Des joueuses de soccer nord-coréennes se déplacent dimanche en Corée du Sud à l’occasion de la Ligue des champions féminine d’Asie, une première en près de huit ans pour une équipe sportive du Nord, toujours techniquement en guerre avec le Sud depuis les années 1950.
La sélection féminine du Naegohyang FC doit affronter mercredi le Suwon FC sud-coréen, en demi-finale de la Ligue.
Voici ce qu’il faut savoir sur les contours de ce déplacement.
Diplomatie et sport
Les deux pays frontaliers sont techniquement toujours en guerre depuis le conflit de 1950-1953 conclu sur un armistice et non un traité de paix.
La coopération en matière sportive a pu se révéler utile par le passé: le Nord avait envoyé des athlètes, des cheerleaders et une délégation de haut niveau au Sud à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en 2018, permettant d’amorcer un dégel des relations.
Pour la première fois, Séoul et Pyongyang avaient alors formé leur première équipe commune: une sélection féminine de hockey sur glace.
Les relations se sont toutefois détériorées depuis l’échec de pourparlers américano-nord-coréens en 2019 sur la dénucléarisation de la péninsule. Pyongyang se considère maintenant comme une puissance nucléaire «irréversible».
Logistique
Les joueuses du Naegohyang FC doivent arriver dimanche en Corée du Sud par un vol en provenance de Pékin.
Au total, 27 joueuses et 12 encadrants font partie du voyage, selon le ministère sud-coréen de l’Unification.
Tous doivent séjourner dans un hôtel de Suwon, à quelque 30 km au sud de Séoul, où l’équipe du Suwon FC doit aussi prendre ses quartiers.
Mais les espaces de repas et les itinéraires des différentes équipes seront distincts, rapporte la presse locale.
La rencontre de mercredi aura lieu au complexe sportif de Suwon, doté de près de 12 000 places.
Loi
La loi sud-coréenne en matière de sécurité nationale interdit de posséder et brandir un drapeau de la Corée du Nord ou de jouer son hymne national en public.
Il est également imposé aux Sud-Coréens d’obtenir l’accord du ministère de l’Unification avant d’entrer en contact avec tout Nord-Coréen.
Le déplacement de l’équipe du Nord ayant été autorisé, comme l’a rapporté un responsable gouvernemental à l’AFP, il ne sera pas illégal pour les Sud-Coréennes, par exemple, de saluer leurs adversaires.
D’après Lim Eul-chul, expert de la Corée du Nord à l’Université Kyungnam côté sud, sous Kim Jong-un, «le sport est non seulement considéré comme un divertissement mais aussi comme un indicateur des capacités nationales» Pyongyang va donc probablement «chercher à mettre en avant ce qu’il considère comme une +supériorité écrasante+ en matière de performance sportive et s’en servir comme une occasion pour envoyer un message fort et montrer qu’il est supérieur à son rival», qu’il qualifie d’«État hostile», anticipe M. Lim auprès de l’AFP.
Club en vue
La Corée du Nord s’est montrée performante en matière de soccer féminin: ses jeunes sélections ont remporté plusieurs Coupes du monde ces dernières années.
Le Naegohyang FC, de Pyongyang, est une équipe en vue dans le pays, de l’avis même du ministère sud-coréen de l’Unification. Créé en 2012, le club avait fini pour la première fois au sommet de la Ligue nationale en 2021-2022.
En novembre, à l’occasion de la phase de groupes de la Ligue des champions d’Asie, le club a battu celui de Suwon, qu’il rencontre mercredi. Score: 3-0.
Supporters
Aucun supporter nord-coréen n’est attendu au Sud, traverser la frontière leur étant interdit.
Mais l’équipe de Pyongyang sera tout de même soutenue: le ministère sud-coréen de l’Unification va dépenser 300 millions de wons, de quoi permettre à des collectifs sud-coréens d’encourager les deux sélections lors du match.
Cette somme permettra de couvrir le prix des billets, les banderoles et accessoires de supporters, a précisé un responsable ministériel, selon qui l’événement pourrait contribuer à promouvoir «la compréhension mutuelle» entre les deux pays.
Quelque 2500 de ces supporters sont attendus, selon le ministère de l’Unification.
Sur place, les associations seront «en grande partie libres de choisir eux-mêmes» leurs slogans. Le gouvernement émettra toutefois des directives, étant donné la «nature particulière» de l’événement, selon un responsable ministériel.
«Nous y voyons un échange rare et significatif entre de jeunes Sud-Coréennes et Nord-Coréennes», salue auprès de l’AFP Hong Sang-young, secrétaire général de l’ONG Korean Sharing Movement.
«Les slogans politiques ou les messages pourraient provoquer des incompréhensions, alors nous avons l’intention de nous concentrer sur le soccer lui-même et de soutenir ces jeunes des deux Corée partageant le même espace.»
