Contrairement aux déclarations de samedi de Donald Trump voulant que les États-Unis dirigeassent dorénavant le Venezuela, à la suite de l'enlèvement du dictateur Nicolas Maduro, le secrétaire d'État Marco Rubio a laissé entendre dimanche que son pays n'interviendrait pas dans les activités quotidiennes du gouvernement vénézuélien, affirmant plutôt que l'embargo sur le pétrole serait renforcé.
Les déclarations de Marco Rubio semblaient destinées à apaiser les inquiétudes au sujet d'une nouvelle intervention militaire américaine à l'étranger. Elles contrastaient avec les déclarations générales, mais vagues du président américain selon lesquelles les États-Unis «dirigeraient» au moins temporairement ce pays riche en pétrole. Les commentaires présidentiels laissaient entendre qu'une sorte de structure gouvernementale qui serait contrôlée de Washington.
M. Rubio a plutôt proposé une approche plus nuancée, affirmant que les États-Unis continueraient à appliquer l'embargo pétrolier déjà en place et utiliseraient ce levier pour faire pression en faveur de changements politiques au Venezuela.
«C'est le type de contrôle auquel le président fait référence lorsqu'il dit cela, a voulu faire croire M. Rubio interviewé à l'émission Face the Nation de CBS. Nous maintenons cet embargo et nous espérons voir des changements, non seulement dans la manière dont l'industrie pétrolière est gérée au profit de la population, mais aussi pour mettre fin au trafic de drogue.»
Certains pétroliers ont déjà été saisis par les États-Unis. Cette mesure restera en place. «C'est un moyen de pression considérable qui continuera d'être utilisé jusqu'à ce que nous constations des changements qui non seulement servent les intérêts nationaux des États-Unis, ce qui est la priorité numéro un, mais qui conduisent également à un avenir meilleur pour le peuple vénézuélien», a-t-il ajouté.
La promesse de Donald Trump de «diriger» le Venezuela, répétée plus d'une demi-dizaine de fois lors d'une conférence de presse en Floride samedi, a suscité l'inquiétude de certains politiciens aux États-Unis et à l'étranger. Elle a également suscité un malaise d'une partie de sa propre coalition républicaine, notamment de la base «America First» qui s'oppose aux interventions à l'étranger, ainsi que d'observateurs qui se sont souvenus des efforts passés pour tenter de reconstruire l'Irak et l'Afghanistan.
M. Rubio a rejeté ces critiques, affirmant que l'intention de son patron avait été mal comprise par un «establishment de la politique étrangère» obsédé par le Moyen-Orient.
«L'ensemble de l'appareil de politique étrangère pense que tout est la Libye, tout est l'Irak, tout est l'Afghanistan, a-t-il déclaré. Ce n'est pas le Moyen-Orient. Et notre mission ici est très différente. C'est l'hémisphère occidental.»
Le secrétaire d'État a également laissé entendre que les États-Unis laisseraient aux subordonnés de Nicolas Maduro actuellement au pouvoir le temps de gouverner. «Nous allons juger tout ce qu'ils font, et nous allons voir ce qu'ils font», a-t-il menacé. Et bien qu'il n'ait pas exclu une présence militaire américaine au Venezuela, M. Rubio a déclaré que la posture militaire actuelle des États-Unis était d'arrêter les bateaux transportant de la drogue et les pétroliers sanctionnés.
La Maison-Blanche a refusé de commenter au-delà des déclarations faites samedi par M. Trump.
Le président américain a toutefois formulé de nouvelles menaces contre la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez.
Au cours d'un entretien téléphonique avec The Atlantic, il a déclaré qu'il pourrait réserver à Mme Rodriguez un sort pire que celui de M. Maduro, si elle ne s'aligne pas avec les États-Unis.
«Elle paiera un très gros prix» si elle ne fait pas ce que M. Trump considère comme juste pour le Venezuela.
Par ailleurs, le Conseil de sécurité des Nations unies, agissant sur une demande d'urgence de la Colombie, a prévu de tenir lundi matin une réunion sur les opérations américaines au Venezuela.
Cette 10085e séance du Conseil de sécurité s'inscrit dans le cadre des réunions portant sur les menaces contre la paix et la sécurité internationale.
«La Charte des Nations Unies confère au Conseil de sécurité, composé de 15 membres, la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale, indique son site Web. Aux termes de la Charte, tous les États membres sont tenus d'appliquer les décisions du Conseil.»
Au Vatican, le pape Léon XIV a exprimé ses inquiétudes lors de sa bénédiction dominicale. Le premier pape américain de l'histoire a exigé la fin des violences et la garantie de la souveraineté du Venezuela.
À l'issue de l'Angélus, depuis le balcon où il s'est adressé à la foule réunie sur la place Saint-Pierre, le souverain pontife a déclaré qu'il suivait « avec une profonde inquiétude » l'évolution de la situation au Venezuela.
«L'intérêt du peuple vénézuélien bien-aimé doit prévaloir sur toute autre considération et inciter à surmonter la violence pour emprunter la voie de la justice et de la paix», a déclaré le pape Léon.
Son message demandait de garantir la souveraineté du Venezuela, «en assurant l'état de droit inscrit dans la Constitution et en respectant les droits de la personne et les droits civils de chacun et de tous».
La Presse Canadienne
