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États-Unis: un groupe russe derrière de la désinformation anti-démocrates, alertent des chercheurs

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Emma Caulfield Emma Caulfield, l'actrice de « Buffy, l'empire des vampires », qu'on voit ici en 2017. Crédit image | AP

Une campagne de désinformation attribuée à des acteurs pro-russes, actifs depuis des années en France et en Europe, cible depuis quelques jours les élections américaines de mi-mandat au moyen de vidéos manipulées prétendant montrer des célébrités en train de vilipender les démocrates, alertent des chercheurs.

Ces clips manipulés et diffusés sur les réseaux sociaux sont accompagnés de hashtags tels que #DémocratesDélinquants et du logo de la chaîne d’information CNN.

«Il n’y a aujourd’hui aucun enfant américain qui ne soit pas menacé par les démocrates», dit dans une vidéo une version manipulée de Alyson Hannigan, une actrice américaine connue pour son rôle dans la série TV «Buffy contre les vampires.»

Une autre montre Emma Caulfield, connue pour la même série, affirmer que les démocrates «boivent notre sang.» Dans une troisième vidéo, Sarah Jessica Parker («Sex and the City») décrit Volodymyr Zelensky et les démocrates comme des «nazis.»

Ces vidéos manipulées ou «deepfake» sont tirées de vidéos existantes sur internet ou du site Cameo, sur lequel des stars envoient des vidéos prises en égoportrait à des fans qui payent pour recevoir ces messages privés.

Poupées gigognes

«Je me sens salie» par ces images, confie Emma Caulfield à l’AFP. «Ce n’est pas moi, et c’est encore pire, cette pâle imitation est une idiote sans âme.»

«J’étais pas du tout au courant», abonde l’acteur Ed Begley Jr («Better Call Saul»), dont une vidéo lui fait qualifier les démocrates de «pervers». «Je suis en désaccord total avec ce qui est dit dans la vidéo.»

Eric Roberts, connu pour son rôle dans «Runaway Train» et qui se voit aussi attaquer les démocrates, se dit «profondément troublé» par des propos «qui ne sont pas les miens.»

La chaîne CNN, dont le logo a été utilisé dans ces vidéos comme faux gage d’authenticité, a dénoncé de son côté une utilisation «non autorisée.»

Pour plusieurs spécialistes, ces vidéos portent la marque de Matriochka, ou poupées gigognes en russe, un mode opératoire associé depuis plusieurs années à des campagnes de désinformation similaires en Europe et servant les intérêts du Kremlin.

C’est ce groupe qui a été pointé du doigt avec «une confiance élevée» par les autorités françaises fin août lors de campagnes qui ont notamment visé le candidat à l’élection présidentielle Gabriel Attal.

Les toutes récentes vidéos s’en prenant aux démocrates américains constituent «la première salve» de désinformation russe dans la campagne des élections législatives de mi-mandat, estime Darren Linvill, un expert du sujet à l’université Clemson.

«Les Russes s’en sont pris à chaque élection depuis 2016 à l’aide de campagnes sur les réseaux sociaux,» affirme-t-il. «Je m’y attendais complétement.»

Faible impact

C’est le collectif Antibot4Navalny, qui traque les opérations d’influence en lien avec la Russie, qui a en premier pointé du doigt la responsabilité de Matriochka.

Pablo Maristany de las Casas, un analyste du centre de réflexion Institute for Strategic Dialogue qui suit les campagnes de désinformation en Europe, fait aussi le lien avec ce mode opératoire russe.

«L’utilisation de vidéos de Cameo n’est pas nouvelle», affirme-t-il. «Ils ont fait la même chose lors d’élections locales et régionales en Allemagne et aussi pour des élections en Hongrie et en Arménie.»

Dans de nombreux cas, comme en France, l’impact des campagnes de Matriochka est faible, et les plateformes X, TikTok et Bluesky ont retiré certaines des vidéos truquées.

Cela permet tout de même, soulignent les experts, de connaître quelles sont les cibles de la Russie pour les élections américaines de novembre, durant lesquelles les républicains de Donald Trump pourraient perdre leur contrôle du Congrès.

Et la campagne ne s’essouffle pas. Selon Antibot4Navalny, d’autres vidéos s’en prennent aux candidats démocrates pour le Sénat Jon Ossoff en Géorgie et James Talarico au Texas.

Le collectif souligne auprès de l’AFP que Matriochka a aussi cherché à jeter le discrédit sur une journaliste de la chaîne MS NOW qui a fait état de cette campagne de désinformation.