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En Asie, l’IA propulse de nouvelles romances LGBT+ en ligne

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Taiwan Lays Down Historic Marker for Same-Sex Marriage in Asia Un couple marié tient un bouquet lors d’une fête en faveur du mariage entre personnes de même sexe organisée par la municipalité de Taipei et la Coalition pour l’égalité matrimoniale de Taïwan, à Taipei, à Taïwan, le vendredi 24 mai 2019. Les couples de même sexe de Taïwan ont célébré cet événement, puisque c’est là que se sont déroulés vendredi les premiers mariages homosexuels de toute l’Asie. (Ashley Pon/Bloomberg)

Lassée du manque d’histoires d’amour LGBT+ sur les écrans philippins, Vee Camallere a pris les choses en main en créant sa propre série avec des outils d’intelligence artificielle (IA), une technologie qui suscite des réactions mitigées.

Sa série «Featherweight», mêlant amours universitaires et thriller policier, a été visionnée des centaines de milliers de fois depuis sa publication en mars sur Youtube et TikTok.

Mais plusieurs experts rappellent que les outils IA, entraînés sur d’énormes bases de données souvent biaisées, peuvent diffuser des stéréotypes et de fausses informations.

Malgré ces risques, l’IA est devenue un vecteur d’expression pour certaines personnes LGBT+, en particulier dans les régions les plus conservatrices d’Asie.

Le mariage entre personnes de même sexe est illégal aux Philippines, où aucune loi nationale n’interdit les discriminations sur la base de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre.

Or cette technologie «permet aux créateurs de produire des histoires de manière indépendante et de les partager instantanément», explique Mme Camallere, développeuse web lesbienne âgée de 34 ans. Elle a utilisé plusieurs outils générateurs d’images pour créer «Featherweight».

«Les histoires queer philippines peuvent toucher un public international plus vite, plus souvent et avec plus de libertés créatives», affirme-t-elle à l’AFP.

Dans le premier épisode de sa série, une étudiante prend un jeepney, le transport en commun le plus utilisé dans l’archipel, pour rejoindre une autre étudiante au son d’une chanson d’amour philippine.

«Ça a l’air si réel», admire Jhessy Aquino, 28 ans, fan de la série, estimant que ces contenus peuvent «aider à normaliser les relations queer» dans le pays, en particulier concernant les femmes «souvent moins visibles».

Fausses informations

«Les personnes LGBT+ et d’autres groupes historiquement sous-représentés trouvent, grâce à l’IA, des liens à l’échelle mondiale et des informations importantes», a noté dans un rapport paru en juin Sarah Kate Ellis, directrice générale de l’association Gay and Lesbian Alliance against Diffamation (GLAAD).

Mais «les plateformes et les produits déçoivent souvent en matière de sécurité élémentaire, de confidentialité des données, de transparence et d’exactitude - notamment en perpétuant des informations factuellement erronées sur nos vies», a-t-elle dénoncé.

Une étude du site Wired publiée en 2024, citée par le rapport, montre que les systèmes IA dépeignent souvent les personnes LGBT+ comme jeunes, blanches et arborant des cheveux violets.

Mais l’IA peut «faire entendre les voix des minorités qui ont du mal à franchir le seuil des médias grands publics», estime le créateur d’une romance entre hommes sud-coréenne, qui utilise le pseudonyme Tender Frame.

Ce serait «un tournant majeur si des individus pouvaient utiliser l’IA pour produire des contenus queer de haute qualité, à la hauteur des K-dramas», s’enthousiasme-t-il, en référence aux séries emblématiques de Corée du Sud.

Comme Vee Camallere, il a utilisé des outils IA pour générer les images de sa série «The Summer of You», mais a embauché des doubleurs humains.

À la marge

L’IA est aussi utilisée pour mettre en lumière des histoires vraies, peu reconnues ou qui risquent d’être effacées.

Le photographe singapourien Aik Beng Chia utilise ainsi un générateur d’images pour dépeindre les vies de personnes transgenres à Singapour dans les années 1970 et 1980.

«Dans les sociétés asiatiques où les sujets LGBTQIA restent souvent en marge, l’IA peut contribuer à créer des archives visuelles alternatives, des histoires théoriques et de nouvelles formes de débat public», reconnaît Jiayu Chen, chercheuse à l’Université nationale de Singapour.

«Mais une utilisation responsable requiert de la transparence, de la contextualisation et de la prudence», prévient-elle.

La chercheuse appelle les entreprises de la technologie et les gouvernements à travailler avec «des communautés aux origines et expertises diverses» pour développer des outils d’IA respectant mieux les différences culturelles.

De leur côté, les artistes LGBT+ n’utilisant pas l’IA se montrent mitigés.

«Utiliser l’IA pour raconter des histoires queer peut sembler injuste envers les créateurs existants qui peuvent déjà façonner ces récits avec honnêteté et profondeur», note auprès de l’AFP Natts Jadaone, scénariste du film lesbien «Rookie».

June Green, artiste trans non-binaire de Corée du Sud, estime que si l’IA peut être utile «lorsque l’objectif principal est d’attirer l’attention», «les vies et les expériences queer risquent trop facilement de devenir un simple produit à mettre en boîte, commercialiser et consommer».

Pour le moment, la qualité des contenus générés par IA reste limitée, souligne Dolly Dulu, personne non-binaire philippine réalisant des films.

«Mais si ces personnes racontent ces histoires pour une raison précise qui leur tient tant à coeur et qu’elles n’ont pas d’autre moyen de le faire, qui sommes-nous pour les empêcher de raconter leurs histoires à leur manière?»