Après que le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a retiré neuf officiers de la Marine, dont toutes les femmes, d’une liste de promotion, plusieurs officières affirment qu’elles voient dans cette intervention inhabituelle le signe que leur carrière se heurte désormais à un plafond et s’inquiètent pour la future génération de femmes officières.
La Marine avait sélectionné 31 marins pour être promus du grade de capitaine à celui d’amiral à une étoile, mais M. Hegseth est récemment intervenu pour rayer 9 personnes de la liste, dont 3 femmes et 2 hommes noirs, selon un responsable de la Défense qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat pour évoquer des informations ne pouvant être rendues publiques.
En conséquence, la Marine ne promouvra aucune femme au grade d’amiral à une étoile cette année, alors que les femmes représentent environ un quart de l’ensemble des officiers de la Marine et près d’un tiers des grades intermédiaires de la marine, selon des données militaires de 2024.
L’Associated Press s’est entretenue avec huit femmes officières de la Marine, de grades et d’ancienneté variés, après que les coupes décidées par M. Hegseth, rapportées plus tôt par le New York Times, ont été rendues publiques.
Les moins gradées ont déclaré qu’elles voyaient cette évolution comme un signe que leur carrière serait politisée si elles gravissaient trop les échelons, et certaines ont dit avoir désormais le sentiment qu’il y avait une limite à leur promotion. Certaines ont souligné que cela leur donnait l’impression d’être moins valorisés au sein de l’armée et se sont demandé si cela ne faisait pas partie de l’intention.
Le Pentagone n’a fourni aucune justification quant aux raisons pour lesquelles ces femmes, ou l’une des six autres personnes, ont été retirées de la liste des promotions.
Sean Parnell, le porte-parole en chef du Pentagone, a écrit cette semaine sur les réseaux sociaux que «les promotions militaires sont accordées à ceux qui les ont méritées» et que le Pentagone «ne tiendra jamais compte de la couleur de peau ou du sexe d’un militaire comme facteur de promotion».
Le processus de la Marine pour sélectionner les officiers à promouvoir au grade d’une étoile est resté relativement constant et transparent au fil des ans. L’armée réunit un groupe d’officiers, appelé «commission de promotion», qui examine les dossiers des officiers éligibles et choisit les plus qualifiés.
La commission qui a sélectionné la liste initiale de 31 officiers à promouvoir avait reçu pour instruction de la part du secrétaire à la Marine de l’époque, John Phelan, nommé par le président Donald Trump, de «recommander pour la promotion les officiers les plus qualifiés au sein de leur catégorie respective».
L’ordre de M. Phelan, qui a ensuite brusquement quitté ses fonctions en avril, stipulait que la commission devait prendre en compte, entre autres critères, les performances, les compétences et la personnalité d’un officier dans le cadre de ces qualifications.
La liste complète des 31 personnes devant être promues avait été approuvée par M. Phelan, d’autres dirigeants de la Marine et le chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine, avant d’être transmise à M. Hegseth, qui a choisi d’y apporter des modifications, a expliqué le responsable de la Défense.
Bien que M. Hegseth soit dans son droit d’intervenir sur la liste, «ce n’est tout simplement pas la norme», a précisé Katherine Kuzminski, chercheuse spécialisée dans le recrutement et la fidélisation des militaires au sein du groupe de réflexion Center for New American Security.
Certains des officiers supérieurs de la Marine qui se sont entretenus avec l’AP ont exprimé leurs inquiétudes quant au message que cela envoie à la prochaine génération de jeunes marins.
