Le président américain Donald Trump estime qu’il est temps que l’Ukraine ait un nouveau président, laissant entendre que l’actuel président ukrainien, Volodymyr Zelensky, n’a pas fait assez pour mettre fin à la guerre qui oppose son pays à la Russie.
«Je leur suggère d’avoir un nouveau dirigeant capable de conclure un accord», a déclaré M. Trump, samedi, à la Maison-Blanche, ajoutant que «pour une raison quelconque, [M. Zelensky] n’y parvient jamais».
M. Trump a également laissé entendre que s’il avait été président des États-Unis en 2022, «cette guerre n’aurait jamais éclaté. Il n’y avait aucune raison pour que cette guerre entre l’Ukraine et la Russie éclate. Elle a éclaté à cause de l’incompétence».
M. Zelensky a «perdu 30 % de son pays et plus d’un million de personnes ont péri, soit plus de 2 millions de morts au total. C’est une guerre qui n’aurait jamais dû éclater».
Des morts après des frappes russes
Des frappes russes ont fait au moins 20 morts dans la région ukrainienne de Zaporijia, ont déclaré samedi des responsables ukrainiens, au lendemain de l’annonce par le président américain Donald Trump d’un accord visant à acheter du gazole russe, ce qui, selon Kyiv, contribuerait à financer la guerre menée par Moscou en Ukraine.
Trois enfants figuraient parmi les victimes lorsque des bombes aériennes russes ont frappé des immeubles d’habitation à Zaporijia, a indiqué samedi le Service national des situations d’urgence ukrainien. Au moins 18 personnes ont été blessées lors de cette attaque.
Des missiles ont également frappé Kyiv lors d’une attaque menée samedi en journée. Le maire Vitalii Klitschko a mentionné que quatre personnes avaient été blessées.
La Russie et l’Ukraine sont engagées dans une guerre aérienne à longue portée, tandis que leurs armées restent largement dans l’impasse sur la ligne de front, plus de quatre ans et demi après l’invasion à grande échelle lancée par Moscou.
L’Ukraine peine à faire face à l’escalade des bombardements russes qui ont fait plus de 60 morts au cours des quatre derniers jours.
M. Trump a précisé vendredi avoir conclu un accord pour s’approvisionner en gazole auprès de la Russie, un revirement spectaculaire par rapport aux années de pression exercées par les États-Unis sur Moscou au sujet de sa guerre contre l’Ukraine, et une tentative de remédier à la flambée des prix du carburant à l’approche des élections de mi-mandat américaines.
Colère à Kyiv face à l’accord sur le gazole
«Aujourd’hui, la Russie a exprimé sa gratitude pour la levée des sanctions sur les exportations de gazole en larguant cinq bombes planantes sur des immeubles résidentiels à Zaporijia», a écrit samedi le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, sur X.
Il a souligné que ces attaques montraient que Moscou interprétait «tout relâchement de la pression comme une autorisation de continuer à se battre, de continuer à larguer des bombes sur les villes».
«Le choix de la Russie, c’est la guerre», a affirmé M. Zelensky dans un message publié ultérieurement sur Telegram, après des attaques de drones contre des installations énergétiques et une frappe de missile balistique sur Kyiv.
Il a ajouté que chaque milliard de dollars supplémentaire que la Russie tire de ses exportations contribuerait à financer des composants d’armes, la modernisation des drones, la production de missiles et le recrutement de mercenaires, et que Moscou ne serait prête à s’arrêter que lorsque sa capacité à combattre serait affaiblie.
«L’accord sur le gazole a envoyé à Moscou le signal qu’il est apparemment permis de poursuivre les attaques. Et cela doit être corrigé», a-t-il avancé, exhortant les États-Unis, l’Europe et d’autres partenaires à limiter la capacité de la Russie à mener la guerre.
