International

Human Rights Watch dresse un bilan des attaques de drones de la police en Haïti

Parmi les personnes tuées, 17 étaient des enfants et 43 étaient des adultes qui ne semblaient pas appartenir à un groupe criminel.

Publié le 

Un policier monte la garde à Port-au-Prince, à Haiti, le mardi 3 mars 2026. Un policier monte la garde à Port-au-Prince, à Haiti, le mardi 3 mars 2026. (Odelyn Joseph)

Les drones utilisés par les forces de sécurité haïtiennes et des prestataires privés ont tué au moins 1243 personnes et blessé 738 autres, a indiqué mardi Human Rights Watch.

Parmi les personnes tuées, 17 étaient des enfants et 43 étaient des adultes qui ne semblaient pas appartenir à un groupe criminel. Parmi les blessés, au moins 49 étaient des civils, selon l’organisation de défense des droits humains. Les meurtres ont eu lieu entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026.

L’opération de drone la plus meurtrière a fait 57 morts, a noté l’organisation.

«Les autorités haïtiennes doivent de toute urgence contrôler les forces de sécurité et les entrepreneurs privés qui travaillent pour elles avant que d’autres enfants ne meurent», a avancé Juanita Goebertus, directrice pour les Amériques à Human Rights Watch.

Un porte-parole de la police nationale haïtienne n’a pas répondu à une demande de commentaires.

L’organisation à but non lucratif a mentionné que le nombre d’attaques armées par drone dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, contrôlée à 90 % par des gangs, avait «considérablement augmenté» ces derniers mois, avec 57 attaques signalées entre novembre et fin janvier, soit près du double des 29 attaques signalées entre août et octobre de l’année dernière.

Human Rights Watch a précisé que ses chercheurs avaient analysé sept vidéos mises en ligne sur les réseaux sociaux ou partagées directement avec l’organisation, qui montrent des drones quadricoptères armés en action, et avaient géolocalisé quatre d’entre elles à Port-au-Prince.

«Les vidéos montrent l’utilisation répétée de drones équipés d’explosifs pour attaquer des véhicules et des personnes, certaines d’entre elles armées, mais aucune ne semblant être impliquée dans des actes violents ou ne représentant une menace imminente pour la vie», a souligné le groupe.

Vols internationaux suspendus à destination de Port-au-Prince Impossible de se rendre en Haïti avec un lien direct pour la communauté haïtienne de Montréal.

Human Rights Watch a déclaré ne pas avoir constaté d’utilisation généralisée des drones parmi les groupes criminels.

L’une des attaques mises en évidence dans le rapport s’est produite le 20 septembre 2025 dans le quartier de Simon Pele, une communauté extrêmement pauvre contrôlée par un gang du même nom.

L’attaque au drone a tué neuf personnes, dont trois enfants, et blessé au moins huit autres alors que le chef du gang Simon Pele s’apprêtait à distribuer des cadeaux aux enfants du quartier.

Human Rights Watch a cité un habitant anonyme qui se souvient comment l’explosion a arraché les deux pieds d’un bébé.

Selon Human Rights Watch, les familles des victimes ont déclaré que le groupe criminel avait organisé et contrôlé l’accès aux funérailles.

Le 1er janvier de cette année, une femme non identifiée aurait vu un drone tomber et exploser sur un camion qui transportait sa cousine, la tuant sur le coup.

«Bon nombre de ces attaques semblent être des tentatives visant à cibler et à tuer des personnes dans des circonstances qui constituent des exécutions extrajudiciaires illégales», a expliqué Human Rights Watch.

«Les autorités devraient également garantir la transparence et la responsabilité pour tout décès illégal résultant d’une opération de sécurité, et mener des enquêtes rapides, approfondies et indépendantes afin de divulguer, dans la mesure du possible, le nombre et l’identité des victimes, et fournir une réparation adéquate en cas de violations», a ajouté l’organisation de défense des droits humains.

Volker Turk, le responsable des droits humains à l’ONU, a indiqué que l’usage de la force meurtrière contre les gangs en Haïti était inutile, disproportionné et probablement contraire au droit international.

L’année dernière, le gouvernement haïtien a créé une nouvelle force opérationnelle qui opère en dehors du contrôle de la police nationale haïtienne et utilise des drones explosifs. Cette force opérationnelle est composée de certaines unités de police et de prestataires privés.