Dans une salle comble à Rome dimanche, un ancien général de l’armée italienne, surnommé «Il Generale» par ses partisans, a rallié les partisans de son tout nouveau parti, se présentant comme un acteur extérieur appelé à redéfinir la droite italienne et à défier la première ministre Giorgia Meloni.
Le parti «Futur national» de Roberto Vannacci sème le doute au sein du bloc conservateur qui a soutenu le gouvernement de Mme Meloni, mettant en évidence des tensions à l’approche des élections législatives de 2027.
Le parti de Mme Meloni a ses racines dans le fascisme et elle a mené campagne en tant qu’eurosceptique, ce qui a conduit les analystes à spéculer qu’elle serait une nationaliste intransigeante si elle était élue.
Au lieu de cela, elle s’est révélée être une dirigeante conservatrice pragmatique, avec une approche plus modérée et pro-européenne, qui a également assuré une période de stabilité inhabituellement longue pour l’Italie.
Début septembre, si elle est toujours en fonction, Mme Meloni deviendra la cheffe de gouvernement ayant exercé le plus longtemps au cours des 80 ans d’histoire de la République italienne, dépassant ainsi feu Silvio Berlusconi.
Selon les analystes, l’émergence d’un rival se positionnant à sa droite pourrait mettre à l’épreuve sa capacité à maintenir ce cap. La question n’est plus de savoir si M. Vannacci influencera le vote, mais si Mme Meloni pourra contenir, coopter ou déjouer son adversaire.
Vannacci qualifie son parti de «vraie droite»
«Avec nous, l’Italie redeviendra la patrie des Italiens, a déclaré M. Vannacci lors de l’assemblée fondatrice de son parti dimanche. Chacun doit se sentir en sécurité chez soi.»
La veille, il avait fièrement qualifié ses principaux législateurs de «douzaine sale», soulignant son rôle de concurrent.
M. Vannacci, 57 ans, s’est fait connaître sur la scène politique avec son livre auto-publié en 2023, Il mondo al contrario (Le monde à l’envers), qui a suscité la controverse en raison de ses attaques virulentes contre les personnes 2ELGBTQI+, les migrants et les minorités.
Il est entré en politique un an plus tard au sein de la Ligue anti-immigration de Matteo Salvini, remportant plus de 530 000 voix aux élections du Parlement européen. Il a quitté la Ligue en février pour lancer son parti Futuro Nazionale, une rupture que M. Salvini a qualifiée de «trahison».
Depuis lors, M. Vannacci a consolidé son soutien. Le parti affirme avoir dépassé les 100 000 membres et compter désormais huit députés, dont des transfuges de la Ligue et du parti centriste Forza Italia, ce qui souligne le malaise au sein de la coalition de Mme Meloni.
Il rejette l’étiquette traditionnelle d’«extrême droite», qualifiant son mouvement de «vraie droite», et a accusé Mme Meloni de ne pas avoir su traduire les priorités communes en politiques concrètes. Il exclut pour l’instant toute alliance éventuelle.
Le programme de M. Vannacci s’articule autour de positions intransigeantes en matière de sécurité et d’immigration, notamment des appels à la «remigration» des étrangers qu’il juge non intégrés, l’opposition aux politiques de l’UE telles que le Pacte vert et la critique des sanctions occidentales contre la Russie.
L’ascension de M. Vannacci intervient alors que les partis d’extrême droite et nationalistes gagnent du terrain à travers l’Europe, redessinant le paysage politique et se concentrant sur des questions polarisantes, telles que l’immigration et la sécurité.
Un facteur imprévisible
Selon les analystes, l’ascension de M. Vannacci en Italie reflète un changement politique et culturel.
«Il mène une sorte d’offensive politique pour capter les voix de l’extrême droite au sein des principaux partis de la coalition, a indiqué Massimiliano Panarari, professeur de sciences politiques à l’université de Modène et Reggio Emilia. La stratégie de Mme Meloni était de ne laisser personne à sa droite. C’est désormais le cas.»
M. Panarari a décrit M. Vannacci comme «un entrepreneur de la peur», dont la rhétorique met en avant des thèmes que Mme Meloni ne peut plus ouvertement défendre au sein du gouvernement, comme des positions ouvertement anti-homosexuelles et antiféministes.
Lorenzo Pregliasco, analyste politique et expert en sondages chez YouTrend, a souligné que cette évolution introduisait «quelque chose de nouveau: une opposition de droite au gouvernement actuel».
«Il existe désormais une force en dehors de la majorité qui la défie sur des questions populaires, telles que l’immigration, la sécurité et les guerres culturelles», a-t-il noté.
Ce changement a un poids électoral. Les sondages attribuent au parti de M. Vannacci un soutien à un chiffre, mais cela représente une part potentiellement décisive au moment de former une coalition, étant donné que les principaux blocs de centre-droit et de centre-gauche en Italie sont au coude à coude.
«Ils pourraient faire la différence entre finir en tête ou derrière», a déclaré M. Pregliasco, décrivant M. Vannacci comme un joker potentiel.
Un choix difficile pour Meloni
Pour Mme Meloni, le dilemme est d’ordre stratégique.
«En termes de débat politique, il introduit de l’instabilité à droite, a commenté M. Pregliasco. Elle et ses alliés doivent décider s’ils l’intègrent dans la coalition — mais cela créerait des problèmes.»
S’adressant au Parlement en début de semaine, Mme Meloni a accusé les députés alignés sur M. Vannacci de saper le gouvernement et de favoriser la gauche, tandis que son parti Frères d’Italie et ses alliés centristes ont exclu tout accord électoral.
Pour l’instant, Mme Meloni a évité la confrontation directe, une stratégie considérée à la fois comme un calcul et un pari sur le fait que l’élan de M. Vannacci pourrait s’essouffler.
«La question est de savoir quoi faire de ce M. Vannacci imprévisible, qui pourrait entraîner la droite vers l’extrême droite, a dit M. Panarari. Je ne suis pas sûr qu’il soit dans l’intérêt de Mme Meloni de se recentrer davantage vers la droite avant les élections législatives. Son approche sera probablement marquée par l’ambiguïté et l’ambivalence, aussi longtemps que possible.»
