Pendant dix heures par jour, Rahimullah vend des chaussettes depuis sa charrette dans l’est de Kaboul, gagnant entre 4,5 et 6 $ US par jour. C’est une misère, mais c’est tout ce qu’il a pour nourrir sa famille de cinq personnes.
Rahimullah, qui, comme beaucoup d’Afghans, n’utilise qu’un seul nom, fait partie des millions d’Afghans qui dépendent de l’aide humanitaire, tant des autorités afghanes que des organisations caritatives internationales, pour survivre. Selon un article publié lundi sur son site internet, environ 22,9 millions de personnes — soit près de la moitié de la population — auraient eu besoin d’aide en 2025.
Mais les coupes drastiques dans l’aide internationale — notamment l’arrêt de l’aide américaine à des programmes tels que la distribution alimentaire gérée par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies — ont coupé cette bouée de sauvetage.
Plus de 17 millions de personnes en Afghanistan sont désormais confrontées à une crise alimentaire cet hiver, a averti le Programme alimentaire mondial la semaine dernière, soit 3 millions de plus qu’il y a un an. La réduction drastique de l’aide intervient alors que l’Afghanistan est ravagé par une économie en difficulté, des sécheresses récurrentes, deux séismes meurtriers et l’afflux massif de réfugiés afghans expulsés de pays comme l’Iran et le Pakistan. Ces chocs multiples ont mis à rude épreuve les ressources, notamment en matière de logement et d’alimentation.
L’ONU lance un appel à l’aide
Tom Fletcher, chef des opérations humanitaires de l’ONU, a expliqué au Conseil de sécurité mi-décembre que la situation était aggravée par des «chocs cumulatifs», dont les récents séismes et les restrictions croissantes imposées à l’accès de l’aide humanitaire et du personnel.
M. Fletcher a indiqué que près de 22 millions d’Afghans auront besoin de l’aide de l’ONU en 2026, mais que son organisation concentrera ses efforts sur 3,9 millions de personnes confrontées aux besoins les plus urgents d’aide vitale en raison de la réduction des contributions des donateurs.
M. Fletcher a ajouté que cet hiver était «le premier depuis des années sans quasi aucune distribution alimentaire internationale».
«Par conséquent, seul un million de personnes parmi les plus vulnérables ont bénéficié d’une aide alimentaire pendant la période de soudure en 2025», contre 5,6 millions l’année précédente, a-t-il indiqué.
L’année a été catastrophique pour les organisations humanitaires des Nations Unies, qui ont dû supprimer des milliers d’emplois et réduire leurs dépenses suite aux coupes budgétaires.
«Nous sommes reconnaissants envers tous ceux qui ont continué à soutenir l’Afghanistan. Mais à l’approche de 2026, nous risquons une nouvelle réduction de l’aide vitale, alors même que l’insécurité alimentaire, les besoins sanitaires, la pression sur les services de base et les risques pour la protection s’aggravent», a expliqué M. Fletcher.
Retour des réfugiés
Le retour de millions de réfugiés a accentué la pression sur un système déjà fragile. Le ministre des Réfugiés et du Rapatriement, Abdul Kabir, a déclaré dimanche que 7,1 millions de réfugiés afghans étaient rentrés au pays ces quatre dernières années, selon un communiqué publié sur le site web du ministère.
Rahimullah, 29 ans, était l’un d’eux. Cet ancien soldat de l’armée afghane a fui au Pakistan voisin après la prise de pouvoir des talibans en 2021. Il a été expulsé vers l’Afghanistan deux ans plus tard et a d’abord reçu une aide financière et alimentaire.
«Cette aide me soulageait énormément», a-t-il assuré. Mais sans elle, «je n’ai plus assez d’argent pour vivre. Si jamais je tombais gravement malade ou que je rencontrais un autre problème, ce serait très difficile à gérer car je n’ai pas d’argent de côté.»
L’afflux massif d’anciens réfugiés a également fait exploser les loyers. Le propriétaire de Rahimullah a presque doublé le loyer de son minuscule logement de deux pièces, aux murs mi-béton, mi-terre, et équipé d’un fourneau artisanal en terre. Au lieu de 4500 afghanis (environ 67 $ US), il en demande maintenant 8000 (environ 120 $ US), une somme que Rahimullah ne peut pas se permettre. Il devra donc déménager le mois prochain avec sa femme, sa fille et ses deux jeunes fils. Ils ne savent pas où aller.
