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Ebola: la construction d’un centre de quarantaine américain indigne et effraie le Kenya

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Un manifestant brandit une pancarte lors d'une manifestation contre le projet de centre de quarantaine dédié au virus Ebola que les États-Unis envisagent d'installer à la base aérienne de Laikipia, à Nanyuki, au Kenya, le lundi 1er juin 2026. Photo AP Un manifestant brandit une pancarte lors d'une manifestation contre le projet de centre de quarantaine dédié au virus Ebola que les États-Unis envisagent d'installer à la base aérienne de Laikipia, à Nanyuki, au Kenya, le lundi 1er juin 2026. Photo AP (Andrew Kasuku)

Cachée derrière des kilomètres d’imposants murs gris, la base aérienne de Laikipia, dans le centre du Kenya, génère peur et fureur car un centre de quarantaine y est actuellement construit, destiné à des Américains présentant des risques de contamination à la fièvre hémorragique Ebola.

Le pays d’Afrique de l’Est n’a enregistré aucun cas d’Ebola depuis la déclaration de l’épidémie mi-mai en République démocratique du Congo (RDC). Il ne dispose d’aucune frontière commune avec ce pays. Le Kenya n’a même jamais connu le moindre malade de l’effrayant virus, qui a tué plus de 15 000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.

Mais son système de santé, affaibli par des années de corruption et de mauvaise gestion, pourrait flancher face à une telle épidémie, s’inquiète la population, qui craint des contaminations massives importées par le centre américain.

«Nous n’avons pas Ebola, pourquoi ne le font-ils pas au Congo ? (…) Pourquoi à Laikipia ?», s’indigne Nicholas, un vendeur de souvenirs vivant à Nanyuki, ville voisine de la base. Nanyuki est située au pied du mont Kenya, deuxième sommet d’Afrique et importante destination touristique.

Nombre d’habitants dénoncent aussi la posture des États-Unis, qui refusent à leurs citoyens malades l’accès à leur propre territoire et préfèrent qu’ils soient soignés à l’étranger.

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Le Kenya, ex-colonie du Royaume-Uni, accueille depuis 1964 une Unité de formation de l’armée britannique (BATUK), dont la présence alimente l’économie locale tout en générant d’intenses polémiques, notamment du fait des nombreux viols et même d’un meurtre que ses soldats sont accusés d’avoir commis. Les baraquements de cette unité se trouvent aussi à Laikipia.

D’après une source diplomatique américaine, la structure sanitaire, qui compte 50 lits et sera gérée par du personnel américain, est presque achevée mais aucun patient n’y est soigné.

Lundi, des centaines de riverains ont protesté devant le camp. Deux manifestants ont été tués par balle, selon des défenseurs des droits humains — la police kényane est souvent critiquée pour son usage excessif de la force.

Le projet a aussi été attaqué devant la justice, qui la semaine dernière a ordonné sa suspension au nom de «l’intérêt commun».

Ce qui n’a pas empêché un ballet d’avions américains depuis deux semaines vers Laikipia, selon plusieurs habitants interrogés par l’AFP. Des affirmations corroborées par le site de suivi Flightradar24, sur lequel l’AFP a dénombré neuf vols militaires américains y ayant atterri depuis le 24 mai.

«Ils continuent de construire, ils utilisent la force au Kenya», s’étrangle Nicholas.

«Aucune consultation»

L’exécutif kényan, pris de court par la polémique sur un accord qu’il avait tu à sa population avant qu’il ne soit mis en lumière par la presse américaine, ne semble pas vouloir reculer.

«Nous n’arrêterons pas» la construction du centre de Laikipia, a affirmé mercredi le ministre de la Santé Aden Duale devant les députés kényans. «Cette épidémie ne nécessite aucune consultation» populaire, a-t-il tranché.

En déplacement en Afrique du Sud, le président kényan William Ruto a répété jeudi les éléments de langage égrainés depuis plusieurs jours. Les Kényans, a-t-il expliqué, «n’ont pas assez d’information pour comprendre» le projet et ils pourront, s’ils sont malades, accéder au centre de quarantaine — ce que n’ont pas confirmé les États-Unis.

Mais surtout, face à un partenaire américain qui aide le Kenya depuis des décennies, a argumenté M. Ruto, son pays ne peut refuser une demande sans donner l’impression d’être «inhumain.»

L’exécutif kényan est également critiqué pour avoir signé l’an passé un accord de santé bilatéral avec Washington, à qui il donne accès aux données de santé kényanes contre des subsides.

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Le centre de quarantaine devrait pourtant «se trouver uniquement aux États-Unis, parce qu’ils ont toutes les infrastructures nécessaires» là-bas, s’indigne Atho Halakhe, une étudiante de 26 ans vivant à Nanyuki.

Mais le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé fin mai que les États-Unis, malgré leur puissance financière, «ne pouvaient pas et ne permettraient pas à des cas d’Ebola d’entrer» sur leur territoire.

Des propos extrêmement mal perçus par de nombreux Kényans, qui rechignent à ce que leur santé soit potentiellement sacrifiée pour protéger celle de citoyens américains. Plusieurs députés ont dénoncé l’approche «néocoloniale» de Washington.

«Si quoi que ce soit va de travers, nos hôpitaux locaux seront en première ligne», s’effrayait récemment une infirmière interrogée par l’AFP à Nairobi. «Et notre système de santé publique est en morceaux.»

Lundi dernier, de nombreux protestataires s’étant réunis devant la base de Likepia scandaient «Wantam», pour «One term» («Un mandat»), un slogan populaire hostile au président Ruto qui brigue sa réélection.

Un nouvel appel à manifester a été lancé pour mardi prochain. Nombre de riverains interrogés par l’AFP ont affirmé qu’ils y répondraient positivement.