Dans la rue, sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision, les Israéliens ont mis jeudi leurs divisions entre parenthèses pour célébrer les passagers, salués comme «héroïques», de l’avion flydubai dérouté en urgence la veille vers l’Arabie saoudite.
Selon les autorités israéliennes, l’un des pilotes de ce vol reliant Dubaï à Tel-Aviv a poignardé l’autre et projetait de faire s’écraser l’appareil, mais a été maîtrisé par des passagers israéliens, qui ont repris le contrôle de l’avion évitant la catastrophe.
En Israël, leurs exploits offrent une occasion de fierté commune autour de l’idée que seuls des Israéliens étaient capables d’agir ainsi, à quelques jours des commémorations de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, et à moins d’un mois d’élections législatives qui aggravent les divisions.
«Je ne sais pas si vous serez les prochains (dont l’avion sera) détourné, mais faites en sorte qu’un Israélien soit assis à côté de vous», a lancé le premier ministre Benjamin Netanyahou sur la chaîne américaine Fox News.

Le dirigeant, confronté à un scrutin difficile le 27 octobre, est allé accueillir les passagers du vol à leur arrivée à Tel-Aviv, mercredi soir, enlaçant l’un d’eux, Yaniv Hayoun, présenté comme un plombier ayant maîtrisé l’agresseur.
Ce dernier est devenu un héros national, et sa photo, en tenue tachée du sang de l’assaillant, fait jeudi la une de plusieurs journaux.
Il a raconté avoir bouté le co-pilote hors du cockpit, avant de redresser l’avion qui plongeait en chute libre grâce à des notions de pilotage acquises en regardant la télévision.
«Je ne sais pas comment ça se serait terminé si c’était arrivé dans un autre pays», s’interroge Lea Michaelov, une jeune femme qui habite à Tel-Aviv.
«C’est une bonne chose qu’on ait des gens qui servent dans l’armée (…), des gens qui savent faire le boulot et qui ont sauvé toutes ces personnes à bord», dit-elle, en référence au service militaire obligatoire en Israël.

«Esprit israélien»
Le chef de l’État, Isaac Herzog, a annoncé jeudi son intention de décerner le Prix présidentiel pour l’héroïsme citoyen, l’une des plus hautes distinctions civiles, à Yaniv Hayoun et quatre autres passagers saluant leur «sens de l’initiative».
Selon les autorités israéliennes, c’est l’intervention de ces passagers, alertés par les bruits de lutte dans le cockpit, qui a permis d’éviter un «grand désastre».
Pour Évelyne, une chimiste retraitée vivant à Jérusalem, leur réaction s’explique tout simplement par l’«état d’esprit israélien».
«En Europe, les gens attendent que le gouvernement règle les problèmes à leur place. Ici, on apprend à régler nos problèmes avec nos propres mains dès l’enfance», dit-elle à l’AFP en attendant le bus.
En ligne aussi, l’intervention des passagers est saluée par une pluie de louanges, souvent teintées d’humour.
«De nouvelles options de sièges payantes vous permettent de vous asseoir à côté d’un Israélien pour davantage de sécurité», s’amuse ainsi sur X un ancien conseiller de M. Netanyahou, David Keyes.

L’ambassadrice israélienne en Albanie et en Bosnie-Herzégovine, Galit Peleg, a elle publié sur X des consignes de sécurité imaginaires: en cas de problème à bord, «repérez l’Israélien le plus proche, libérez le passage et laissez-le s’en occuper», peut-on lire.
Un internaute a déjà réclamé un film sur le vol 1073.
Si la majorité des réactions est positive, quelques voix s’élèvent néanmoins pour accuser M. Netanyahou d’instrumentaliser cet événement à des fins politiques et pour faire oublier le fiasco sécuritaire du 7 octobre.
Yaïr Golan, chef du parti de gauche d’opposition Les démocrates, l’a accusé de vouloir «marquer des points de façon mesquine, au détriment de l’héroïsme» des passagers.
Une caricature publiée jeudi par le quotidien Yediot Aharonot montre le premier ministre essayant de dissimuler la date «07/10″ derrière lui. «Regardez, un avion!», s’exclame-t-il en désignant un appareil flydubai.