Après neuf jours de lutte acharnée contre un mégafeu qui a dévasté 42 000 hectares de forêt dans le sud-ouest de la France, les pompiers espèrent vendredi parvenir enfin à maîtriser cet incendie, contenu dans son périmètre mais toujours actif par endroits.
«Les conditions météorologiques de la nuit ont été favorables», avec une baisse des températures et un taux d’humidité élevé, et «la situation est stable», selon les autorités.
La préfecture du département de Gironde a autorisé vendredi des milliers de personnes évacuées à revenir dans deux nouvelles communes, situées dans le très touristique bassin d’Arcachon, et dans les campings de Lacanau.
«Il y a toujours de l’espoir, on travaille pour, mais je ne peux pas vous garantir que l’incendie sera fixé en fin de semaine, a déclaré Eric Pitault, officier de communication du Service d’incendie et de secours de la Gironde (Sdis 33).
Sous un ciel couvert et dans une atmosphère fraîche et plus respirable, le poste de commandement de la commune de Lège-Cap-Ferret accueille des pompiers à la mine grave mais plus détendue par les perspectives.

Là comme dans les casernes de Gironde, une minute de silence poignante a été observée pour les deux pompiers morts sur un virulent feu de forêt il y a dix jours, la veille du démarrage du mégafeu actuel.
Pour la journée, «la situation est établie, les effectifs sont répartis sur tout le secteur», indique le lieutenant-colonel Pitault, qui précise que «les foyers actifs sont surtout à l’intérieur des massifs et difficiles d’accès».
Les travaux de consolidation des quelque 130 km de pare-feux et de sécurisation de lisières du brasier se poursuivent, en particulier sur son flanc ouest dans une zone dunaire.
«Début de la crise»
Sur le terrain, 3300 pompiers de toute la France, dont 267 ont été blessés à ce jour, 1 500 militaires, 1250 policiers et gendarmes, forestiers, agriculteurs et une cohorte de bénévoles conjuguent leurs efforts, épaulés par 24 moyens aériens dont sept fournis via le mécanisme européen de solidarité.
L’Ukraine a annoncé vendredi l’envoi en France de 70 secouristes et 15 véhicules spécialisés pour aider à la lutte contre les feux.
Samuel Allix, producteur de pommes de terre à St-Jean d’Illac, apprécie de «pouvoir bosser» après «cinq jours» d’interdiction de récolter. «On a perdu beaucoup.»
«C’est le début de la fin du feu mais c’est le début de la crise», craint Nina Rosazza, gérante d’une métallerie venue prêter main-forte, avec d’autres artisans du coin, dans la forêt ravagée de Lanton. «Touristiquement, écologiquement, visuellement, c’est une catastrophe à long terme».
Selon le ministre de l’Économie, un quart des 82 000 salariés concernés par les évacuations ont repris le travail jeudi. «À peu près 4 000 établissements», sur les 23 000 fermés ou évacués, ont rouvert, a détaillé Roland Lescure.
Les autorités dénombrent toujours 240 habitations détruites mais indiquent que «ce bilan sera consolidé lors des prochaines visites de reconnaissance» des zones sinistrées par ce feu, le plus dévastateur depuis 1949.
Dans le département voisin des Landes, le préfet a annoncé jeudi que le feu près de Biscarrosse, qui a brûlé 3600 hectares, était «maîtrisé» et que tous les quartiers allaient «rouvrir».
«Hantise»
Si aucune perte humaine n’est à déplorer, les sauveteurs ont la «hantise» de trouver des animaux morts.
Chats, poules, chiens, lapins… Une «brigade de secours animal», montée dans l’urgence par la mairie de Lège-Cap-Ferret, arpente la commune armée de croquettes, de graines et de bidons d’eau pour «leur permettre de tenir» jusqu’à ce que leurs propriétaires reviennent.
Les forêts s’enflamment d’autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.

Le sud-est de la France a lui aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et le Var, des départements qui sont à nouveau en vigilance orange canicule.
Dans le Var, deux feux sont «fixés», et ont parcouru respectivement 130 et 4 500 hectares.
Sur la France entière, 308 interpellations ont été réalisées dans des enquêtes sur des départs de feux dont «deux tiers» sont susceptibles d’être volontaires et elles se sont traduites par 33 détentions, a indiqué le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Toutefois, les plus gros incendies de la saison en France sont d’origine accidentelle, selon les premiers éléments d’enquête.
En Gironde, la justice enquête sur sept incendies survenus en marge du mégafeu et suspectés d’avoir une origine volontaire, tandis que 22 procédures sont ouvertes pour des vols avec effraction survenus dans les zones évacuées.
