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Il rentre chez lui après un tour du monde à pied qui a duré 28 ans

Karl Bushby, âgé de 57 ans, avait tout juste 30 ans lorsqu’il s’est lancé dans l’inconnu à la pointe de l’Amérique du Sud, le 1er novembre 1998.

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British adventurer Karl Bushby walks near Market Rasen, Lincolnshire, England, Wednesday, Oct. 28, 2026, on the final stretch of his 28-year walk around the world to get back to his mother's home in Hull. (AP Photo/Brian Melley) L'aventurier britannique Karl Bushby marche près de Market Rasen, dans le Lincolnshire, en Angleterre, ce mercredi 28 octobre 2026, alors qu'il entame la dernière étape de son périple de 28 ans à pied autour du monde pour regagner la maison de sa mère à Hull. AP (Brian Melley)

Karl Bushby a passé 28 ans à rentrer chez lui à pied, mais alors qu’il approche de la ligne d’arrivée ce lundi, il n’est pas certain d’être prêt à voir ce périple audacieux prendre fin.

Poussant une charrette chargée de matériel de camping sur une route de campagne achalandée du nord de l’Angleterre, à environ 50 kilomètres de la ligne d’arrivée, M. Bushby était incertain quant à son avenir, inquiet à l’idée de devoir vivre dans le sous-sol de sa mère et confronté à une crise d’identité.

«Mon but et ma raison de vivre sont sur le point de prendre fin», a-t-il dit.

«Ça va être difficile… d’essayer de se réintégrer dans une société que l’on ne connaît tout simplement plus.»

—  Karl Bushby

M. Bushby, âgé de 57 ans, avait tout juste 30 ans lorsqu’il s’est lancé dans l’inconnu à la pointe de l’Amérique du Sud, le 1er novembre 1998. Depuis lors, il a parcouru 50 000 kilomètres à pied à travers quatre continents, a traversé les glaces mouvantes du détroit de Béring et a traversé à la nage — une description généreuse de sa technique — la mer Caspienne et la Manche. Il a affronté presque tous les types d’éléments et de terrains imaginables à travers 30 pays étrangers pour revenir là où il était parti il y a une demi-vie.

Les marécages de la jungle, le désert brûlant et la toundra gelée l’ont ralenti, mais les montagnes de paperasserie administrative ont contribué à transformer ce qui devait être un périple de 12 ans en l’épopée qu’il a baptisée l’« Expédition Goliath ».

Un voyage digne d’un guerrier grec

Il a fallu près de trois fois plus de temps à M. Bushby pour retrouver sa mère, Angela, à Hull, qu’il n’en a fallu au héros de L’Odyssée pour regagner sa femme, Pénélope, à Itha

«Ulysse était un peu un amateur», a ironisé M. Bushby. «Mais, vous savez, je vais lui accorder un peu de répit — je n’ai pas rencontré de cyclope géant.»

Le monde réel lui a réservé son lot de menaces: il a dû faire face à un ours polaire; il a dérivé sur des eaux infestées de crocodiles pour échapper à une guérilla en Colombie; une foule l’a attaqué au Pérou; et il a été secouru par hélicoptère alors qu’il se trouvait sur un bloc de glace à la dérive en pleine mer.

La mission de cet ancien parachutiste britannique a été inspirée par une carte d’anniversaire envoyée par son père, Keith, au milieu des années 90. Keith, lui-même ancien combattant de l’armée, avait évoqué une discussion que des membres des forces spéciales avaient eue un jour au sujet de la possibilité de marcher de Londres à New York en empruntant le pont terrestre de Béring, que certains scientifiques pensent avoir été utilisé par les premiers humains pour migrer de l’Asie vers les Amériques à une époque où le niveau de la mer était plus bas.

Bushby a tracé une ligne continue sur une carte, traversant l’Europe et l’Asie jusqu’en Amérique du Nord, puis — au lieu de se rendre à New York — a continué tout droit jusqu’à la pointe du Chili.

«Et voilà», a-t-il affirmé. «Une fois cette idée qui m’avait pris aux tripes, il n’y avait plus de retour en arrière possible.»

Cette aventure obéissait à deux règles fondamentales

Les explorateurs ont depuis longtemps fait le tour de la planète en bateau, en avion, en ballon, à vélo et même à pied. Mais la plupart des randonneurs ont eu recours à des moyens de transport pour traverser les océans.

Karl Bushby s’est imposé deux règles strictes pour son périple: il ne pouvait pas utiliser de moyen de transport pour avancer et il devait rentrer chez lui à pied.

Il est parti avec 500 $ et s’est rapidement retrouvé à affronter des vents de la force d’un ouragan dans la steppe patagonienne. En 2001, il a échappé à la guerre dans le dangereux «Darién Gap» — cette jungle accidentée et dépourvue de routes, cette forêt pluviale et ces montagnes situées entre l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale —, puis a été emprisonné pendant 18 jours après avoir traversé une zone frontalière réglementée au Panama.

Après avoir été évacué par avion pour être mis en sécurité lors de la traversée de 56 milles du détroit de Béring en 2006 avec l’aventurier américain Dimitry Kieffer, il a frôlé la mort en plongeant dans des eaux glaciales et ils ont failli perdre toutes leurs provisions. Après avoir réussi cette traversée exceptionnelle, ils ont été emprisonnés et menacés d’expulsion pour être entrés illégalement en Russie.

