Dans un quartier aisé de Delhi, les bornes de recharge pour véhicules électriques situées près d’une zone commerciale très fréquentée étaient prises d’assaut par des conducteurs venus recharger leurs scooters, camions et voitures.
La capitale indienne a cruellement besoin de davantage d’infrastructures de recharge, affirment les conducteurs de véhicules électriques, afin de mettre en œuvre un plan ambitieux visant à supprimer progressivement les véhicules à essence dans l’une des villes les plus polluées au monde.
«Les infrastructures de recharge ne sont pas encore à la hauteur», a souligné Shyam Singh, un responsable marketing propriétaire d’un scooter électrique à deux roues, ajoutant qu’il est difficile pour les conducteurs parcourant de longues distances de passer aux véhicules électriques car l’autonomie actuelle des batteries n’est pas suffisante.
Delhi a adopté le 1er juillet une nouvelle politique visant à ce que la grande majorité des véhicules nouvellement immatriculés soient électriques d’ici 2027.
Si les véhicules à essence existants ne seront pas interdits, leur nombre devrait toutefois diminuer au cours des prochaines années.
Selon les experts en énergie, ce plan constitue l’une des politiques les plus ambitieuses du pays en matière de véhicules électriques et représente une avancée significative vers l’amélioration de la qualité de l’air de la ville et la réduction de la pollution.
Cette politique prévoit des subventions et des exonérations des frais d’immatriculation et de certaines taxes routières pour les acheteurs de véhicules électriques, ainsi que des incitations à la mise au rebut des véhicules à essence.
Elle propose également des plans visant à développer les infrastructures de recharge. Elle cible aussi les deux-roues et les trois-roues, qui représentent près de 70 % des véhicules de la ville: à partir de 2027, tous les trois-roues et petits camions nouvellement immatriculés devront être électriques, et les deux-roues l’année suivante.
Actuellement, seuls environ 5 % des 8,7 millions de véhicules immatriculés à Delhi sont électriques.
Cependant, les immatriculations de véhicules électriques sont en hausse, avec plus de 100 000 au cours de l’année écoulée, dont la plupart sont des deux-roues et des trois-roues. Les immatriculations de nouvelles voitures à essence et de camions plus lourds resteront autorisées pour le moment.
Ce plan, dont le coût pour les autorités locales est estimé à 150 milliards de roupies (2,2 milliards de dollars), offrira des aides financières pouvant aller jusqu’à 50 000 roupies (735 dollars) aux habitants qui achètent un véhicule électrique, et jusqu’à 100 000 roupies (1470 dollars) à ceux qui mettent leur ancien véhicule à essence à la casse.
«La politique de Delhi en matière de véhicules électriques est l’une des plus ambitieuses que j’aie vues en Inde», a observé Jaideep Saraswat, qui dirige les travaux sur l’énergie propre et la mobilité électrique à la Fondation Vasudha.
Ces échéances, a-t-il ajouté, envoient un signal aux constructeurs automobiles et aux consommateurs indiquant que le changement est «inévitable».
Alors que des États tels que le Maharashtra, le Karnataka, le Telangana et le Tamil Nadu ont proposé des mesures incitatives aux propriétaires et aux constructeurs de véhicules électriques, réduit les taxes et investi dans la mise en place de bornes de recharge, Delhi est la première à supprimer progressivement les véhicules à essence.
Passer à l’électrique peut réduire la pollution
La grave pollution atmosphérique à Delhi entraîne fréquemment la fermeture d’écoles, des interdictions de chantier et des mesures d’urgence en matière de santé publique, en particulier pendant les mois d’hiver.
Les véhicules sont à l’origine d’environ un quart de la pollution atmosphérique dans la région de la capitale nationale qui entoure Delhi, et les deux- et trois-roues sont responsables de près de la moitié de la pollution due aux véhicules dans la ville.
Ruchita Shah, analyste en énergie pour le groupe de réflexion mondial sur l’énergie Ember, a déclaré que la ville était depuis longtemps une pionnière en matière d’énergie propre, notamment grâce à son passage antérieur aux véhicules fonctionnant au gaz naturel comprimé pour réduire la pollution.
Elle a précisé que les véhicules électriques représentaient environ 12,7 % des ventes de véhicules neufs à Delhi au cours de l’exercice 2026, contre 8,3 % à l’échelle nationale.
Selon elle, l’aspect le plus novateur de cette nouvelle politique réside dans le fait de lier les subventions à des échéances strictes, au-delà desquelles certains véhicules à moteur à combustion interne ne pourront plus être immatriculés.
Sunil Dahiya, fondateur de l’organisme de recherche environnementale Envirocatalyst, a expliqué que des véhicules plus propres pourraient réduire considérablement l’exposition du public aux émissions routières.
Il a toutefois averti que les bénéfices mettraient du temps à se concrétiser pleinement, car les véhicules à essence, diesel et GNC existants continueront de circuler pendant des années.
Certains propriétaires de deux-roues à essence estiment que ce n’est pas le bon moment pour passer à l’électrique.
Siddhant Jha, un ingénieur en informatique de 22 ans résidant dans le nord de Delhi, s’inquiète de la longévité des véhicules électriques par rapport à son deux-roues traditionnel, ainsi que des inondations annuelles dans les rues qui endommagent les composants électriques d’un véhicule.
«Je préfère attendre quelques années que de meilleurs modèles apparaissent. Les 150 000 roupies (2205 dollars) que je dépenserai (pour un véhicule électrique) auront alors plus de sens.»
M. Jha s’inquiète également de l’accessibilité des bornes de recharge pour véhicules électriques.
Mme Shah, l’analyste en énergie, a souligné que le succès de cette politique dépendait de la mise en place par Delhi d’une infrastructure de recharge suffisante et d’un approvisionnement en électricité provenant davantage de sources renouvelables que de centrales à combustibles fossiles.
La plupart des recharges de véhicules ont actuellement lieu la nuit, lorsque l’énergie solaire n’est pas disponible, ce qui oblige à recourir aux centrales thermiques pour répondre à la demande.
Delhi doit également moderniser son réseau électrique — en particulier les bornes de recharge rapide nécessaires aux bus, aux véhicules de transport de marchandises et aux voitures — afin de répondre à la forte augmentation de la demande et d’éviter les pannes de réseau, a déclaré M. Dahiya, l’écologiste.
M. Dahiya a recommandé l’installation de batteries de stockage dans les stations de recharge et l’adoption d’une tarification en fonction de l’heure de la journée afin d’encourager la recharge lorsque l’énergie renouvelable est plus abondante.
Les prochains défis de Delhi consisteront à coordonner ses efforts avec les États voisins pour décarboner le réseau électrique et électrifier les transports publics, a énoncé M. Saraswat, de la Fondation Vasudha.
«En tant qu’habitant de Delhi, je suis sûr que chacun sera extrêmement ravi de cette politique. De voir enfin un hiver sans smog, sans pollution», a-t-il dit.
