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Des experts de l'ONU accusent les dirigeants du Nicaragua de crimes contre l'humanité

Ils ont déclaré avoir documenté les agissements du couple à la tête du pays, Daniel Ortega et Rosario Murillo, visant à éliminer l’opposition.

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Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, et sa femme, Rosario Murillo, lors d'un rassemblement à Managua, le 5 septembre 2018. Photo AP Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, et sa femme, Rosario Murillo, lors d'un rassemblement à Managua, le 5 septembre 2018. Photo AP (Alfredo Zuniga)

Des experts des droits de la personne des Nations unies ont déclaré mercredi que les coprésidents du Nicaragua avaient instauré une dictature et qu’il existait «des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis».

Depuis avril 2018, ce groupe d’experts enquête sur des allégations de violations et d’abus des droits de la personne au Nicaragua, que le gouvernement du pays nie.

Les experts de l’ONU ont déclaré avoir documenté les agissements du couple à la tête du pays, Daniel Ortega et Rosario Murillo, visant à éliminer l’opposition par le biais de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de persécutions politiques et de la déchéance de nationalité des opposants.

«Nous sommes en présence d’une dictature à part entière, et cette dictature a un objectif clair : un régime dynastique permanent, a déclaré Jan-Michael Simon, président du groupe nommé par le Conseil des droits de la personne, aux journalistes. Il y a quatre mois, Daniel Ortega l’a dit haut et fort: le Nicaragua n’organisera plus jamais d’élections.»

En réponse, le Nicaragua a qualifié le Conseil des droits de l’homme — une agence des Nations unies dont il s’est retiré — d’être «manipulé, obsolète» et de faire de l’ingérence. Il a accusé les «puissances néocolonialistes» d’utiliser les droits de la personne comme une arme d’«agression politique».

Depuis les manifestations de masse de 2018, qui ont conduit à une répression sanglante ayant fait des centaines de morts, M. Ortega et son épouse se sont accrochés au pouvoir.

M. Ortega s’est autoproclamé vainqueur de l’élection de 2021 — un scrutin largement considéré comme illégitime par la communauté internationale — après avoir emprisonné tous les candidats qui auraient pu le battre. Les États-Unis ne reconnaissent pas la présidence de M. Ortega.

Le gouvernement du Nicaragua a emprisonné ou exilé des opposants, des chefs religieux, des journalistes et bien d’autres encore, privant des centaines de personnes de leur nationalité, de leur logement et de leurs biens. Depuis 2018, il a fermé plus de 5000 organisations, principalement religieuses, et contraint des milliers de personnes à fuir le pays.

Le gouvernement accuse souvent les détracteurs et les organisations qu’il prend pour cible de travailler pour les États-Unis et leurs ennemis afin de discréditer son pouvoir.

Reed Brody, membre du groupe d’experts de l’ONU, a déclaré que le Front sandiniste de libération nationale, au pouvoir au Nicaragua, exerçait un «contrôle total» sur la police, les tribunaux et les prisons. Il a ajouté qu’en vertu de la Constitution adoptée l’année dernière, les pouvoirs législatif et judiciaire n’étaient plus indépendants, mais contrôlés par les coprésidents.

«Il ne reste plus aucun parti d’opposition, aucune presse indépendante à l’intérieur du pays, aucune organisation non gouvernementale critique, a affirmé M. Brody, avocat et procureur américano-hongrois spécialisé dans les droits de la personne. Il n’y a tout simplement plus aucune place pour ceux qui oseraient exprimer leur désaccord.»

M. Brody a ajouté que, depuis février 2023, au moins 452 Nicaraguayens considérés comme des opposants politiques ont été déclarés «traîtres» et déchus de leur nationalité, ce qui les a rendus apatrides. Parmi eux se trouvent d’anciens dirigeants sandinistes, un ancien vice-président et tous les candidats à la présidence de 2021.

Un réseau de surveillance transnational «surveille, intimide et s’en prend aux centaines de milliers de Nicaraguayens» vivant à l’étranger, a indiqué M. Brody.

Le Groupe d’experts sur les droits de la personne au Nicaragua «a trouvé des motifs raisonnables de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis», a-t-il affirmé.

Les experts exhortent les pays à saisir la Cour internationale de justice, la plus haute juridiction des Nations unies, d’une plainte contre le Nicaragua pour violation de la convention relative au statut des apatrides, a-t-il ajouté.

Le Nicaragua ne participe pas à la Cour pénale internationale.