L’homme accusé d’avoir ouvert le feu lors du dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche a vivement critiqué les politiques de l’administration Trump et s’est qualifié d’«assassin fédéral sympathique» dans des messages envoyés à des membres de sa famille quelques minutes avant l’attaque, que les autorités considèrent de plus en plus comme étant motivée par des raisons politiques, selon un message consulté par l’Associated Press.
Ces écrits, envoyés peu avant les coups de feu tirés samedi soir à l’hôtel Hilton de Washington, faisaient à plusieurs reprises référence au président Donald Trump sans le nommer directement et faisaient allusion à des griefs concernant diverses mesures prises par l’administration, notamment les frappes américaines contre des bateaux accusés de trafic de drogue dans l’est de l’océan Pacifique.
Les enquêteurs considèrent ces mots, ainsi qu’une série de publications sur les réseaux sociaux et des entrevues avec des membres de la famille, comme certaines des preuves les plus claires à ce jour de l’état d’esprit du suspect et de ses motifs possibles.
Les autorités ont découvert ce qu’un responsable des forces de l’ordre a décrit comme de nombreuses publications anti-Trump sur les réseaux sociaux liées au suspect, Cole Tomas Allen, un Californien de 31 ans accusé d’avoir tenté de franchir un poste de contrôle de sécurité lors du dîner alors qu’il était armé de plusieurs armes à feu et couteaux.
Les enquêteurs considèrent ces écrits, ainsi qu’une série de publications sur les réseaux sociaux et des entrevues avec des membres de la famille, comme certaines des preuves les plus claires à ce jour de l’état d’esprit du suspect et de ses motifs possibles.
Le frère du suspect a contacté la police du Connecticut
Le frère d’Allen a contacté la police de New London, au Connecticut, après avoir reçu ces écrits, selon un responsable des forces de l’ordre, qui n’était pas autorisé à s’exprimer sur l’enquête en cours et a parlé sous couvert d’anonymat.
Le service de police de New London a déclaré dans un communiqué avoir été contacté à 22 h 49, environ deux heures après la fusillade, par une personne souhaitant partager des informations à ce sujet. Le service de police a indiqué avoir immédiatement averti les autorités fédérales.
La sœur du suspect, qui vit dans le Maryland, a indiqué aux enquêteurs que son frère avait acheté légalement plusieurs armes dans un magasin d’armes en Californie et les avait conservées au domicile de leurs parents à Torrance à leur insu, selon le responsable. Elle a décrit son frère comme ayant tendance à tenir des propos radicaux, a précisé le responsable.
Les écrits examinés par l’AP comptaient plus de 1000 mots et se lisaient comme un message décousu et profondément personnel, s’ouvrant de manière presque déconcertante sur un «bonjour tout le monde!» désinvolte avant de se transformer en excuses adressées aux membres de sa famille et à ses collègues, et même à des inconnus qu’il craignait de voir pris dans la violence. La note oscillait entre confession, récriminations et adieux, Allen remerciant les personnes de son entourage tout en cherchant à expliquer l’attaque.
Ailleurs, il oscillait entre colère politique, justifications religieuses et réfutations de critiques imaginaires. Il a également formulé une critique sarcastique de la sécurité au Washington Hilton, se moquant de ce qu’il décrivait comme des précautions laxistes et exprimant sa surprise d’avoir pu entrer dans l’hôtel armé sans être détecté.
L’Associated Press limite l’utilisation des écrits et des publications sur les réseaux sociaux des assaillants afin d’éviter d’amplifier leurs opinions ou d’encourager des imitations. L’AP choisit de résumer leurs propos et de se concentrer principalement sur les victimes et les enquêtes.
Allen a acheté légalement un pistolet semi-automatique de calibre .38 en octobre 2023 et un fusil de calibre 12 deux ans plus tard, selon le responsable des forces de l’ordre et un autre qui s’est également exprimé sous couvert d’anonymat, car ils n’étaient pas autorisés à discuter de l’enquête en cours.
Des responsables de l’administration Trump étaient visés, selon Todd Blanche
L’homme de 31 ans aurait voyagé en train de la Californie à Chicago, puis jusqu’à Washington, où il s’était enregistré quelques jours plus tôt comme client de l’hôtel où se tenait le dîner de gala sous haute sécurité, comme à l’accoutumée, a affirmé le procureur général par intérim Todd Blanche. Il aurait agi seul et devrait faire face à des accusations criminelles lundi.
Allen a tenté de se précipiter vers la vaste salle de bal du Washington Hilton, mais a été plaqué au sol lors d’une scène violente qui s’est soldée par des coups de feu, l’évacuation précipitée de Trump de la scène, indemne, et les invités se mettant à l’abri sous leurs tables.
«Il semble bien qu’il ait effectivement eu pour objectif de s’en prendre à des membres de l’administration, dont probablement le président», a déclaré M. Blanche à l’émission « Meet the Press de NBC.
