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France: accusé d'antisémitisme, Bardella assombrit la campagne électorale de Le Pen

Il fait face aux accusations des médias selon lesquelles il aurait tenu des propos antisémites lorsqu’il était jeune membre du parti.

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Le président du parti d’extrême droite français Rassemblement national, Jordan Bardella, répond aux journalistes le lundi 6 octobre 2025, à Paris. Photo AP Le président du parti d’extrême droite français Rassemblement national, Jordan Bardella, répond aux journalistes le lundi 6 octobre 2025, à Paris. Photo AP (Christophe Ena)

Le parti d’extrême droite français Rassemblement national a serré les rangs autour de son président, Jordan Bardella, mardi. Le colistier de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle de l’année prochaine fait face aux accusations des médias selon lesquelles il aurait tenu des propos antisémites lorsqu’il était jeune membre du parti.

Jordan Bardella, âgé de 31 ans, qui, selon Marine Le Pen, deviendra son premier ministre si elle remporte la présidentielle en mai, a vigoureusement nié être l’auteur des propos concernant de prétendus monopoles bancaires juifs et d’autres théories du complot antisémites que le site d’investigation Mediapart lui a attribués et a publiés lundi.

Selon Mediapart, ces propos auraient été écrits il y a plus d’une décennie. Ils remontent notamment à l’époque où Jordan Bardella, aujourd’hui président du RN, était un jeune membre du parti, qui s’appelait à l’époque le Front national. Le fondateur du parti, le père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, a nié à plusieurs reprises l’Holocauste et a été condamné à maintes reprises pour discours de haine avant son décès en 2025.

Les accusations d’antisémitisme touchent particulièrement le Rassemblement national, car Marine Le Pen s’efforce depuis des années de se distancier de l’héritage controversé de son père. Pour remporter la présidence, elle doit surmonter les obstacles qui ont bloqué les ambitions présidentielles de ce dernier. Ses liens avec des personnes ayant collaboré avec les occupants nazis en France pendant la Seconde Guerre mondiale et ses multiples condamnations pour antisémitisme, discrimination et incitation à la violence raciale ont fait de lui un personnage honni par de nombreux électeurs.

Assis côte à côte, Marine Le Pen, Jordan Bardella et leur allié Éric Ciotti ont profité mardi d’un rassemblement de leurs élus, prévu de longue date, pour afficher leur unité.

La dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, arrivent pour assister à la cérémonie marquant le 10e anniversaire de l'attentat meurtrier perpétré en 2016 à Nice, dans le sud de la France, à l'aide d'un camion, ce mardi 14 juillet 2026. La dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, arrivent pour assister à la cérémonie marquant le 10e anniversaire de l'attentat meurtrier perpétré en 2016 à Nice, dans le sud de la France, à l'aide d'un camion, ce mardi 14 juillet 2026. (Philippe Magoni/AP Photo/Philippe Magoni)

Ils ont qualifié les allégations de Mediapart de première salve d’une prétendue campagne visant à discréditer le Rassemblement national et Marine Le Pen, alors qu’elle mène sa campagne pour succéder au président Emmanuel Macron, qui ne peut constitutionnellement briguer un troisième mandat consécutif.

Ce sont «les prémices d’une guerre totale» et une «tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle», a affirmé Jordan Bardella, affirmant qu’il ne sera pas le seul membre du parti à être visé par le média d’investigation en ligne. Le président du RN a qualifié les révélations de Mediapart d’opération «très certainement préparé[e] depuis plusieurs mois» et de «tentative d’assassinat politique».

Marine Le Pen a quant à elle dénoncé une «barbouzerie».

«Sachez qu’on va en prendre plein la poire, que le système va tout faire et nos adversaires feront absolument tout, y compris les trucs les plus dégueulasses qui soient, pour pouvoir tenter d’entraver cette dynamique», a-t-elle clamé.

Mme LePen a promis que le RN n’allait pas «se laisser faire», réitérant sa confiance envers le président de son parti sous les applaudissements de ses députés. «Maintenant, c’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar, parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent», a averti la candidate.

Jordan Bardella est particulièrement populaire auprès des jeunes électeurs et bénéficie d’une forte audience sur les réseaux sociaux.

Des propos «parfaitement délirants»

Interrogé par le journal «Le Monde», le coauteur de l’article de Mediapart, Antton Rouget, a précisé que les propos qu’il attribuait à M. Bardella étaient tirés d’échanges écrits privés, «composés de courriels et de conversations sur des messageries». Ill a affirmé avoir authentifié ces échanges de manière indépendante, sans toutefois détailler la méthode utilisée ni expliquer comment il les avait obtenus.

«Le moment venu, nous ferons la démonstration de l’exactitude de ce que nous avons écrit», a ajouté le journaliste, assurant que Mediapart publiera ces documents «s[’ils] [sont] mis en cause de manière répétée sur la qualité de [leurs] informations».

Spécialisé dans le journalisme d’investigation, Mediapart est devenu l’un des principaux médias d’information en France depuis son lancement en 2008, avec plus d’un quart de million d’abonnés.

Jordan Bardella a annoncé avoir engagé une action en diffamation contre les allégations de Mediapart, qualifiant sur la chaîne CNews les propos rapportés par le média de «parfaitement délirants».

À ce stade précoce de la campagne électorale, qui se déroulera en deux tours en avril et mai, Marine Le Pen est largement considérée comme la favorite dans la course à la succession d’Emmanuel Macron. Sa campagne s’est déroulée sans heurts majeurs depuis qu’une cour d’appel lui a ouvert la voie, en juillet, à une quatrième candidature à la présidence, grâce à une décision qui a raccourci la durée d’une interdiction d’exercer des fonctions publiques prononcée à son encontre pour détournement de fonds publics.

Jordan Bardella, le protégé de Marine Le Pen, se tenait prêt à prendre sa place en tant que candidat du parti si l’interdiction initiale de cinq ans avait été maintenue. Mardi, il a qualifié les accusations d’antisémitisme de complot qui, selon lui, aurait été ourdi pour compromettre ses chances si ce scénario s’était produit.