M. Zelensky a déclaré que l’Ukraine coordonnait des mesures pour contrer les recettes supplémentaires que la Russie allait percevoir, et qu’il s’était entretenu avec le président français Emmanuel Macron au sujet du renforcement des défenses aériennes, mettant en garde contre un risque accru de nouvelles frappes de missiles dans les jours à venir.
Il a également indiqué avoir discuté de l’évolution de la situation avec le président finlandais Alexander Stubb, et précisé que l’Ukraine recevrait dans les prochains jours des munitions destinées aux F-16 qu’elle utilise pour intercepter les drones Shahed.
Donald Trump devait initialement aborder avec le président Vladimir Poutine, lors d’un entretien téléphonique, un cas suspect de peste en Russie.
Au lieu de cela, le dirigeant américain a annoncé vendredi que la Russie fournirait immédiatement plus de 300 000 tonnes de gazole, suivies de 500 000 tonnes supplémentaires en novembre et d’un million de tonnes «immédiatement après».
La Russie livrera 3 millions de tonnes supplémentaires «dans un délai très court» par la suite, a-t-il écrit.
À Kyiv, les personnes rassemblées devant un mémorial dédié aux soldats tombés au combat sur la place de l’Indépendance ont accueilli cet accord avec un mélange de colère et de résignation.
«M. Trump a une fois de plus montré son vrai visage, a indiqué Oleksandr Petrenko, 26 ans. Il se moquait bien de la situation, des bombardements ou de la destruction de nos maisons. Tout ce qui l’intéresse, c’est le pétrole ou le prix du carburant, et combien les Américains doivent payer.»
«Connaissant M. Trump, il essaie de manipuler les marchés. Il a bientôt des élections, a ajouté M. Petrenko. Il doit donc faire valoir auprès de ses électeurs que l’essence sera bon marché. Mais cela ne portera pas ses fruits.»
Pour Oksana Yakunina, conseillère financière originaire de Kropyvnytskyï, ville située au centre du pays, cette annonce «n’a pas vraiment été une surprise».
«M. Trump travaille avec M. Poutine depuis longtemps», a-t-elle mentionné à l’Associated Press.
Consternation chez les alliés européens
Les alliés européens de l’Ukraine ont exprimé leur consternation face à cet accord et ont réaffirmé leur attachement aux sanctions.
Le premier ministre suédois Ulf Kristersson a déclaré que Stockholm regrettait cet accord, «car les recettes énergétiques sont essentielles au financement de la guerre menée par la Russie», et a souligné que l’Union européenne adopterait lundi son paquet de sanctions le plus complet à ce jour, comprenant 1600 entités visées au sein du complexe militaro-industriel russe.
Le gouvernement allemand «reste attaché aux sanctions imposées à la Russie et travaille avec ses partenaires européens à de nouvelles sanctions», a déclaré le porte-parole Stefan Kornelius, ajoutant que le soutien à l’Ukraine «reste inébranlable».
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, s’est demandé si la Russie serait même en mesure d’honorer ses engagements.
Citant les rapports de son ambassade faisant état de pénuries de carburant, même à Moscou, ainsi que des «sources fiables» selon lesquelles l’Ukraine aurait endommagé environ la moitié des capacités de raffinage de la Russie, il a posé la question suivante sur X: «D’où viendront donc les excédents destinés à l’exportation ?»
L’annonce de M. Trump contrastait fortement avec la loi de sanctions de grande envergure contre la Russie qu’il avait signée le mois dernier et qui visait à réduire les recettes pétrolières et gazières alimentant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Le président américain a annoncé cet accord alors que son envoyé Steve Witkoff et son gendre Jared Kushner rencontraient vendredi à Miami des responsables ukrainiens pour discuter d’une proposition visant à mettre fin à la guerre.
«Je pense que notre équipe sert simplement de paravent. Et ce n’est certainement pas juste. Ce n’est certainement pas ainsi que des partenaires devraient se traiter mutuellement», a soutenu M. Zelensky vendredi.
