Les rebelles congolais affirment que les États-Unis ont failli à leur rôle de médiateur dans les efforts visant à mettre fin au conflit dans l’est du pays, une région riche en minerais, alors que l’administration Trump cherche à ouvrir les réserves cruciales de la région au gouvernement américain et aux entreprises américaines.
Selon une lettre adressée au secrétaire d’État américain Marco Rubio par le chef rebelle congolais Corneille Nangaa, Washington n’a pas exercé de pression sur le gouvernement congolais concernant ses violations présumées des engagements de paix.
La lettre, consultée samedi par l’Associated Press, a été signée par l’Alliance du fleuve Congo, qui comprend le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda.
Le Congo et le Rwanda ont conclu l’an dernier un accord de paix, négocié sous l’égide des États-Unis, visant à mettre fin au long conflit qui ravage l’est du Congo. Cet accord définit les modalités d’un partenariat économique entre les trois pays et ouvre la voie à des accords sur les terres rares.
À l’époque, le président américain Donald Trump avait salué les dirigeants des deux nations: les présidents Félix Tshisekedi (Congo) et Paul Kagame (Rwanda). Depuis, il a souvent mis en avant son rôle déterminant dans la négociation de cet accord. Cependant, les combats se poursuivent dans la région, les forces rebelles et gouvernementales s’accusant mutuellement de violations des termes de l’accord.
La lettre adressée à M. Rubio critiquait également les États-Unis pour avoir sanctionné des «acteurs critiques du pouvoir» à Kinshasa, la capitale congolaise. Il s’agissait d’une allusion aux sanctions imposées la semaine passée par les États-Unis à l’ancien président congolais Joseph Kabila, accusé de financer et de soutenir les rebelles.
Plus tôt cette année, Washington avait également sanctionné l’armée rwandaise et quatre de ses hauts responsables pour leur soutien au M23.
«Votre administration n’a imposé aucune sanction ni même adressé un simple avertissement aux dirigeants de Kinshasa, dont l’attitude intransigeante et arrogante remet en question l’impartialité et la neutralité du facilitateur/médiateur américain», indique la lettre.
«L’absence de mesures correctives clairement identifiables alimente les interrogations quant à la capacité de la facilitation à préserver, sur le long terme, les exigences d’impartialité et de neutralité essentielles à sa crédibilité», ajoute-t-elle.
Des experts congolais, américains et onusiens accusent le Rwanda de soutenir le M23, dont les effectifs sont passés de quelques centaines de membres en 2021 à environ 6500 combattants, selon les Nations Unies.
L’est du Congo est ravagé par des décennies de troubles, les forces gouvernementales affrontant plus de 100 groupes armés, dont le plus puissant est le M23, souvent pour le contrôle de ses richesses minières.
Les combattants du M23 ont réalisé une importante avancée dans la région au début de l’année dernière, s’emparant de Goma et d’autres villes clés et étendant rapidement leur présence.
Si la médiation américaine a contribué à apaiser les tensions régionales, elle n’a pas enrayé l’escalade des combats sur le terrain, a souligné à l’Associated Press Kristof Titeca, professeur à l’Université d’Anvers et spécialiste de la gouvernance et des conflits en Afrique centrale.
