La police kényane a arrêté mardi plusieurs protestataires dans la ville centrale de Nanyuki et dispersé aux gaz lacrymogènes plusieurs centaines de manifestants contre un centre de quarantaine destiné à des Américains présentant des risques de contamination à la fièvre hémorragique Ebola, a constaté l’AFP.
Ce centre, établi sur la base aérienne de Laikipia, voisine de la ville de Nanyuki (centre), suscite la crainte de la population que ne soit importé dans ce pays d’Afrique de l’Est un virus qu’il n’a jamais connu, et dont une épidémie a été déclarée mi-mai en République démocratique du Congo (RDC).
Des protestataires se sont rassemblées dans la matinée dans le centre-ville, certaines vêtues d’équipements de protection et transportant un cercueil sur lequel était inscrit «Ebola».
Des journalistes de l’AFP ont vu plusieurs arrestations par la police, qui à de nombreuses reprises tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de plusieurs dizaines de personnes.
Leurs rangs se sont élargis à plusieurs centaines de personnes qui ont brièvement marché dans Nanyuki, avant d’être à leur tour dispersées par des gaz lacrymogènes.
«Nous n’avons pas cette maladie dans ce pays… ils amènent un virus dans notre pays», a dénoncé Zipporah Wachira, 30 ans.
Le centre doit disposer de 50 lits d’isolement et être géré par du personnel américain. Il était presque achevé à la fin de la semaine dernière, avait indiqué à l’AFP une source diplomatique américaine.
Nombre d’habitants dénoncent aussi la posture des États-Unis, qui refusent à leurs citoyens malades l’accès à leur propre territoire et préfèrent qu’ils soient soignés à l’étranger.
«Nous disons non à Ebola à Laikipia», a lancé Mwangi Wangai. «Et nous disons aux Américains qu’ils peuvent prendre leur Ebola et le ramener dans leur pays», a ajouté le défenseur des droits humains de 30 ans, vêtu d’une tenue de protection PPE.
«J’aimerais connaître les raisons pour lesquelles ils (les Américains, NDLR) ont pensé que notre pays était une décharge», a réagi Priscilla Waimani, une créatrice de contenus de 47 ans drapée dans un drapeau kényan. «Nos aïeux se sont battus pour notre indépendance mais ça ne veut plus rien dire.»
Des centaines de riverains avaient déjà protesté devant la base de Laikipia le 1er juin. Deux manifestants y ont été tués par balle, selon des défenseurs des droits humains. La police kényane est souvent critiquée pour son usage excessif de la force.
Le projet a aussi été attaqué devant la justice kényane, qui la semaine dernière a ordonné sa suspension au nom de «l’intérêt commun».
Mais le gouvernement du président William Ruto a promis de poursuivre le projet, affirmant qu’il a une dette envers Washington pour des années de soutien en matière d’aide.
Washington a promis 13,5 millions de dollars aux efforts de préparation du Kenya contre Ebola.
L’exécutif kényan est également critiqué pour avoir signé l’an passé un accord de santé bilatéral avec Washington, à qui il donne accès aux données de santé kényanes contre des subsides.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré le 15 mai une épidémie d’Ebola en RDC, la 17e dans ce pays africain de plus de 100 millions d’habitants. Quelque 515 cas y ont été confirmés, dont 91 décès, selon l’OMS.
