Le président américain Donald Trump vous le dira: l’herbe est toujours plus verte de son côté de la clôture. Et il vous le répète sans cesse.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, il n’a pas cessé de vanter ses prouesses en matière de pelouses vertes — allant même, lors de certains événements, jusqu’à y consacrer plus de temps que le conflit en Iran, l’économie ou les élections de mi-mandat de novembre.
Cela occupait déjà l’esprit du président à peine cinq semaines après sa deuxième investiture, lorsqu’il a pointé du doigt la fenêtre du Bureau ovale lors d’une entrevue avec The Spectator. «Vous voyez l’herbe dehors, n’est-ce pas?», a-t-il demandé avant d’exposer en détail ses plans visant à en recouvrir une grande partie de pavés. «Certaines personnes aimeraient la laisser telle quelle. Mais le problème, c’est qu’on ne peut pas.»
Depuis, M. Trump n’a cessé d’aborder ce sujet, déclarant encore lundi lors d’un événement à la Maison-Blanche en présence de conjoints de militaires : «La pelouse, c’est comme les humains. Elle a une vie.»
Au total, il a mentionné la pelouse lors d’au moins 45 événements publics ou entrevues au cours des 18 derniers mois — soit au moins une fois tous les 12 jours. Cela n’inclut pas les nombreuses publications qu’il a également faites sur les médias sociaux à ce sujet.
Son attirance pour le gazon témoigne de ses décennies d’expérience en tant que promoteur immobilier à New York et de sa passion personnelle pour la construction et la supervision de projets de construction. Mais cela montre également le temps qu’il passe sur les terrains de golf et les efforts considérables qu’il déploie, depuis le début de son deuxième mandat, pour réaménager la Maison-Blanche et la région de Washington à son image.
Le président a déjà largement dépassé les 26 fois où il avait mentionné l’herbe pendant l’ensemble de son premier mandat de quatre ans.
La Maison-Blanche n’a pas répondu aux questions posées dans le cadre de cet article. Mais le président républicain a clairement expliqué d’où proviennent son intérêt pour le gazon — et ses connaissances en la matière.
«J’en sais beaucoup sur le gazon parce que je possède beaucoup de terrains de golf», a-t-il dit en annonçant les lauréats des Kennedy Center Honors en août dernier. «Et, si vous n’avez pas de beau gazon, vous ne restez pas longtemps en affaires.»
Une semaine plus tard, lors d’une visite aux agents de la police des parcs à Washington, le président a lancé : «Je pense en savoir plus sur le gazon que n’importe qui d’autre au monde.»
L’éloge de sa refonte de Washington et de la terrasse de la roseraie
Matt Koch, chercheur spécialisé dans les pelouses pour le géant du jardinage Scotts Miracle-Gro Company, a récemment rencontré le président pour discuter de la plantation d’un nouveau gazon sur la pelouse sud de la Maison-Blanche. Il se considère fièrement comme un «mordu de gazon» et en est ressorti convaincu que Trump en est un à titre honorifique.
«Une conversation incroyable, où on a parlé de gazon pendant une demi-heure», a-t-il indiqué à propos de la discussion au Bureau ovale. «On a échangé longuement sur le gazon.»
M. Trump a réussi à aborder le sujet du gazon lors d’événements aussi variés que la signature d’un décret sur TikTok et la célébration de Diwali, la fête hindoue des lumières, prévue à la Maison-Blanche en 2025. Il en a parlé lors de la grâce accordée aux dindes à l’occasion de l’Action de grâce dernier, lors de son discours au Forum économique mondial en Suisse, et lors de la signature d’une directive sur la technologie quantique.
En septembre dernier, alors qu’il recevait des députés républicains pour un souper, il a fait la promesse concernant les espaces verts autour de Washington : «On va remettre du gazon avec les meilleurs spécialistes du pays.» Ce même mois, lors d’un événement annonçant le changement de nom prévu du ministère de la Défense, Trump a assuré aux participants : «Je m’y connais très bien en gazon.»
C’est surtout lorsqu’il vante ses efforts d’embellissement de Washington que Trump parle le plus souvent de gazon. En mai, il a consacré 10 minutes d’une réunion du Cabinet à détailler ses efforts pour remettre en état les fontaines et redonner un coup de neuf aux parcs et monuments de Washington — donnant parfois davantage l’impression d’être le maire d’une petite ville que le chef du monde libre.

Ironiquement, le président aborde le sujet lorsqu’il défend ses décisions de supprimer la pelouse pour permettre de nouveaux travaux de construction — comme lorsqu’il a recouvert la pelouse près de la Roseraie de la Maison-Blanche d’une terrasse en pierre.
