Des pirates informatiques ont perturbé les transmissions par satellite de la télévision d’État iranienne pour diffuser des images soutenant le prince héritier en exil et appelant les forces de sécurité à ne pas «pointer leurs armes sur le peuple», comme le montrent des vidéos diffusées en ligne tôt lundi matin. Il s’agit de la dernière perturbation en date suite aux manifestations nationales dans le pays.
Ce piratage survient alors que le bilan des morts suite à la répression des manifestations par les autorités a atteint au moins 4029 personnes, selon des militants.
L’invitation du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, à prendre la parole au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, a été retirée en raison de ces massacres. Parallèlement, les tensions restent vives entre les États-Unis et l’Iran suite à la répression des manifestations, après que le président Donald Trump a fixé deux lignes rouges à la République islamique: le meurtre de manifestants pacifiques et les exécutions de masse perpétrées par Téhéran à la suite de ces manifestations.
La télévision d’État a été perturbée
Les images ont été diffusées dimanche soir sur plusieurs chaînes par satellite de la Radio-Télévision de la République islamique d’Iran (IRB), la chaîne de télévision d’État du pays. La vidéo montrait deux extraits du prince héritier en exil Reza Pahlavi, puis des images des forces de sécurité et d’autres personnes portant ce qui semblait être des uniformes de police iraniens. Elle affirmait, sans preuve, que ces personnes avaient «déposé les armes et prêté serment d’allégeance au peuple».
«Ceci est un message à l’armée et aux forces de sécurité, pouvait-on lire sur un graphique. Ne pointez pas vos armes sur le peuple. Rejoignez la nation pour la liberté de l’Iran.»
L’agence de presse semi-officielle Fars, réputée proche des «Gardiens de la révolution», a cité un communiqué de la télévision d’État reconnaissant que le signal avait été momentanément perturbé dans «certaines régions du pays par une source inconnue». Elle n’a pas précisé le contenu de la diffusion.
Un communiqué du bureau du prince héritier Pahlavi a reconnu la perturbation, qui a permis de voir le prince héritier à l’écran. Il n’a pas répondu aux questions de l’Associated Press concernant le piratage. Le niveau de soutien dont bénéficie M. Pahlavi en Iran reste incertain, malgré les slogans pro-Pahlavi entendus lors des manifestations et la nuit depuis la répression.
Ce piratage, survenu dimanche, n’est pas le premier du genre en Iran. En 1986, le Washington Post révélait que la CIA avait fourni aux alliés du prince «un émetteur de télévision miniature pour une diffusion clandestine de 11 minutes».
En 2022, plusieurs chaînes ont diffusé des images montrant des dirigeants du groupe d’opposition en exil Moudjahidine du peuple et une image appelant à la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
Alors que les tensions restent vives entre Téhéran et Washington, les données de suivi des navires analysées lundi par l’AP ont révélé la présence du porte-avions USS Abraham Lincoln, ainsi que d’autres bâtiments militaires américains, dans le détroit de Malacca après avoir dépassé Singapour, sur une route qui pourrait les mener au Moyen-Orient.
Le Lincoln se trouvait en mer de Chine méridionale avec son groupe aéronaval, afin de dissuader la Chine face aux tensions avec Taïwan. Les données de suivi ont montré que les destroyers lance-missiles de classe Arleigh Burke, l’USS Frank E. Petersen Jr., l’USS Michael Murphy et l’USS Spruance, accompagnaient le Lincoln dans le détroit.
Plusieurs médias américains, citant des sources anonymes, ont indiqué que le Lincoln, basé à San Diego, se dirigeait vers le Moyen-Orient. Il faudrait probablement encore plusieurs jours de voyage avant que ses avions ne soient à portée de la région. Le Moyen-Orient est actuellement dépourvu de groupe aéronaval et de force amphibie prête à intervenir, ce qui compliquerait sans doute toute discussion concernant une opération militaire visant l’Iran, compte tenu de la forte opposition des États arabes du Golfe à une telle attaque.
Parallèlement, le Forum économique mondial a retiré l’invitation de M. Araghtchi à Davos.
«Bien qu’il ait été invité l’automne dernier, les pertes tragiques de civils en Iran ces dernières semaines rendent inappropriée la présence du gouvernement iranien à Davos cette année», a déclaré le forum.
M. Araghtchi a dénoncé cette décision, affirmant que le forum «a annulé ma participation à Davos sur la base de mensonges et de pressions politiques exercées par Israël et ses alliés et défenseurs basés aux États-Unis».
La Conférence de Munich sur la sécurité a également retiré son invitation à des représentants du gouvernement iranien en raison de la répression.
Le bilan des victimes de la répression s’alourdit
Le nombre de morts dépasse celui de toutes les autres vagues de protestation ou de troubles en Iran depuis des décennies et rappelle le chaos qui a entouré la révolution de 1979. L’agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA) a estimé le nombre de morts à au moins 4029 mardi, tout en prévenant qu’il était probable qu’il augmente.
Selon l’HRANA, parmi les personnes décédées, 3786 étaient des manifestants, 180 des membres des forces de sécurité, 28 des enfants et 35 des personnes ne participant pas aux manifestations.
L’HRANA a fait preuve d’exactitude tout au long des années de manifestations et de troubles en Iran, s’appuyant sur un réseau de militants à l’intérieur du pays qui confirment tous les décès signalés. L’Associated Press (AP) n’a pas été en mesure de confirmer ce bilan de manière indépendante.
Les autorités iraniennes n’ont pas fourni de bilan précis des morts, bien que samedi, M. Khamenei a déclaré que les manifestations avaient fait «plusieurs milliers» de morts et ait imputé ces décès aux États-Unis. Il s’agissait de la première indication, de la part d’un dirigeant iranien, de l’ampleur des pertes humaines suite à la vague de manifestations qui a débuté le 28 décembre en réaction à la situation économique désastreuse du pays.
L’agence a également fait état de plus de 26 000 arrestations. Les déclarations de responsables ont suscité des craintes quant à d’éventuelles exécutions en Iran, l’un des pays qui exécutent le plus de personnes au monde.
«Si les assassins et les terroristes séditieux seront punis, la clémence et la miséricorde islamiques seront appliquées à ceux qui ont été trompés et n’ont joué aucun rôle actif dans l’attentat», ont déclaré lundi le président iranien, le chef du pouvoir judiciaire et le président du Parlement.

