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Face à la colère sociale, le gouvernement espagnol s’attaque à la crise du logement

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Des manifestants installent des tentes sur la place de la Puerta del Sol, à Madrid, lors d'une manifestation suivant l'éviction mercredi dernier de Maricarmen, une femme de 87 ans, exigeant une meilleure protection légale des locataires, le 26 septem... Des manifestants installent des tentes sur la place de la Puerta del Sol, à Madrid, lors d'une manifestation suivant l'éviction mercredi dernier de Maricarmen, une femme de 87 ans, exigeant une meilleure protection légale des locataires, le 26 septembre 2026. Crédit image | Photo AP (Manu Fernandez)

Après plusieurs jours de manifestations réclamant une meilleure protection des locataires, le gouvernement espagnol a présenté mardi plusieurs mesures pour répondre à la crise du logement qui frappe le pays, espérant les faire adopter au Parlement, où il n’a pas de majorité.

L’exécutif du premier ministre socialiste, Pedro Sanchez, était attendu au tournant par les centaines de manifestants qui occupent depuis samedi soir une partie de la très touristique Puerta del Sol, grande place au coeur de Madrid, en signe de protestation contre la spéculation immobilière et les expulsions locatives.

Leur colère a explosé à la suite de l’éviction mercredi dernier d’une Madrilène de 87 ans, Maricarmen Abascal, contrainte de quitter l’appartement où elle vivait depuis environ 70 ans, après son rachat par une société immobilière.

Face à l’émotion, le gouvernement a annoncé en milieu de journée la suspension des expulsions de logements jusqu’en 2030 et le renouvellement automatique des contrats de location à leur expiration, deux des principales demandes des manifestants.

Ces mesures, annoncées à l’issue d’âpres négociations au sein de la coalition gouvernementale, figurent dans deux textes présentés par l’exécutif et qui doivent encore être votés au Parlement, très fragmenté à l’approche des élections législatives attendues en 2027.

Pedro Sanchez a salué un ensemble «ambitieux» de mesures, dans une vidéo publiée sur le réseau X, tandis que la ministre du Logement, Isabel Rodriguez, a parlé, à l’issue du Conseil des ministres, d’«un accord d’une grande portée sociale, (qui) touche au principal problème des Espagnols».

«Stopper les achats spéculatifs»

Parmi les principaux objectifs affichés, le gouvernement entend «stopper les achats spéculatifs», en «identifiant» les «fonds vautours» afin de «les empêcher de continuer à faire du logement une marchandise», a-t-elle ajouté, sans donner plus de précision sur ce processus.

Ces fonds d’investissement, ainsi que les plateformes de locations touristiques de courte durée, comme Airbnb, sont dans le viseur des manifestants pour le droit au logement, qui les accusent de faire flamber les prix en achetant des biens immobiliers et de réduire l’offre pour les habitants.

L’exécutif prévoit aussi notamment «l’encadrement des locations saisonnières et des locations de chambres», a ajouté sur X la ministre de la Santé, Monica Garcia.

«Aujourd’hui est un grand jour pour les locataires et les petits propriétaires. Et mauvais pour les spéculateurs», s’est félicité également sur X Félix Bolaños, ministre de la Présidence du gouvernement, tandis que la porte-parole de l’exécutif, Elma Saiz, a salué des mesures «extrêmement importantes».

Le Parlement doit se réunir vendredi pour se prononcer sur ces décrets-lois, a précisé Isabel Rodriguez aux journalistes, appelant, comme Pedro Sanchez, toutes les formations politiques, y compris l’opposition de droite et d’extrême droite, à donner «une majorité» aux deux textes dans l’hémicycle. Sans garantie toutefois à ce stade.

Appel à de nouvelles manifestations

Dans l’immédiat, ces annonces n’ont pas semblé convaincre totalement les manifestants : si le syndicat des locataires espagnols a salué «une victoire du pouvoir populaire», ses porte-paroles ont aussi annoncé de nouvelles manifestations.

«Cela ne fait que commencer et c’est pourquoi nous convoquons des mobilisations à l’échelle nationale dans toutes les villes du pays ce week-end», a prévenu face à la presse Valeria Racu, une des représentantes du syndicat. Dans la soirée, elle a assuré que les deux textes ne constituent pas «un point final» à la mobilisation.

Cet appel à de nouvelles manifestations est relayé sur les réseaux sociaux, au moment où la mobilisation gagne d’autres villes du pays. Des campements de manifestants ont vu le jour ces dernières heures, notamment à Malaga ou Séville, en Andalousie.

À Madrid, où les manifestants se préparaient dans la soirée à une quatrième nuit d’occupation de la Puerta del Sol, les autorités régionales ont donné 48 heures à la préfecture pour démanteler ce campement jugé «illégal».

Les manifestants pour le logement avaient enregistré une première victoire lundi soir, lorsqu’un accord a été trouvé avec la société immobilière qui a racheté l’appartement de Maricarmen Abascal pour lui permettre de retourner chez elle. L’octogénaire, hospitalisée ces derniers jours, doit encore le parapher.