé un recours contre le feu vert donné par la Commission électorale centrale, d’ordinaire prompte à museler les oppositions, à Iabloko pour concourir à ce scrutin.

«Les demandes d’annulation de l’enregistrement» de la liste des candidats de Iabloko - un acronyme constitué par les initiales de ses principaux fondateurs, signifiant «Pomme» en russe - en vue du renouvellement de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, «ont été acceptées», a déclaré lundi le juge Viatcheslav Kirillov.

Après la lecture du jugement, une centaine de sympathisants de ce parti, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblés devant le siège de la Cour suprême, scandant «Honte ! Honte !».

S’adressant à eux à l’issue de l’audience, le leader de Iabloko, Nikolaï Rybakov, a annoncé que cette formation politique ferait appel de cette décision.

«Un long chemin nous attend et nous avons une tâche vaste et importante : mettre fin aux morts et ramener la paix», a-t-il ajouté.

«Tout ce que nous faisons doit y être consacré», a encore dit M. Rybakov.

- «Se prononcer pour la paix» -

La plupart des opposants au président Vladimir Poutine sont emprisonnés, en exil ou morts, et Iabloko est le seul parti libéral encore en activité en Russie.

Cette formation avait reçu dans la perspective des prochaine législatives le soutien de plusieurs personnalités de l’opposition vivant désormais à l’étranger, dont Ioulia Navalnaïa, la veuve de l’opposant Alexeï Navalny qui s’est éteint en 2024 en prison, tous deux classés dans la catégorie des «extrémistes» en Russie.

Un sondage réalisé plus tôt cette année créditait cependant Iabloko de seulement 3 % des intentions de vote, un score inférieur au seuil de 5 % nécessaire pour entrer à la Douma.

À quelques semaines des élections, Iabloko avait pourtant dit sentir un frémissement alimenté par le ras-le-bol de jeunes Russes excédés par les restrictions dans l’usage d’internet et la propagande omniprésente du gouvernement et du parti au pouvoir Russie unie, largement majoritaire à la Douma sortante.

«Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix», avait récemment assuré à l’AFP Nikolaï Rybakov, aujourd’hui âgé de 47 ans.

- Revers électoraux -

Après la fin de l’URSS, Iabloko a porté les espoirs des libéraux tournés vers l’Occident. Mais, accusé d’être rigide, voire donneur de leçons, ce parti a plongé dans les urnes. Depuis les élections de 2007, il n’a plus de sièges à la Douma.

Ses dirigeants avaient présenté les législatives comme «un référendum qui montrera au pouvoir que des millions de Russes s’opposent» à la guerre.

Dans les sondages réalisés en juin par l’institut russe Levada, désigné «agent de l’étranger» par les autorités, 64 % des Russes se prononçaient pour des négociations de paix avec Kiev (78 % chez les jeunes), contre 29 % qui préconisaient la poursuite des combats.

Pour l’heure, toutes les initiatives destinées à mettre fin au conflit ont échoué, le chef de l’État russe répétant souhaiter la conquête militaire du reste de l’est de l’Ukraine qui échappe au contrôle de Moscou.

«Une quarantaine de nos militants font l’objet de poursuites», avait il y a peu affirmé Nikolaï Rybakov, qui s’est lui-même vu infliger une amende pour avoir publié une photo d’Alexeï Navalny et dont les appels à la paix peuvent passer pour un acte de «discrédit» de l’armée russe et donc lui valoir une peine de prison.

Huit membres de Iabloko sont d’ailleurs en détention, dont Maxime Krouglov, l’adjoint de M. Rybakov condamné fin juin à sept ans de prison pour diffusion de «fausses informations» sur les forces russes.