Deux pas en avant, un pas en arrière

Il lui a fallu près de 10 ans pour traverser la Russie en raison de problèmes de visa et de conditions météorologiques qui ne permettaient de voyager que quelques mois par année. Lorsque la Russie lui a refusé un visa en 2012, M. Bushby a marché en signe de protestation de Los Angeles jusqu’à l’ambassade de Russie à Washington, D.C., ce qui lui a finalement permis d’obtenir les documents nécessaires.

À chaque revers, il se repliait aux États-Unis ou au Mexique, où le coût de la vie était bien moins élevé, et attendait sa prochaine occasion de reprendre là où il s’était arrêté.

Il a été suivi par la police à travers la Chine, a subi un long contretemps dû à la pandémie et a été contraint de traverser la mer Caspienne à la nage pendant 31 jours, car des problèmes géopolitiques avaient fermé les frontières de la Russie et de l’Iran. Il n’est pas un bon nageur et s’est appuyé sur un gilet de flottaison et une combinaison de plongée tandis qu’il avançait péniblement à reculons en battant des bras selon une technique qu’il appelle le «floatimming», un mélange de flottaison et de natation.

L’Europe a présenté ses propres défis, avec des limites de séjour de 90 jours qui l’ont forcé à voyager par périodes de trois mois.

L’amour s’en est également mêlé. Il a passé sept ans avec une Colombienne, puis trois avec une Japonaise. Chacune de ces relations s’est soldée par un chagrin d’amour qui semblait inévitable compte tenu de ce mode de vie itinérant.

Porté par la gentillesse d’inconnus et de commanditaires

Cela a été difficile pour sa famille. M. Bushby a un fils issu d’un premier mariage avec une femme de Belfast qui s’est soldé par un divorce. Son fils a principalement grandi sans lui et a aujourd’hui la mi-trente. Son père l’a accueilli sur la plage de Douvres lorsqu’il a traversé la Manche, mais il n’a pas revu sa mère depuis une décennie, ce qui ajoute à son appréhension à l’idée de son retour.

Il a été aidé par un groupe changeant de commanditaires qui se sont succédé au fur et à mesure que le voyage s’éternisait et que la situation financière se détériorait lors de la crise financière de 2008. Depuis 16 ans, il compte principalement sur une société de production fondée par Beau Willimon, créateur de House of Cards, et le producteur musical Jordan Tappis, qui soutiennent un documentaire en cours de réalisation par le cinéaste Werner Herzog.

C’est toutefois la gentillesse d’innombrables inconnus qui l’a soutenu et poussé tout au long de son parcours, en particulier celle de ceux qui ont le moins à offrir.

Il a été accueilli dans des cabanes construites à partir de pièces d’automobile, soigné d’une grave infection intestinale par la famille d’un médecin péruvien, et nourri d’innombrables repas composés uniquement de riz et d’eau par des gens qui n’attendaient rien en retour.

«J’ai été accueilli par les plus pauvres parmi les pauvres», a-t-il déclaré.

«J’ai rencontré 99,9999 % de ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité. Chaque culture, chaque pays m’a réservé le même accueil.»

—  Karl Bushby

Un garçon du coin revient sous les honneurs d’une célébrité

Il a connu d’interminables moments de solitude qui ont rendu sa dernière ligne droite presque surréaliste, alors que la nouvelle de son passage à travers les champs verdoyants et vallonnés menant à son Yorkshire natal se répandait. Mercredi, près de la ville de Market Rasen, les gros camions qui le dépassaient littéralement à toute vitesse klaxonnaient, les conducteurs lui faisaient signe et un groupe de motocyclistes s’est arrêté pour prendre des selfies.

Howard Denton a garé sa voiture sur le bord de la route et ne comprenait pas comment deux cyclistes avec lesquels il avait brièvement échangé n’avaient pas remarqué leur compagnon de route.

«Je leur ai dit: “Avez-vous vu ce gars qui a fait le tour du monde à pied?”», a raconté M. Denton. «Ils ont répondu: “Non.” Ils n’ont même pas pensé à lui demander où il allait. Je n’arrivais tout simplement pas à croire à quel point ils étaient stupides. Je trouve qu’il est incroyable. Je trouve qu’il est extraordinaire.»

À chaque mille, la fin se rapproche.

Lorsque M. Bushby s’est lancé dans cette aventure, il ressemblait à Kurt Cobain et a même inspiré une fausse théorie du complot sur Internet selon laquelle le défunt leader de Nirvana serait toujours en vie et ferait le tour du monde à pied sous un pseudonyme.

Il a aujourd’hui l’air plus buriné, son ventre s’est un peu arrondi et il arbore une barbe grisonnante. Mais ses yeux d’un bleu vif, ses cheveux blonds et son teint hâlé le font paraître plus jeune que son âge.

Il ne sait peut-être pas ce que l’avenir lui réserve, mais une chose est certaine : les milliers de pas qu’il fait chaque jour ne lui manqueront pas.

«Je ne le fais pas parce que j’aime marcher», a-t-il indiqué. «C’est un moyen d’arriver quelque part.»