Près de sept ans après son suicide dans une prison new-yorkaise, le pédocriminel Jeffrey Epstein continue de ternir la réputation et la carrière de ceux qu’il a fréquentés.
Des membres de familles royales européennes, des diplomates et d’anciens chefs d’État ont été éclaboussés par le système tentaculaire Epstein, mêlant pouvoir, sexe et argent. Certains font l’objet d’enquêtes criminelles. D’autres magnats, des membres de l’élite économique américaine et des figures politiques importantes sont confrontés à des questions difficiles.
Être mentionné dans la publication par le département de la Justice américain, le 30 janvier, de 3,5 millions de documents, courriels, photos et vidéos concernant Jeffrey Epstein n’implique pas nécessairement un acte répréhensible. Mais cela peut néanmoins s’avérer compromettant.
Crise au gouvernement britannique
Le premier ministre britannique, Keir Starmer, reste confronté à une crise de confiance et d’autorité inédite pour avoir nommé en 2024 Peter Mandelson ambassadeur aux États-Unis, alors qu’il savait qu’il avait été proche du pédocriminel Jeffrey Epstein. Le nom de Mandelson apparaît des milliers de fois dans les documents.
Limogé de son poste d’ambassadeur en septembre et contraint de quitter la Chambre des Lords, Peter Mandelson est resté en contact avec Jeffrey Epstein après avoir affirmé avoir rompu tout lien avec lui et aurait pu recevoir des transferts d’argent de sa part. Il est désormais sous le coup d’une enquête de police.
Ailleurs en Europe, le Slovaque Miroslav Lajcák a démissionné de son poste de conseiller à la sécurité nationale. D’après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, le criminel sexuel promettait des femmes à M. Lajcák, à l’époque chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger.
Disgrâces royales
Andrew Mountbatten-Windsor, déjà déchu de ses titres de prince et de duc d’York en raison de ses liens avec Epstein, se retrouve de nouveau mêlé aux dernières révélations. Parmi celles-ci figure une photo du frère cadet du roi Charles III, âgé de 65 ans, qui le montrent à quatre pattes au-dessus d’une femme allongée. La police britannique enquête sur d’éventuels manquements liés à la divulgation de documents confidentiels à M. Epstein, alors qu’Andrew était envoyé spécial du gouvernement britannique pour le commerce. Son ex-femme, Sarah Ferguson, a également entretenu des liens étroits avec M. Epstein, décédé en prison en 2019 alors qu’il attendait son procès.
Également dans le gotha des monarchies européennes, la princesse Mette-Marit, future reine de Norvège, voit à son tour sa réputation entachée par la révélation d’une proximité insoupçonnée avec le criminel sexuel. L’épouse de l’héritier du trône norvégien a échangé des centaines de courriels intimes avec M. Epstein entre 2011 et 2014, après la première condamnation du financier en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures. «Je regrette profondément mon amitié avec Jeffrey Epstein», a déclaré Mette-Marit dans un communiqué. Un sondage récent indique que les Norvégiens pourraient ne pas la souhaiter comme future reine.
Démissions et enquêtes
D’autres personnalités norvégiennes font l’objet d’enquêtes pénales ou administratives.
La police norvégienne a annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’ex-premier ministre Thorbjørn Jagland, pour des soupçons de «corruption aggravée» du fait de ses liens passés avec Jeffrey Epstein ainsi que sur la diplomate de haut rang Mona Juul et son mari Terje Rod-Larsen, pour complicité.
Les enquêteurs examinent les liens de M. Jagland avec Jeffrey Epstein lorsqu’il présidait le Comité Nobel — qui décerne le prestigieux prix Nobel de la paix — et était secrétaire général du Conseil de l’Europe. Les liens de Mme Juul avec M. Epstein, alors qu’elle travaillait au ministère des Affaires étrangères avant de devenir ambassadrice auprès des Nations unies, sont également examinés de près. Elle a quitté dimanche son poste d’ambassadrice de Norvège en Irak et Jordanie.
Le Forum économique mondial enquête sur son directeur général, Børge Brende, ancien diplomate norvégien, sur plus de 100 SMS et courriels, ainsi que sur trois rencontres avec M. Epstein. Børge Brende et d’autres, comme l’ancien ministre français de la Culture, Jack Lang, ont affirmé n’avoir rien su des activités criminelles d’Epstein.
Cependant, Jack Lang, 86 ans, figure importante du Parti socialiste français a dû démissionner de la direction de l’Institut du monde arabe basé à Paris, tandis que sa fille, la productrice Caroline Lang, a démissionné de la présidence d’un syndicat de producteurs de cinéma, après la révélation de leurs liens personnels et professionnels avec Epstein.
Joanna Rubinstein a démissionné de son poste de responsable de la collecte de fonds pour l’Agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) en Suède après qu’il a été révélé qu’elle s’était rendue avec sa famille sur l’île de M. Epstein dans les Caraïbes en 2012.
Onde de choc aux États-Unis
Si le ministre de la Justice américain a considéré ne pas voir matière à de nouvelles poursuites, chaque publication de documents a entraîné une salve additionnelle de répercussions publiques.
Aux États-Unis, Bill et Hillary Clinton ont finalement accepté d’être auditionnés courant février par une commission du Congrès sur les liens d’amitié de l’ancien président avec Epstein.
L’ancien président a fermement nié toute malversation, hormis le fait d’avoir voyagé à bord du jet privé d’Epstein, tandis que sa femme a déclaré n’avoir eu aucun contact significatif avec le financier.
Le président américain Donald Trump est mentionné des centaines de fois, mais il a insisté sur le fait qu’il était victime d’un «complot» concernant ces documents et qu’aucune des victimes d’Epstein ne l’avait accusé.
Le magnat de Microsoft, Bill Gates, également souvent cité, a déclaré regretter «chaque minute passée» avec Epstein. Son ex-femme, Melinda French Gates, a toutefois affirmé qu’il devait s’expliquer, Jeffrey Epstein ayant affirmé dans les documents avoir organisé des rencontres avec des femmes pour Bill Gates.
Par ailleurs, l’ancien secrétaire au Trésor américain, Larry Summers, a démissionné de son poste de président de l’université Harvard avant la publication des derniers documents.
Brad Karp a quitté la présidence du prestigieux cabinet d’avocats Paul Weiss. David Ross a démissionné de son poste de directeur du Whitney Museum of Art.
Le milliardaire Elon Musk est également mentionné dans les documents, mais il a déclaré avoir décliné les invitations à se rendre sur l’île de Jeffrey Epstein.
