Des hommes armés ont enlevé James Boyard, le directeur de cabinet du ministère haïtien de la Défense. Celui-ci est aussi un expert en sécurité très respecté et occupe le poste d’inspecteur général de la police haïtienne, a déclaré samedi une source proche du dossier.
Il s’agit du plus haut responsable à avoir été enlevé ces dernières années dans ce pays des Caraïbes en proie aux gangs.
Une source proche du dossier, qui n’était pas autorisée à s’exprimer publiquement sur cette affaire, a confirmé l’enlèvement à l’Associated Press, samedi.
Les médias locaux ont rapporté que M. Boyard avait été enlevé jeudi à Bourdon, l’un des rares quartiers de Port-au-Prince considérés comme relativement sûrs. On estime que 70% de la capitale est contrôlée par une puissante coalition de gangs connue sous le nom de Viv Ansanm, que les États-Unis ont désignée comme organisation terroriste étrangère en mai de l’année dernière.
M. Boyard, qui est également politologue, avait pour mission d’aider à la reconstruction des forces armées haïtiennes et a contribué à l’évaluation de la police nationale haïtienne en vue de la mise en œuvre de réformes.
On ignore qui l’a enlevé et si une rançon a été demandée.
«Une personne de ce rang dispose clairement d’un dispositif de sécurité assez important», dit Diego Da Rin, un expert sur la situation en Haïti au International Crisis Group.
Il avance que l’enlèvement de M. Boyard a sans doute été planifié dans les moindres détails et qu’il avait peut-être nécessité la collaboration d’une personne proche de son dispositif de sécurité.
M. Da Rin souligne que les enlèvements se multiplient dans des quartiers de Port-au-Prince autrefois considérés comme sûrs, les membres de gangs revêtant parfois des uniformes de police et arrêtant des conducteurs dans le cadre de fausses opérations.
Il observe que les gangs kidnappent des personnes ayant la double nationalité et ciblent des fonctionnaires. Cela pourrait signifier qu’ils cherchent à obtenir des rançons plus élevées et tentent peut-être de dissuader les autorités d’attaquer certains territoires contrôlés par les gangs où les victimes d’enlèvement sont détenues, avance l’expert.
La police a récemment mené une opération contre le Village de Dieu, contrôlé par le gang des 5 Segond, dirigé par Johnson André. Plus connu sous le nom d’«Izo», il est considéré comme l’un des chefs de gang les plus puissants d’Haïti.
M. Da Rin dit que les gangs emmenaient certaines victimes d’enlèvement au Village de Dieu.
Ces dernières années, des enlèvements très médiatisés ont visé des personnes telles que des journalistes haïtiens et des missionnaires internationaux. Au moins 267 personnes auraient été enlevées entre décembre 2025 et février 2026, pour la plupart des hommes, selon un rapport de l’ONU. En 2025, 1268 enlèvements ont été signalés, soit une baisse de près de 40 % par rapport aux 2058 enlèvements signalés l’année précédente, indique le rapport.
