Pas de missiles ni de chars sur la place Rouge et des coupures d’internet mobile: évoquant la menace de drones ukrainiens, le Kremlin a placé sous haute vigilance les célébrations de la victoire sur l’Allemagne nazie, samedi à Moscou.
Depuis le lancement de l’offensive contre l’Ukraine en 2022, Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 26 ans, mobilise la mémoire de la victoire soviétique, fêtée le 9 mai, pour rallier le soutien à une campagne qui a fait des centaines de milliers de morts.
Mais pour la première fois en près de 20 ans, Moscou a réduit la pompe des célébrations: il n’y aura pas de matériel militaire sur la place Rouge. Absents aussi les corps de cadets et des écoles militaires.
Kristina Sitnikova, 26 ans, en visite à Moscou depuis l’Extrême-Orient russe, a confié à l’AFP qu’elle avait peur de «se trouver au mauvais endroit au mauvais moment», se disant trop inquiète pour aller regarder le défilé.
À Moscou, les drapeaux tricolores pavoisent nombre de bâtiments et des affiches appellant les Russes à être «fiers de la victoire» ornent les vitrines des magasins.
Rien à voir cependant avec l’exceptionnelle débauche de moyens l’an dernier pour le 80e anniversaire de la victoire de la «Grande Guerre Patriotique» — le conflit qui opposa l’URSS à l’Allemagne nazie de 1941 à 1945.

Trêve ukrainienne, trêve russe
Moscou, dont les derniers bombardements sur l’Ukraine ont fait des dizaines de morts civils cette semaine, a décrété une trêve unilatérale vendredi et samedi. Kyiv, dont la trêve à partir de mercredi a été ignorée par la Russie, n’a pas répondu.
Ces derniers jours, Kyiv a lancé des centaines de drones contre le territoire russe, y compris Moscou. La Russie a indiqué avoir détruit 347 drones ukrainiens dans la nuit de mercredi à jeudi.
Moscou a exhorté mercredi les ambassades étrangères à évacuer leur personnel et leurs ressortissants de Kyiv en raison de l’«inévitabilité de frappes de représailles» si l’Ukraine venait à perturber samedi les cérémonies.
Si des restrictions d’internet mobile à Moscou sont déjà à l’œuvre par intermittence depuis des mois, au nom de la «sécurité des citoyens», les autorités ont prévenu que des coupures spécifiques interviendraient dans le cadre du 9 mai.
Dans les rues de Moscou, les avis sont partagés quant à la portée de ces coupures.
«Avant, on vivait bien sans internet, non?» lance Alexandre Zoubkov, 44 ans.
L’étudiante Anna Tchijikova, 21 ans, dit, elle, «avoir du mal» à comprendre en quoi cette mesure la protège, d’autant que sans internet mobile elle ne peut plus accéder à l’application de sa banque ou faire des achats.
En avril, un appel adressé à Vladimir Poutine par une blogueuse russe vivant en Europe, Victoria Bonya, qui énumérait une série de préoccupations — sans critiquer la guerre et en apportant son soutien personnel à Poutine — a accumulé des millions de vues.
Selon une analyste politique russe, Tatiana Stanovaya, interrogée par l’AFP, «une question flotte dans l’air: où allons-nous et comment»?
Essoufflement
Après plus de quatre ans de combats meurtriers en Ukraine et des sanctions occidentales qui s’accumulent, l’économie russe, entièrement tournée vers l’effort de guerre, montre des signes d’essoufflement. Les prix se sont envolés, contraignant des retraités à se tourner vers la soupe populaire.
Des données de l’Institut pour l’étude de guerre (ISW) soulignent que l’armée russe a perdu du terrain en Ukraine en avril, pour la première fois depuis l’été 2023.
L’offensive en Ukraine, lancée en février 2022, qui a déjà dépassé la durée de la guerre de l’URSS contre l’Allemagne, est devenu le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les efforts diplomatiques pour mettre fin à ce conflit sont au point mort.
L’an dernier, pour les 80 ans de la capitulation allemande, Vladimir Poutine avait reçu en grande pompe une vingtaine de chefs d’État, dont son homologue chinois Xi Jingping, le Brésilien Lula et l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi.
Figurait aussi dans la tribune des invités Nicolas Maduro. L’ancien président vénézuélien, aujourd’hui déchu et détenu aux États-Unis, était un allié de Moscou, tout comme Viktor Orban, le premier ministre hongrois sortant, défait dans les urnes le mois dernier.
Le premier ministre slovaque Robert Fico, qui avait été reçu après le défilé au Kremlin par Vladimir Poutine, a fait savoir qu’il serait cette fois absent pour le défilé et rencontrerait «brièvement» le président russe.
