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Des agents de l'ICE se seraient fait passer pour des policiers sur un campus

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ARCHIVE - Un policier de New York surveille le campus de l'université Columbia, le 6 mai 2024. (Photo AP/Seth Wenig, Archive) ARCHIVE - Un policier de New York surveille le campus de l'université Columbia, le 6 mai 2024. Photo AP (Seth Wenig)

L’appel au 911 a été reçu jeudi à 6 h 32: deux hommes «suspects», portant des vêtements sombres, rôdaient dans une résidence universitaire de l’Université Columbia.

Cependant, lorsque les policiers du New York Police Department (NYPD) ont été dépêchés sur les lieux, ils ont découvert des agents du Service de l’immigration et des douanes (ICE) en pleine opération d’une ampleur inhabituelle.

Selon un communiqué publié ultérieurement par Columbia, les agents de l’ICE avaient pénétré dans le bâtiment en se faisant passer pour des policiers à la recherche d’une enfant de cinq ans, allant jusqu’à présenter un avis de recherche de «l’enfant disparue» à un agent de sécurité du campus.

Cette ruse leur a permis d’accéder à l’appartement d’Ellie Aghayeva, une étudiante internationale azerbaïdjanaise dont les services d’immigration affirment qu’elle est en situation irrégulière.

Les policiers du NYPD sont arrivés après que les hommes sont entrés dans son appartement, a déclaré un porte-parole du département. Ils ont confirmé qu’il s’agissait d’agents fédéraux, puis ont rapidement quitté l’immeuble.

L’arrestation a suscité une vague d’indignation et des appels à une enquête de la part des démocrates, ainsi qu’une intervention surprenante du président Donald Trump. Le républicain a informé le maire de New York, Zohran Mamdani, de la libération de Mme Aghayeva peu après sa rencontre avec le maire démocrate jeudi.

Saper la confiance du public

À mesure que de nouveaux détails émergent, l’opération menace également de créer un conflit entre le département de police de la ville et l’ICE, dont les agents se déguisent de plus en plus en employés des services publics, livreurs et autres professionnels en uniforme pour mener à bien la vaste campagne d’expulsion de Donald Trump.

Bien que de telles tactiques ne soient pas illégales, d’anciens policiers ont déclaré que la tromperie apparente à Columbia représentait une escalade inquiétante, susceptible de saper gravement la confiance du public lors de la prochaine situation d’urgence.

«Si la police recherche réellement un enfant en danger, les gens seront désormais plus réticents à aider, a expliqué Michael Alcazar, négociateur d’otages à la retraite du NYPD. Presque immédiatement, ce genre de subterfuge de l’ICE va compliquer la tâche des policiers.»

Une porte-parole du Département de la Sécurité intérieure (DHS), Tricia McLaughlin, a contesté certains éléments de la version de l’université, affirmant que les agents fédéraux «se sont identifiés verbalement et portaient visiblement leurs badges autour du cou» et qu’ils ont été autorisés à entrer dans l’immeuble par un gestionnaire immobilier.

Mme McLaughlin n’a pas répondu aux questions répétées concernant le fait de savoir si les agents avaient utilisé le prétexte d’une enfant disparue pour entrer dans l’appartement.

Claire Shipman, la présidente par intérim de l’université, a indiqué jeudi que les caméras de sécurité avaient «filmé les agents dans le couloir montrant des photos de l’enfant prétendument disparue», ajoutant que la situation était «totalement inacceptable».

L’Université Columbia a jusqu’à présent refusé de diffuser ces images.

Le NYPD a également refusé de partager les images des caméras corporelles de ses agents. Un porte-parole du département a énoncé que les agents avaient agi conformément à la loi en ne s’immisçant pas dans une enquête fédérale en cours.

Des manifestations

L’arrestation de Mme Aghayeva a provoqué des manifestations à Columbia, ainsi que de la peur et de la confusion.

Ses amis ont indiqué qu’elle était en dernière année d’études en neurosciences et sciences politiques et possédait un visa étudiant. Dans une requête d’urgence déposée jeudi, ses avocats ont écrit qu’aucune raison ne lui avait été donnée pour son arrestation.

Un porte-parole du DHS a précisé que le visa de Mme Aghayeva avait été annulé en 2016 pour absentéisme scolaire. Elle reste sous procédure d’expulsion malgré sa libération, a souligné le porte-parole.

Jeffrey Fagan, professeur de droit à Columbia et spécialiste des questions policières, a commenté que des recherches ont montré que les tactiques trompeuses employées par la police sont particulièrement susceptibles de nuire à la légitimité des forces de l’ordre lorsqu’elles aboutissent à une arrestation «perçue comme injustifiée».

«Quiconque observe cette affaire pensera immédiatement qu’elle est injustifiée, a-t-il déclaré. Cela érodera donc la confiance envers la communauté concernée la prochaine fois que les agents auront besoin de sa coopération.»

Peter Moskos, professeur de justice pénale à l’université John Jay et ancien policier de Baltimore, est du même avis. Il souligne que les politiques de sanctuaires visaient initialement à renforcer la sécurité publique en instaurant un climat de confiance entre les communautés immigrées et les forces de l’ordre.

«L’idée est que les gens fassent confiance à la police, qu’ils l’appellent en cas de besoin, sachant qu’ils ne seront pas expulsés, explique-t-il. Or, l’ICE semble tout faire pour détruire cette confiance.»