Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a annoncé mercredi plusieurs changements majeurs au sein de l’armée américaine lors de ce qu’il a qualifié de discours sur «l’état des forces armées», notamment la création d’un nouveau commandement dédié aux drones et la réduction de 20 % des effectifs de généraux et d’amiraux du pays.
Le Pentagone va également lancer une initiative visant à étudier l’avenir de la guerre, qui sera dirigée en partie par le PDG de SpaceX, Elon Musk, et l’ancien président républicain de la Chambre des représentants, Newt Gingrich.
Le ministère de la Défense va créer un Bureau des affaires religieuses et prévoit de construire une nouvelle base pour la première fois depuis 40 ans.
M. Hegseth a fait ces annonces devant des officiers subalternes et des chefs de section à la base du Corps des Marines de Quantico, en Virginie.
Il s’agit de la deuxième année consécutive qu’il prononce un tel discours.
Mais cette fois-ci, l’armée américaine est engagée depuis sept mois dans une guerre contre l’Iran dont la fin n’est pas en vue, a capturé le dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro et tué plus de 200 personnes lors de frappes contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue en Amérique latine, entre autres actions menées à travers le monde.
Ce discours n’est pas une pratique courante chez les dirigeants du Pentagone. Si les prédécesseurs de M. Hegseth s’adressaient régulièrement aux troupes et aux officiers supérieurs, ils le faisaient traditionnellement dans des cadres restreints ou privés.
Le chef du Pentagone a toutefois une nouvelle fois mis en avant la manière dont il a radicalement réorganisé l’armée américaine en s’attaquant à ce qu’il qualifie de culture «woke» — par le biais d’un démantèlement des programmes de diversité, d’une révision des unités de combat au sol comptant des femmes et d’un nouveau programme de dépistage de la «carence en testostérone» chez le personnel masculin — ainsi que par des attaques contre les médias pour leur couverture de l’armée.
Un commandement pour la guerre des drones
Le chef du Pentagone a annoncé son intention de créer un nouveau commandement responsable de superviser le déploiement de capacités autonomes et robotiques dans le cadre de ce qu’il a qualifié de «transition la plus rapide en temps de paix de l’histoire militaire moderne».
Il a reconnu que «le rythme de la guerre évolue plus vite que les processus mis en place pour la soutenir».
L’Iran utilise couramment des drones bon marché, notamment ceux qui ont tué des soldats américains au cours de cette guerre de sept mois. M. Hegseth a souligné l’utilisation pionnière des drones par l’Ukraine pour combattre les forces russes, une expérience dont les forces américaines ont tiré des enseignements de première main.
«La leçon à tirer de l’Ukraine n’est pas qu’un type de drone particulier permet de gagner des guerres, mais plutôt la nécessité d’un système spécialement conçu pour maximiser la capacité d’adaptation», a avancé M. Hegseth.
Cependant, une unité de l’armée américaine établie en Europe et spécialisée dans la guerre des drones a récemment reçu l’ordre de mettre fin à ses activités et de redevenir un bataillon d’infanterie traditionnel.
Un groupe bipartite de législateurs américains a par la suite demandé à l’armée d’expliquer cette décision, étant donné que les champs de bataille mondiaux évoluent rapidement et que les tactiques militaires s’appuient de plus en plus sur des systèmes sans pilote pour combattre.
Ces projets de création d’un commandement dédié aux drones interviennent alors que les États-Unis sont dans une impasse avec l’Iran concernant le contrôle du détroit d’Ormuz, un corridor vital pour le transport énergétique.
Ce conflit a contraint les forces américaines présentes dans la région à utiliser des centaines de missiles intercepteurs coûteux pour se défendre contre les attaques de missiles et de drones iraniens, qui ont néanmoins réussi à tuer et à blesser des soldats américains.
Au cours de son discours, M. Hegseth a vanté les investissements majeurs de l’administration Trump dans l’industrie de la défense et a exhorté les sous-traitants à accélérer leurs travaux afin d’étoffer les arsenaux du pays.
Mais, selon des experts, les sous-traitants militaires américains auront besoin d’au moins trois ans pour reconstituer les stocks des principaux systèmes d’armes largement utilisés dans la guerre contre l’Iran.
Réductions d’effectifs parmi les officiers généraux
M. Hegseth a ordonné aux différentes branches de l’armée de doubler la réduction de 10 % qu’il avait ordonnée au printemps dernier pour environ 800 postes d’officiers généraux et de capitaines de vaisseau, pour parvenir à une réduction de 20 % qui devra être effective d’ici le 1er janvier 2027.
«J’appelle cela de la responsabilité, et cela aurait dû être fait depuis longtemps», a-t-il soutenu.
Certains membres du Congrès ont critiqué la guerre et la diminution des stocks de munitions, qualifiant les dernières réductions des effectifs des généraux de «purge» dont la reconstruction prendra des années.
«Il nourrit une sorte de ressentiment profondément ancré à l’égard du commandement militaire, a souligné le sénateur Mark Kelly, démocrate de l’Arizona, ancien pilote de combat de la Marine qui s’est montré critique à l’égard de M. Hegseth. Il est en train de purger une génération de grands chefs militaires, et il faudra une génération pour s’en remettre.»
Une étude sur la guerre du futur
Dans le cadre de l’innovation portant sur la prochaine génération de systèmes d’armes, M. Hegseth a annoncé le lancement d’une initiative visant à étudier l’avenir de la guerre, dirigée par M. Musk, M. Gingrich et Palmer Luckey, cofondateur d’Anduril Industries.
M. Hegseth a expliqué que ces travaux «porteront sur la découverte, le développement et la mise en service des armes et des systèmes dont nos enfants et nos petits-enfants auront besoin au cours de leur vie».
Il a souligné la nécessité de dominer «tout champ de bataille futur, des profondeurs de la Terre jusqu’au-delà de la Lune».
Ce mois-ci, les États-Unis ont confirmé pour la première fois avoir déployé des armes dans l’espace, une révélation remarquable après les avertissements précédents concernant des pays tels que la Russie, susceptibles de militariser une frontière mondiale dont l’utilisation à des fins exclusivement pacifiques avait été convenue depuis longtemps dans des traités.
Parmi les autres annonces figurait la présentation d’un projet de construction d’une nouvelle base militaire, le secrétaire Hegseth invitant les 50 États à se porter candidats pour accueillir entre 15 000 et 25 000 militaires.
Il a également annoncé un plan visant à rendre chaque base militaire autonome en énergie.
