Des activistes islamistes et des séparatistes ont attaqué samedi plusieurs sites dans la capitale malienne et d’autres villes, lors de l’une des plus importantes séries d’attaques coordonnées que le pays ait connues ces dernières années.
Le groupe JNIM, lié à Al-Qaïda, a revendiqué sur son site web Azallaq les attaques contre l’aéroport international de Bamako et quatre autres villes du centre et du nord du Mali.
Il a indiqué que ces attaques avaient été menées conjointement avec le Front de libération de l’Azawad, un groupe séparatiste dirigé par des Touaregs.
Le Mali a déjà été confronté à des insurrections menées par des groupes affiliés à Al-Qaïda et à Daech, ainsi qu’à une rébellion séparatiste dans le nord.
Plus tôt dans la journée, l’armée malienne a déclaré dans un communiqué que «des groupes armés terroristes, non encore identifiés, ont pris pour cibles (...) certains points et casernes de la capitale».
Elle a ajouté que les soldats étaient «actuellement engagés à anéantir les assaillants».
Un journaliste de l’Associated Press présent à Bamako a entendu des tirs soutenus d’armes lourdes et de fusils automatiques provenant de l’aéroport international Modibo-Keïta, situé à environ 15 kilomètres du centre-ville, et a aperçu un hélicoptère survolant les quartiers voisins.
L’aéroport est adjacent à une base aérienne utilisée par l’armée de l’air malienne. Un habitant vivant près de l’aéroport a également signalé des coups de feu et trois hélicoptères patrouillant au-dessus de sa tête.
L’ambassade des États-Unis à Bamako a émis une alerte de sécurité, précisant qu’«il y a eu des rapports faisant état d’explosions et de coups de feu près de Kati et de l’aéroport international Modibo Keita à Bamako» et que «les citoyens américains devraient rester où ils sont et éviter de se rendre à ces destinations jusqu’à ce que de plus amples informations soient disponibles».
Un habitant de Kati, une ville proche de Bamako qui abrite la principale base militaire du Mali, a aussi confié avoir été réveillé tôt le matin par des coups de feu et des explosions. Le général Assimi Goïta, chef de la junte militaire malienne, réside à Kati.
La résidence du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été fortement endommagée par une explosion lors de l’attaque, a mentionné à l’AP un commerçant du quartier, s’exprimant sous couvert d’anonymat par crainte de représailles.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des convois de militants à bord de camions et de motos circulant dans les rues désertes de Kati, sous le regard effrayé des habitants.
Les habitants de Sevare et de Mopti, deux villes du centre du Mali, ont également signalé des attaques menées par des hommes armés.
D’autres vidéos tournées dans les villes de Kidal et Gao, au nord du pays, montraient des échanges de tirs dans les rues, avec des cadavres gisant au sol.
Des hommes armés ont pénétré dans la ville de Kidal, au nord-est du pays, prenant le contrôle de certains quartiers et provoquant des échanges de tirs avec l’armée, a indiqué par téléphone à l’AP un ancien maire de Kidal. Il s’est exprimé sous couvert d’anonymat par crainte pour sa sécurité.
Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du Front de libération de l’Azawad, a affirmé sur Facebook que ses forces avaient pris le contrôle de plusieurs zones de Kidal et de Gao, une autre ville du nord-est. L’AP n’a pas pu vérifier cette affirmation de manière indépendante.
Le mouvement séparatiste de l’Azawad se bat depuis des années pour créer l’État de l’Azawad dans le nord du Mali.
Un habitant de Gao a raconté que des coups de feu et des explosions avaient commencé tôt samedi matin et qu’ils étaient encore audibles en fin de matinée.
«La force des explosions fait trembler les portes et les fenêtres de ma maison. Je suis mort de peur», a témoigné ce résident à l’AP par téléphone. Il s’est exprimé sous couvert d’anonymat par crainte pour sa sécurité.
Il a indiqué que les coups de feu provenaient du camp militaire et de l’aéroport, situés juste l’un à côté de l’autre.
Une alliance inquiétante
Ulf Laessing, responsable du programme Sahel à la Fondation Konrad-Adenauer, a souligné que cette offensive semblait être la plus grande attaque coordonnée au Mali depuis des années.
«Il est particulièrement inquiétant que le JNIM ait apparemment coordonné les attaques de samedi avec les rebelles touaregs. Les djihadistes et les rebelles touaregs s’étaient déjà associés en 2012 lorsqu’ils avaient envahi le nord du Mali, déclenchant la crise sécuritaire dans la région», a expliqué M. Laessing.
Le Mali, tout comme ses voisins le Niger et le Burkina Faso, lutte depuis longtemps contre des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à Daech, un conflit qui s’est intensifié au cours de la dernière décennie.
À la suite de coups d’État militaires, les juntes au pouvoir dans ces trois pays se sont détournées de leurs alliés occidentaux pour se tourner vers la Russie afin d’obtenir de l’aide dans la lutte contre les militants islamistes.
Mais la situation sécuritaire au Mali, au Niger et au Burkina Faso s’est détériorée ces derniers temps, selon les analystes, avec un nombre record d’attaques perpétrées par des militants.
Les forces gouvernementales ont également été accusées d’avoir tué des civils qu’elles soupçonnaient de collaborer avec les militants.
En 2024, un groupe lié à Al-Qaïda avait revendiqué une attaque contre l’aéroport de Bamako et un camp d’entraînement militaire dans la capitale, faisant des dizaines de morts.
