L’ONU a demandé 202 millions de dollars pour atténuer les effets catastrophiques attendus d’El Niño dans 22 pays particulièrement à risque, mais la communauté internationale regarde pour l’instant ailleurs, a regretté vendredi à Nairobi un responsable de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Le phénomène climatique El Niño, une variation naturelle du climat qui revient tous les deux à sept ans, est synonyme de sécheresses, d’inondations et de températures records dans le monde.
Selon les mesures et modélisations de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), il y a 75% de chances qu’il atteigne entre octobre et décembre un niveau d’intensité jamais mesuré depuis le début des relevés en 1950.
Vingt-deux pays sont particulièrement concernés, selon la FAO, dont plus de la moitié se trouvent en Afrique : Cameroun, Éthiopie, Kenya, Madagascar, Malawi, Mozambique, Nigeria, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Ouganda et Zimbabwe.
Mais El Niño devrait aussi frapper durement Afghanistan, Pakistan, Philippines et Timor oriental dans la zone Asie-Pacifique, ainsi que Colombie, Salvador, Guatemala, Haïti, Honduras et Venezuela en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Alors que la FAO et le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU ont demandé mi-juin 202 millions de dollars pour «soutenir près de neuf millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë» dans ces 22 pays, «il nous manque encore 160 millions de dollars», a déploré Rein Paulsen, directeur Urgence et résilience de la FAO.
«Les plans d’action sont prêts. Les partenariats opérationnels sont établis. Mais si les financements ne sont pas disponibles, nous ne pouvons pas déployer ces activités», a-t-il estimé dans un entretien à l’AFP à Nairobi.
Une situation d’autant plus «regrettable» pour M. Paulsen que cette somme, «pas élevée à l’échelle internationale», ne servirait «pas seulement à atténuer l’impact des catastrophes» mais «permettr[ait] aussi d’éviter la nécessité d’une réponse humanitaire bien plus coûteuse si les effets de la catastrophe se déploient pleinement».
D’après des projections scientifiques publiées mercredi, El Niño en cours pourrait entraîner 451 000 décès supplémentaires dans le monde d’ici février en faisant grimper en flèche les températures.
«L’Afrique, sans aucun doute, sera frappée durement», a estimé Rein Paulsen, car El Niño constituera un facteur aggravant à des situations déjà catastrophiques dans plusieurs pays africains du fait de conflits, de population déplacée ou encore d’un niveau élevé de malnutrition.
Des «risques de famine» sont, dit-il, notamment pointés à Baidoa, en Somalie, pays où des inondations pourraient succéder à une forte sécheresse. Début août, Médecins sans frontières estimait déjà que la moitié des enfants vivant dans les camps de déplacés de cette zone souffraient de malnutrition aiguë.