Le profil du suspect de la fusillade se dessine
Des publications sur les réseaux sociaux qui semblent correspondre au suspect montrent qu’il s’agit d’un tuteur hautement qualifié et d’un développeur amateur de jeux vidéo.
Une photo de profil de l’homme datant de mai 2025 semble correspondre à l’apparence de l’homme visible sur une photo de l’agresseur présumé en train d’être placé en détention, publiée samedi soir par Trump. La photo, publiée sur le réseau social LinkedIn, le montre en toge et coiffe après avoir obtenu une maîtrise en informatique à l’Université d’État de Californie à Dominguez Hills.
Il a obtenu un baccalauréat en génie mécanique en 2017 au California Institute of Technology de Pasadena. Il a mentionné son implication dans une association étudiante chrétienne et un groupe sur le campus qui s’affrontait avec des pistolets Nerf.
Une station locale d’ABC à Los Angeles a diffusé une entrevue avec lui lors de sa dernière année d’études universitaires dans le cadre d’un reportage sur les nouvelles technologies destinées à aider les personnes âgées. Il avait mis au point un prototype de nouveau type de frein d’urgence pour fauteuils roulants.
Selon les registres fédéraux de financement des campagnes électorales, Allen a versé 25 $ à un comité d’action politique du Parti démocrate pour soutenir la candidature de Kamala Harris à la présidence en 2024.
Une scène chaotique
La fusillade aux barrières de sécurité s’est produite quelques minutes après le début de l’événement.
Les agents des Services secrets et d’autres autorités ont envahi la salle tandis que des centaines d’invités se réfugiaient sous les tables. Des cris de surprise ont résonné dans la salle de bal lorsque les invités ont réalisé qu’il se passait quelque chose. Des centaines de journalistes ont immédiatement pris leur téléphone pour transmettre l’information.
«Écartez-vous, monsieur!» a crié quelqu’un. D’autres ont crié de se baisser. Dans un coin, un chant «God Bless America» a retenti alors que le président était escorté hors de la scène. À l’extérieur de l’hôtel, des membres de la Garde nationale et d’autres autorités ont envahi les lieux tandis que des hélicoptères tournaient au-dessus de leurs têtes.
Après une première tentative de reprise de l’événement, celui-ci a été annulé pour la soirée et sera reporté.
Le président Trump s’est montré inhabituellement conciliant après ce qu’il a considéré comme une troisième tentative d’assassinat en moins de deux ans. Il a laissé entendre que ses opinions politiques personnelles avaient fait de lui une cible récurrente, mais il a également appelé à l’unité et à la réconciliation bipartisane dans un monde de plus en plus violent.
«C’est toujours choquant quand quelque chose comme ça arrive. Ça m’est arrivé, un peu. Et ça ne change jamais», a dit Donald Trump aux journalistes lors d’une conférence de presse organisée à la hâte à la Maison-Blanche samedi soir.
Un manifeste «très antichrétien», selon Trump
Le président américain a indiqué en entrevue dimanche sur Fox News, que Cole Tomas Allen a écrit un manifeste «très antichrétien».
«Lorsque vous lisez son manifeste, il déteste les chrétiens, ça ne fait aucun doute», a-t-il affirmé dans un entretien téléphonique, parlant d’une personne «visiblement très dérangée».
«Il déteste les chrétiens, c’est une haine profonde», a poursuivi M. Trump.
«Il nourrissait beaucoup de haine dans son coeur depuis un bon moment. C’était très antichrétien.»
— Donald Trump, président des États-Unis sur Fox News le 26 avril 2026
S’exprimant sur X dimanche la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, qui a également été évacuée de la salle samedi soir, a écrit que «ce qui devait être une soirée conviviale (...) où le président Trump devait faire des blagues et célébrer la liberté d’expression, a été détournée par un fou dépravé qui cherchait à assassiner le président et à tuer autant de hauts responsables de l’administration Trump que possible».
Plusieurs réactions à l’international
Du côté des réactions, le premier ministre Mark Carney a exprimé son soutien au président américain. Le premier ministre du Canada a affirmé sur le réseau social X qu’il était «rassuré d’apprendre que le président, la première dame et tous les invités (étaient) sains et saufs».
Le roi Charles III s’est quant à lui dit «soulagé» que Donald Trump soit sain et sauf, à la veille de sa visite d’État aux Etats-Unis. Le palais de Buckingham a d’ailleurs confirmé que cette visite se déroulera comme prévu.
Emmanuel Macron a pour sa part dénoncé une attaque «inacceptable», exprimant tout son «soutien» à Donald Trump. «La violence n’a jamais sa place en démocratie».
Barack Obama a aussi condamné dimanche la fusillade.
«Même si nous ne connaissons pas encore les détails des motivations derrière la fusillade d’hier soir au dîner de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche, il nous incombe à tous de rejeter l’idée que la violence ait sa place dans notre démocratie», a déclaré l’ancien président (2009-17) sur son compte X.
«Je suis soulagé de savoir que l’agent (du Secret Service, ndlr) qui a été blessé va s’en sortir», a ajouté M. Obama, sans mentionner nommément Donald Trump.