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«Des toilettes propres»: une question de dignité au cœur des revendications lycéennes en France

Moisissures, peinture décollée, tuyaux rouillés…

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«On en a ras-le-bol»: des centaines de milliers de manifestants contre la vie chère en France Voyez le compte-rendu de Lila Mouch.

«Pas de portes, pas de papier, pas de savon» : décrié depuis des décennies, l’état des toilettes dans les établissements scolaires s’est imposé au cœur des revendications lycéennes en France, les élèves y voyant le symbole de conditions d’étude dégradées.

Au mégaphone, sur leurs pancartes ou au micro des médias, des lycéens à travers le pays placent très haut dans leur liste de griefs ce problème depuis le début des blocus d’établissements mi-septembre.

Au lycée Raymond-Naves de Toulouse, dans le sud-ouest de la France, Marc-Antoine, en Première, décrit des toilettes «sales» dans lesquelles «il n’y a jamais de PQ». Ni lui ni ses amis n’y vont.

Moisissures, peinture décollée, tuyaux rouillés… Au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis, en banlieue parisienne, les toilettes portent les marques de la vétusté des lieux, montrent des vidéos tournées par une enseignante.

Loin d’être une préoccupation anecdotique, le délabrement des toilettes scolaires cristallise chez les adolescents un sentiment de mépris, en particulier dans les quartiers populaires où les élèves dénoncent un cumul des difficultés.

«C’est quand même notre confort intime», relève Kamelia, en Terminale à Paul-Eluard.

Des manifestants brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Leurs conditions, ce sont les nôtres » lors d'une manifestation réclamant davantage de moyens pour l'éducation à Paris, en France, le jeudi 5 novembre 2026. Des manifestants brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Leurs conditions, ce sont les nôtres » lors d'une manifestation réclamant davantage de moyens pour l'éducation à Paris, en France, le jeudi 5 novembre 2026. (Thibault Camus/AP Photo/Thibault Camus)

Devant ce même établissement, une mère d’élève confie, désabusée : «Ma fille rentre à la maison tous les midis pour aller aux toilettes».

Le manque de sanitaires est aussi la doléance principale pour Nayla, 16 ans, en lycée professionnel en banlieue parisienne, à Bondy. «Il n’y a que deux toilettes pour plein plein d’élèves !», dit-elle.

Jusqu’à l’Assemblée

Dans ces territoires de banlieue parisienne, le sujet est vite devenu politique, à quelques mois de l’élection présidentielle d’avril 2027.

À Sevran, en banlieue parisienne, la députée de gauche Clémentine Autain s’est affichée début octobre auprès de deux lycéens, racontant face caméra : «On n’a pas de savon, pas de portes dans les toilettes, pas de serviettes hygiéniques».

La problématique a fait son chemin jusqu’à l’Assemblée nationale, le 8 octobre, lorsque des élèves ont échangé autour de leurs revendications à l’invitation de députés La France insoumise (LFI, gauche radicale).

Pourquoi «refaire le sol de la cour alors que les toilettes sont cassées depuis un an ?», a alors critiqué Nissa.

De son côté, la région parisienne a indiqué à l’AFP avoir lancé un «grand plan toilettes» en 2019, doté de 85 millions d’euros pour rénover les sanitaires «les plus vétustes» de 125 lycées publics sur 468. «On est à 80 % d’objectif atteint», pointe-t-elle.

«On a aussi des dégradations volontaires dans les toilettes», nuance-t-elle.

Se retenir toute la journée

L’état des toilettes est un «problème ancestral» qui débute «dès la maternelle», estime l’infirmière scolaire Gwenaelle Thenoz, du syndicat SNIES-Unsa Éducation.

Pour elle, il s’agit même d’un «problème de santé publique», car des enfants se présentent à l’infirmerie avec «des maux de tête, de ventre, des infections urinaires, de la constipation» parce qu’ils «se retiennent de boire».

En l’absence de poubelles et de protections, des jeunes filles «gardent la même serviette hygiénique toute la journée», ajoute-t-elle.

Des étudiants se rassemblent devant l'université de Lyon lors d'une manifestation réclamant davantage de moyens pour l'éducation à Lyon, en France, le jeudi 5 novembre 2026. Des étudiants se rassemblent devant l'université de Lyon lors d'une manifestation réclamant davantage de moyens pour l'éducation à Lyon, en France, le jeudi 5 novembre 2026. (Laurent Cipriani/AP Photo/Laurent Cipriani)

En 2017, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (CNESCO) avait déjà produit un rapport de référence avec l’appui de chercheurs, de médecins et de l’Éducation nationale.

Il soulignait que de nombreux élèves développaient des stratégies d’évitement et se retenaient d’uriner toute la journée.

Au début de la pandémie de Covid-19, en mars 2020, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer avait reconnu que ces sanitaires n’étaient pas «au niveau».

Contactée par l’AFP, l’association de parents d’élèves FCPE appelle le gouvernement à mettre en place un «vrai plan national» pour les toilettes.

Le 2 novembre, à l’issue d’une concertation lycéenne, le ministère a listé 200 lycées prioritaires pour l’amélioration du bâti.