Les Tchèques ont manifesté en grand nombre à Prague dimanche contre le projet du gouvernement dirigé par le milliardaire Andrej Babiš de réformer le financement des chaînes publiques, une mesure que beaucoup jugent dangereuse pour leur indépendance.
La foule, composée de plusieurs milliers de personnes, était trop nombreuse pour que la pittoresque place de la Vieille Ville puisse l’accueillir, et beaucoup ont envahi les rues avoisinantes. La coalition au pouvoir a suscité la colère des manifestants en faisant passer de manière inattendue ce projet à la Chambre basse du Parlement il y a deux jours.
Les députés de la coalition ont ouvert la discussion à la hâte et ont limité le temps accordé à l’opposition pour participer au débat, avant de procéder au vote donnant le feu vert au projet de loi lors de la première des trois lectures parlementaires, à 4 h 36 du matin.
Les manifestants scandaient «On en a assez», «Il ne faut pas laisser passer ça» et «4 h 36».
«Vous êtes allés trop loin, nous ne laisserons pas ce pays être détruit. Ce sont les syndicats mafieux ou le Politburo soviétique qui prennent des décisions à 4 h 36», a dénoncé Mikuláš Minář, l’un des principaux organisateurs du groupe «Un million de moments pour la démocratie».
Les manifestants ont exigé le retrait du projet de loi et ont appelé Andrej Babiš à permettre un débat public approfondi sur le sujet.
Selon ce projet de loi, la radio et la télévision publiques seraient financées par le budget de l’État, et non plus par les redevances versées par les particuliers, les ménages ou les entreprises. Les médias recevraient environ 15 % de fonds en moins par rapport à aujourd’hui.
Les détracteurs affirment que ce changement donnerait à la coalition les moyens de prendre le contrôle des médias, à l’instar des gouvernements populistes en Slovaquie sous le premier ministre Robert Fico et en Hongrie avant que l’ancien premier ministre Viktor Orbán ne soit évincé du pouvoir en avril.
Andrej Babiš et ses alliés ont déjà mené des attaques contre les médias publics et d’autres médias grand public.
Les employés des médias publics ont annoncé qu’ils se mettraient en grève le 3 novembre. Ils bénéficient du soutien des syndicats, des recteurs, des Églises, des organisations médiatiques internationales et de nombreux autres acteurs.
Les manifestants se sont engagés à organiser un rassemblement au parc Letná de Prague le 15 novembre, 2 jours avant l’anniversaire de la Révolution de velours anticommuniste de 1989, qui a mis fin à plus de 40 ans de régime totalitaire.
Andrej Babiš a formé l’année dernière une coalition gouvernementale avec deux petits partis politiques dont le programme prévoit notamment de réduire le soutien à l’Ukraine et de rejeter certaines politiques clés de l’Union européenne.
