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Des élections locales se déroulent en Cisjordanie et dans la bande de Gaza

Ce scrutin organisé dans une seule ville est un «projet pilote» largement symbolique, selon les responsables électoraux, s’inscrivant dans un effort visant à établir un lien politique entre Gaza et la Cisjordanie occupée.

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Un Palestinien vote lors des élections locales, les premières organisées à Gaza depuis 20 ans et les premières en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, à Al-Ubaidiya, en Cisjordanie, le samedi 25 avril 2026. AP Ph... Un Palestinien vote lors des élections locales, les premières organisées à Gaza depuis 20 ans et les premières en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, à Al-Ubaidiya, en Cisjordanie, le samedi 25 avril 2026. (Mahmoud Illean/Associated Press)

Des Palestiniens ont fait la file devant les bureaux de vote installés dans des tentes et des bâtiments mis à disposition pour voter lors des premières élections organisées dans une partie de Gaza depuis plus de 20 ans.

Plus de 70 000 personnes sont habilitées à voter pour élire le conseil municipal de Deir al-Balah, une ville du centre de Gaza qui a été endommagée par des frappes aériennes, mais qui a été épargnée par l’invasion terrestre israélienne. 

Ce scrutin organisé dans une seule ville est un «projet pilote» largement symbolique, selon les responsables électoraux, s’inscrivant dans un effort visant à établir un lien politique entre Gaza et la Cisjordanie occupée. Les Palestiniens considèrent ces deux territoires comme essentiels à tout futur chemin vers la création d’un État.

Les électeurs ont évoqué l’absence quasi totale de services publics et ont déclaré que la dévastation de Gaza les avait poussés à participer. 

Là-bas et dans toute la Cisjordanie occupée, le scrutin déterminera la composition des conseils locaux chargés de superviser l’approvisionnement en eau, les routes et l’électricité. Le taux de participation pourrait refléter le niveau de confiance du public dans un système plus large dirigé par des dirigeants vieillissants en Cisjordanie, alors que Gaza se prépare à une transition attendue après le règne du Hamas. 

Certains bureaux de vote de Cisjordanie et de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, étaient bondés samedi, tandis que d’autres étaient plus déserts. Les responsables électoraux ont fait état d’un taux de participation de 53,4 % en Cisjordanie et de 22,7 % à Deir al-Balah après la fermeture des bureaux de vote. Les résultats devraient être dévoilés dimanche.

Les électeurs qui se sont rendus aux urnes ont affirmé vouloir avoir leur mot à dire dans les décisions prises dans leurs villes.

Bien qu’elle n’ait pas organisé d’élections présidentielles ou législatives depuis 2006, l’Autorité palestinienne a encouragé les élections locales après les réformes qu’elle a adoptées l’année dernière en réponse aux demandes de ses soutiens internationaux.

Sous le slogan «Nous restons», la Commission électorale centrale, basée à Ramallah, a mené une campagne pour encourager la participation et montrer à quel point les Palestiniens, vivant dans un contexte de guerre et d’occupation, souhaitent avoir leur mot à dire sur la manière dont ils sont gouvernés.

«Il s’agit de relier géographiquement la Cisjordanie et la bande de Gaza», a soutenu Rami Hamdallah, président de la commission.

Gaza étant en grande partie dévastée après plus de deux ans de guerre, la commission a choisi d’organiser son premier scrutin à Deir al-Balah, mais a dû improviser, car elle n’était pas en mesure de procéder à l’inscription traditionnelle des électeurs.

M. Hamdallah a dit qu’Israël avait bloqué l’entrée à Gaza de matériel tel que les bulletins de vote, les urnes ou l’encre. La commission a donc réutilisé du matériel existant, en utilisant des urnes en bois et de l’encre bleue provenant d’une campagne de vaccination menée l’année dernière.

La commission a déclaré ne pas s’être coordonnée directement avec Israël ou le Hamas avant le scrutin. Des images de l’Associated Press ont montré des agents de sécurité assurant le maintien de l’ordre à l’extérieur des bureaux de vote. Le COGAT, l’organisme militaire israélien chargé de superviser les affaires humanitaires à Gaza, n’a pas répondu aux questions concernant le blocage du matériel.

Bien que le taux de participation des électeurs palestiniens ait progressivement diminué, il est resté relativement élevé lors des précédentes élections locales par rapport aux normes régionales, avec une moyenne comprise entre 50 % et 60 %. À titre de comparaison, le taux de participation lors des récentes élections locales au Liban et en Tunisie était respectivement inférieur à 40 % et 12 %.

Un nombre restreint de candidats

Le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, âgé de 90 ans, a signé l’année dernière un décret réformant les élections conformément à certaines exigences des bailleurs de fonds occidentaux, notamment l’autorisation de voter pour des candidats individuels plutôt que pour des listes.

En janvier, un autre décret de M. Abbas a imposé aux candidats d’accepter le programme de l’Organisation de libération de la Palestine, le groupe qui dirige l’Autorité palestinienne. Ce programme prévoit la reconnaissance d’Israël et le renoncement à la lutte armée, écartant de fait le Hamas et d’autres factions.

Des affiches de campagne ont été placardées dans toutes les villes, bien que dans beaucoup d’entre elles — notamment à Ramallah et à Naplouse — il n’y ait pas d’élections disputées.

Dans les grandes villes, les listes sont dominées par le Fatah, la faction qui dirige l’Autorité palestinienne, et par des indépendants, dont certains ont des liens avec d’autres factions. Cependant, c’est la première fois en six élections locales qu’aucune faction autre que le Fatah n’a présenté sa propre liste. Il s’agit d’une absence qui, selon des analystes, reflète la désillusion politique sous M. Abbas et le vieillissement des dirigeants de l’Autorité.

Le pouvoir de l’Autorité palestinienne s’est affaibli au fil des années, en l’absence de négociations de paix et alors qu’Israël resserrait son emprise sur la Cisjordanie occupée. Elle considère toutefois les élections locales comme un moyen peu risqué de démontrer les progrès réalisés en matière de réformes, a expliqué Aref Jaffal, directeur de l’al-Marsad, observatoire arabe de la démocratie et des élections.

«L’Autorité palestinienne veut montrer qu’elle est sur la bonne voie en matière de réformes politiques, financières et administratives, et utilise les élections locales comme symbole de cela», a-t-il déclaré.

L’Autorité étant incapable de s’opposer aux centaines de nouveaux postes de contrôle militaires et aux avant-postes de colons qui restreignent la circulation en Cisjordanie, il a ajouté que les conseils municipaux avaient pris une importance accrue, supervisant les centres de santé et les écoles locaux auxquels les habitants avaient auparavant accès ailleurs.