«Le problème avec la pelouse, c’est qu’on ne pouvait rien en faire», avait-il indiqué lors d’une visite du Bureau ovale en 2025 organisée pour les animateurs du balado All-In.
Le président raconte aussi fréquemment que des hordes de femmes, notamment des journalistes, des membres du Cabinet et des fonctionnaires de l’administration, se plaignaient souvent auprès de lui que leurs talons hauts s’enfonçaient dans la boue de l’ancien Jardin des Roses recouverte de gazon.
«Les femmes soulevaient leurs souliers en disant: “Vous avez abîmé mes souliers”», avait-il lâché lors d’un dîner l’automne dernier. Lorsqu’il a accueilli les Dodgers de Los Angeles en juillet, il a raconté que les femmes en talons «s’enfonçaient comme dans des sables mouvants».
L’héliport de Trump détruit le gazon
L’installation d’un octogone de l’UFC pour marquer son 80e anniversaire en juin a réduit de vastes étendues de la pelouse sud à de la terre poussiéreuse. Depuis, des équipes ont construit un immense héliport, ce qui signifie qu’encore plus de gazon a été retiré de la pelouse.
Donald Trump a soutenu que l’héliport était nécessaire parce que la nouvelle flotte d’hélicoptères, plus puissante, désormais utilisée comme Marine One, avait déchiré le gazon précédent.
«Quand on atterrit sur l’herbe, ce n’est pas que l’herbe se décolore — elle est arrachée», avait-il expliqué en juin. Trump avait même décrit des touffes de gazon éparpillées «partout» et avait ajouté : «La moitié de l’herbe se trouvait devant la porte d’entrée du Bureau ovale.»
Scotts Miracle-Gro a fait don d’un million de dollars américains, sous forme de soutien financier et de produits, au Service des parcs nationaux afin de restaurer la pelouse sud après le combat de l’UFC, et Trump a profité de sa rencontre avec Koch en juin pour choisir un mélange de gazon sur mesure composé de quatre variétés de fétuques hautes et de quatre variétés de pâturin du Kentucky. L’ancien chef de la direction de l’entreprise, James Hagedorn, est un partisan de Trump.

Selon le chercheur Matt Koch, M. Trump a posé des questions pertinentes et détaillées lorsqu’on lui a présenté des échantillons de chaque variété de gazon, semblables à des échantillons de tapis.
«On voit bien qu’il passe beaucoup de temps sur les terrains de golf», a-t-il dit. «Il possède manifestement des terrains de golf, et il s’y connaît en gazon pour l’avoir côtoyé.»
M. Koch est retourné à la Maison-Blanche la semaine dernière alors que des équipes commençaient à replanter certaines zones de la pelouse de la Maison-Blanche, à l’extérieur de la zone de construction de l’héliport. Il est prévu, au printemps prochain, de semer le mélange de graminées choisi par M. Trump. D’ici là, la croissance sera optimale et les travaux de l’héliport devraient être terminés, ce qui facilitera la restauration de la pelouse.
Une obsession des golfeurs
La passion du président pour le golf est également un élément clé de son obsession pour le gazon.
Bert McCarty, professeur de science et de gestion des gazons à l’Université de Clemson, a expliqué que les golfeurs apprécient la grande diversité des meilleurs parcours — qu’il s’agisse d’intégrer l’océan près des plages ou de tirer parti des pentes en montagne.
Selon lui, Donald Trump est «comme la plupart des golfeurs. Il aime le défi que représente le parcours et les différences qui y sont apportées pour ajouter de la variété».
En août dernier, il s’est engagé à ce que, grâce aux diverses améliorations apportées par son administration, les parcs de Washington «ressemblent à Augusta» — une référence au site du célèbre tournoi des Maîtres, où l’esthétique est si importante que les sacs de la boutique des pros et les emballages alimentaires sont verts afin que tout déchet éventuel se fonde dans le gazon lors des diffusions télévisées.
La professeur précise que la plupart des gens «regardent les belles fleurs et les allées impeccablement entretenues, et ils pensent simplement que c’est le paradis». Mais «Augusta ne lésine pratiquement pas sur les dépenses pour obtenir l’apparence qu’elle recherche», a-t-il dit, et les municipalités «ne peuvent pas rivaliser».
Au-delà des coûts, cependant, M. Trump pourrait voir encore plus grand qu’Augusta, en faisant référence à son propre terrain de golf dans le nord de la Virginie. «Surtout, ça ressemblera au Trump National Golf Club», a avancé le spécialiste. «C’est encore mieux.»
