Benjamin Netanyahou vient-il de se mettre à dos le président américain? Soumis à une forte pression interne à l’approche des élections, le premier ministre israélien a fait le pari de frapper l’Iran, contre l’objection affichée de Donald Trump.
Alors que M. Trump semble vouloir donner une chance à la diplomatie, Israël et l’Iran ont repris leurs frappes croisées pour la première fois depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril.
Les deux camps en avaient évoqué la possibilité, jusqu’à ce que les menaces se concrétisent dimanche: après des tirs sur son sol, Israël a frappé à Beyrouth ce qu’il a présenté comme un quartier général du mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de Téhéran. Puis l’Iran a tiré dans la soirée 11 missiles sur Israël, tous interceptés.
Immédiatement, des responsables israéliens ont appelé à une riposte implacable.
«Ce soir Téhéran doit brûler!», a réclamé le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, encombrant allié d’extrême droite de M. Netanyahou, quand Naftali Bennett, ancien premier ministre et candidat aux législatives devant avoir lieu au plus tard fin octobre, parlait d’«un moment décisif», appelant à ne pas «faire preuve de retenue».
Alors, même si Donald Trump a déclaré à des journalistes qu’il allait demander à M. Netanyahou de ne pas riposter, le premier ministre israélien a donné son feu vert.
En frappant l’Iran, «c’est la première fois que Netanyahou contourne le président Trump de façon aussi ouverte», estime auprès de l’AFP Michael Horowitz, analyste indépendant en géopolitique, qui décrit «un pari».
«Coordination»
«Quand des missiles balistiques sont tirés vers des zones civiles (...) et que des enfants ont pour routine de courir vers des abris, il est difficile d’attendre d’un Etat souverain qu’il ne réagisse pas», affirme auprès de l’AFP Adi Bershadsky, colonelle israélienne à la retraite, spécialiste des questions de défense.
Selon cette experte indépendante, «un certain degré de coordination avec Washington est probable, malgré l’opposition affichée par le président américain, qui a depuis exhorté à cesser «immédiatement» les hostilités.
L’armée israélienne a déclaré lundi que son chef d’état-major restait «en contact permanent avec son homologue américain».
Le message qui est envoyé à l’Iran, selon Yaakov Katz, analyste au centre Jewish People Policy Institute, c’est que même si M. Trump veut un accord, «Israël agit de façon indépendante».
«Aucun dirigeant israélien n’aurait accepté de laisser une attaque iranienne sans réponse», avance M. Horowitz.
«Les élections ont peut-être joué un rôle. Les adversaires de Netanyahou auraient probablement saisi l’occasion (contre lui) si Israël n’avait pas réagi», ajoute-t-il.
Plaidant pour une reprise des hostilités plutôt que pour un accord entre Washington et Téhéran jugé forcément défavorable à Israël, adversaires mais aussi alliés de M. Netanyahou n’ont eu de cesse de lui rappeler une phrase qu’il avait prononcée en 2024.
«Un premier ministre israélien devrait être capable de dire non, même à nos meilleurs amis», avait-il dit sur fond de divergences de vues avec Washington sur la question palestinienne.
«Dilemme»
Mais puisqu’ils ont lancé ensemble l’offensive contre l’Iran le 28 février, les deux hommes «sont engagés ensemble dans cette guerre et des tensions publiques plus larges pourraient nuire à l’un comme à l’autre, d’autant que tous deux ont des élections qui approchent».
Anna Barsky, commentatrice dans le journal Maariv, juge que la décision israélienne «était risquée car elle peut entraîner de nouvelles attaques iraniennes et l’implication possible de supplétifs iraniens», mais «elle était compréhensible parce que la retenue (...) aurait rapidement créé un précédent».
Pour l’heure, l’escalade semble contenue après l’annonce par l’Iran, lundi après-midi, de «la cessation de (son) opération» militaire contre Israël, alors que l’armée israélienne continue ses frappes contre le Hezbollah dans le sud du Liban.
«Israël fait face à un dilemme bien connu: comment maintenir son alliance avec les États-Unis sans perdre sa propre capacité d’agir de manière indépendante», relève Mme Barsky.
«Cette fois, écrit-elle, ce dilemme se joue alors que le président américain ne parle pas à Netanyahou d’égal à égal, mais comme à un acteur secondaire (...) Du point de vue israélien, c’est précisément le risque».
