L’Ouganda a temporairement fermé mercredi sa frontière avec la République démocratique du Congo (RDC), où sévit une épidémie de fièvre hémorragique Ebola que les conflits en cours rendent compliquée à endiguer, a averti le patron de l’OMS.
Une épidémie, provoquée par le variant Bundibugyo du virus, pour lequel il n’existe ni traitement spécifique ni vaccin a été déclarée le 15 mai en Ituri, province du nord-est de la RDC, frontalière de l’Ouganda.
Des cas ont depuis été enregistrés dans deux autres provinces de RDC (Nord et Sud-Kivu) ainsi qu’en Ouganda, où sept infections confirmées, dont une mortelle, ont été recensées.
Plus de 1000 cas suspects — dont 223 décès — ont été enregistrés jusqu’ici par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).
Mais l’ampleur réelle de la catastrophe sanitaire n’est pas encore connue et les autorités sanitaires internationales estiment que les chiffres actuels sont probablement sous-estimés.
«Vu l’aggravation continue de l’ampleur de l’épidémie d’Ebola en RDC (…) l’Ouganda ferme temporairement sa frontière avec la RDC avec effet immédiat», a annoncé mercredi à la presse le Dr Diana Atwine, une haute responsable du ministère ougandais de la Santé.
Les équipes de lutte contre Ebola ou d’opérations humanitaires notamment pourront être autorisés à franchir la frontière «sous strictes conditions» notamment d’examen médical, a-t-elle ajouté.
Quiconque rentrera en Ouganda depuis la RDC «devra s’isoler de façon obligatoire pendant 21 jours (durée maximale d’incubation), sous la supervision» d’équipes médicales.
En outre, les médias doivent désormais consacrer 30 minutes chaque jour de leurs programmes en prime-time à la sensibilisation et à la prévention d’Ebola, a annoncé le Dr Atwine.
«Choc catastrophique»
«L’est de la RDC est désormais confronté à un choc catastrophique entre maladie et conflit, l’épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri prenant de vitesse la riposte» sanitaire, a prévenu mercredi le patron de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus.
L’Ituri est ravagée depuis des années par les violences de groupes armés, rebelles islamistes des ADF ou milices communautaires en conflit.
Le groupe armé antigouvernemental M23, appuyé par l’armée du Rwanda voisin, a de son côté progressivement pris depuis début 2025 le contrôle de larges territoires des Nord et Sud-Kivu, eux aussi théâtre de violences quasi-ininterrompues depuis plus de 30 ans.
D’intenses combats sont signalés ces derniers jours dans ces deux provinces entre forces gouvernementales et M23.
«L’arrêt de cette transmission d’Ebola dépend entièrement de l’accès humanitaire. Or, les affrontements en cours provoquent des déplacements massifs de population», poussant notamment «les personnes exposées (au virus NDLR) vers des camps surpeuplés», a expliqué M. Tedros, attendu à Kinshasa jeudi soir.
Il a exhorté les belligérants à un «cessez-le-feu immédiat» pour «contenir» l’épidémie et permettre aux équipes médicales d’accéder en sécurité aux zones touchées.

À l’hôpital de Rwampara, l’un des foyers de l’épidémie de maladie Ebola en Ituri, les moyens manquent pour prendre en charge les malades, ont constaté des journalistes de l’AFP.
Et les familles, particulièrement dans les zones rurales isolées, sont désarmées quand apparaissent les symptômes — fièvres, vomissements, saignements, diarrhées…
Faute d’ambulance, les patients arrivent parfois transportés à moto, sans protection malgré les risques de transmission, via les fluides corporels des personnes infectées — vivantes ou décédées — contagieuses à partir de l’apparition des premiers symptômes.
L’hôpital a dû déplacer des malades atteints d’autres pathologie pour installer une salle d’isolement, les deux tentes fournies par une ONG ayant été récemment incendiées par des jeunes voulant récupérer le corps d’un de leurs camarades, là aussi malgré les risques de contagion.
Il s’agit de la 17e épidémie de maladie Ebola en RDC, vaste pays d’Afrique centrale comptant plus de 100 millions d’habitants et figurant parmi les plus pauvres nations du monde.
Le virus Ebola a tué plus de 15 000 personnes en Afrique ces 50 dernières années. L’épidémie la plus meurtrière en RDC avait fait près de 2 300 morts pour 3 500 malades entre 2018 et 2020.
