Des dizaines de milliers de personnes ont participé samedi à un rassemblement organisé par les étudiants universitaires serbes en colère, malgré les efforts déployés par le gouvernement du président Aleksandar Vucic pour freiner les manifestations de masse qui ont ébranlé son régime intransigeant l’année dernière.
Les manifestants ont afflué vers une place centrale de la capitale, Belgrade, en provenance de plusieurs directions, beaucoup brandissant des banderoles et portant des t-shirts sur lesquels était inscrit le slogan du mouvement de jeunesse «Les étudiants gagnent».
Plus tôt dans la journée, des colonnes de voitures avaient afflué à Belgrade depuis d’autres villes serbes.
La manifestante Maja Milas Markovic a indiqué que les étudiants «ont réussi à nous rassembler ici grâce à leur jeunesse et à leur formidable énergie; je crois sincèrement que nous avons le droit de vivre normalement».
Les étudiants ont mené une vague nationale de manifestations de rue massives contre la corruption, exigeant des comptes pour la tragédie survenue en novembre 2024 dans une gare du nord de la Serbie, qui a coûté la vie à 16 personnes.
Ces manifestations ont contraint le premier ministre de l’époque, Milos Vucevic, à démissionner avant que M. Vucic ne réprime durement les manifestants.
L’entreprise ferroviaire nationale serbe a annulé samedi tous les trains à destination et en provenance de Belgrade, dans le but d’empêcher au moins une partie des manifestants d’arriver depuis d’autres régions de ce pays des Balkans.
Les partisans de M. Vucic se sont quant à eux rassemblés dans un campement installé dans un parc devant le bâtiment de la présidence serbe, qu’il avait mis en place avant un autre grand rassemblement antigouvernemental en mars dernier pour servir de bouclier humain contre les manifestants.
De la musique folklorique retentissait depuis une zone clôturée entourée de policiers antiémeutes en tenue d’intervention.
Les étudiants ont mentionné que leur rassemblement serait pacifique, mais des craintes de violences planent face aux partisans de M. Vucic, souvent cagoulés et masqués, qui ont déjà attaqué des étudiants manifestants par le passé.
Le président serbe fait l’objet d’une attention internationale en raison de sa ligne dure à l’égard des manifestants.
Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a critiqué le gouvernement serbe dans un rapport publié cette semaine et a souligné qu’il «suivrait de près la situation» samedi.
La Serbie a officiellement demandé son adhésion à l’Union européenne, mais elle entretient des liens étroits avec la Russie et la Chine.
Le lieu choisi pour samedi est la place Slavija à Belgrade, théâtre d’une immense manifestation antigouvernementale en mars 2025. Ce rassemblement s’était soldé par une interruption soudaine qui, selon des experts, aurait impliqué l’utilisation d’une arme sonique contre des manifestants pacifiques, ce que le gouvernement a nié.
Les étudiants comptent défier M. Vucic lors des prochaines élections, prévues plus tard cette année ou l’année prochaine, dans l’espoir de renverser le gouvernement populiste de droite.
M. Vucic a précisé cette semaine que le scrutin pourrait avoir lieu entre septembre et novembre de cette année.
M. Vucic, les responsables gouvernementaux et les médias progouvernementaux ont qualifié les détracteurs de terroristes et d’agents étrangers désireux de détruire le pays, une rhétorique qui a exacerbé la polarisation politique.
